Vifs débats au Sénat sur les CDI de chantier et la déréglementation des CDD
Le Sénat a autorisé le gouvernement, dans le cadre de ses futures ordonnances, à réguler les contrats courts par accord de branche. Les branches professionnelles pourraient également généraliser l’utilisation des contrats dits de chantier.

Vifs débats au Sénat sur les CDI de chantier et la déréglementation des CDD

Le Sénat a autorisé le gouvernement, dans le cadre de ses futures ordonnances, à réguler les contrats courts par accord de branche. Les branches professionnelles pourraient également généraliser l’utilisation des contrats dits de chantier.
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En adoptant l’article 3 du projet de loi d’ordonnances sur le dialogue social, le Sénat a ouvert la voie à un assouplissement de l’utilisation des CDD et des contrats de chantier, par la négociation d’accords au niveau des branches. Les modifications des recours possibles à ces types de contrat, ou encore le nombre de renouvellements à fixer, seraient toutefois « limités »par un « cadre fixé par la loi ».

Défendant le besoin de certains secteurs ou entreprises à bénéficier de contrats particuliers, le gouvernement s’est vu reprocher par les sénateurs de la gauche de favoriser la précarisation des salariés, voire de « donner raison à la frange la plus réactionnaire du patronat », comme l’a évoqué le socialiste Martial Bourquin, sénateur du Doubs.

« Abus de langage »

« C’est le CDI, pilier de notre droit du travail que l’on affaiblit », a dénoncé le sénateur EELV Jean Desessard, qui reproche au gouvernement de « faciliter le recours à des contrats courts ».

« C’est le CDI, pilier de notre droit du travail que l’on affaiblit », dénonce Jean Desessard
01:24

« Qui a demandé ça ? Le Medef », a ajouté David Assouline. « Ça ne vient aucunement du monde du travail. »

L’appellation de CDI de chantier, conclu pour la durée d’une mission bien précise, a interloqué certains sénateurs, qui ont crié à « l’abus de langage » ou au « glissement de langage », comme la communiste Laurence Cohen :

CDI de chantier : « On se moque des gens », déclare Laurence Cohen
02:00

 « Il s’agit de contrats à durée indéterminée… sur une durée déterminée », a expliqué le sénateur Jean-Louis Tourenne. Le socialiste a souligné la progression du nombre de contrats précaires en France,  et s’est interrogé sur l’utilité d’une généralisation des CDI de chantiers, utilisés essentiellement dans le secteur bâtiment pour l’heure :

« Il semble donc que cette forme d’emploi ne soit pas sérieusement entravée. Faut-il dans ces conditions créer un nouveau contrat, fût-ce en l’appelant CDI alors qu’il sera par définition à durée déterminée, non en terme de calendrier mais en terme de durée d’un chantier ou d’une opération. »

Jean-Louis Tourenne, sur les CDI de chantier : « c'est un abus de langage »
02:18

« Notre objectif est d’aller vers des formes de contrats qui soient les plus sécurisées possibles », déclare Lemoyne

Face à ces attaques, le représentant du gouvernement, Jean-Baptiste Lemoyne réagit :

« Je ne veux pas laisser à croire l’idée qu’il y aurait ici des méchants qui veulent absolument précariser. »

Le secrétaire d’État a d’ailleurs souligné qu’un certain nombre de mesures du projet de loi « visaient à favoriser le recours aux CDI », comme le référentiel des indemnités aux prud’hommes voté ce mardi soir.

D’autant que les contrats de chantier n’ont pas vocation à se généraliser, a assuré Jean-Baptiste Lemoyne, citant le chiffre de 20.000 salariés actuellement concernés. Ils « répondent à des besoins ponctuels et précis dans certains secteurs d’activités. On est quasiment sur des niches », a-t-il considéré.

« On est quasiment sur des niches », déclare Jean-Baptiste Lemoyne, à propos des CDI de chantier
03:10

Nicole Bricq (La République en marche) a même évoqué un exemple d’actualité : celui des chantiers navals :

« STX, sans cette souplesse, ils n’auraient pas eu cette commande. À Saint-Nazaire, ils sont bien contents d’avoir des carnets de commande pour plusieurs années. »

Nicole Bricq : « Si STX n'avait pas cette souplesse, ils n'auraient pas eu cette commande »
00:44

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