« Violation du secret »: l’ex-garde des Sceaux Urvoas condamné par la Cour de Justice de la République
Il est le premier ministre de la Justice condamné par la Cour de justice de la République: Jean-Jacques Urvoas a été condamné...

« Violation du secret »: l’ex-garde des Sceaux Urvoas condamné par la Cour de Justice de la République

Il est le premier ministre de la Justice condamné par la Cour de justice de la République: Jean-Jacques Urvoas a été condamné...
Public Sénat

Par Sofia BOUDERBALA

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Il est le premier ministre de la Justice condamné par la Cour de justice de la République: Jean-Jacques Urvoas a été condamné lundi à un mois de prison avec sursis et 5.000 euros d'amende pour "violation du secret professionnel".

L'accusation avait requis un an de prison avec sursis contre M. Urvoas, 60 ans, pour avoir transmis au député Thierry Solère des éléments de l'enquête qui le visait.

L'ancien ministre et parlementaire, unanimement apprécié mais dont l'image de rigueur a été abîmée par cette affaire, a écouté sans ciller les motivations de la Cour, qui a suivi en tout point le raisonnement du procureur général François Molins.

"Si le ministre de la Justice n'est plus tenu au secret de l'enquête et de l'instruction", en ce qu'il n'y concourt pas, "il n'en n'est pas moins tenu au respect du secret qu'impose la nature des informations qui lui sont transmises, en raison de sa fonction", affirme la CJR dans ses motivations, lues à l'audience.

L'ancien ministre socialiste était jugé pour avoir transmis les 4 et 5 mai 2017 au député LR (devenu LREM) Thierry Solère des éléments de l'enquête qui le visait pour fraude fiscale et trafic d'influence, via la messagerie cryptée Telegram.

Jean-Jacques Urvoas n'a jamais nié la matérialité des faits, mais contestait que les documents transmis soient couverts par un quelconque secret.

Au contraire, la CJR estime que les éléments d'enquête ne perdent pas leur caractère secret "du seul fait que ces informations ont été reformulées" par les services du ministère. Elle relève par ailleurs que les fiches transmises au ministre concernant Thierry Solère étaient précises, "tant sur les faits ... que sur les qualifications pénales susceptibles d'être retenues".

Jean-Jacques Urvoas était le huitième ministre à comparaître devant la CJR, une juridiction controversée, seule habilitée à juger des actes commis par des membres du gouvernement dans l'exercice de leurs fonctions.

Les décisions de la CJR, juridiction mi-politique mi judiciaire, composée de douze parlementaires et trois magistrats, ne sont pas susceptibles d'appel. Toutefois, M. Urvoas a cinq jours pour former un éventuel pourvoi en cassation.

- Loin de l'"intérêt général" -

Avant Jean-Jacques Urvoas, sur les sept personnes jugées par la CJR depuis 1999, trois ont été relaxées, deux condamnées à des peines de sursis et deux ont été déclarées coupables mais dispensées de peine, dont la dernière en date est l'ancienne patronne du FMI Christine Lagarde.

Le procureur général avait mis en garde contre une relaxe qui "signerait la fin du ministère public à la française", car "s'il n'y a plus de secret partagé, il n'y plus de confiance", condition indispensable à toute "remontée d'informations" entre les parquets et le garde des Sceaux, au sommet de la chaîne hiérarchique.

Le débat, âpre, avait dû s'accommoder d'une série de paradoxes: de l'étrangeté pour un ex-ministre d'être jugé par une cour qu'il avait voulu supprimer, du confort d'être interrogé par ses pairs parlementaires - ici juges -, de la blessure d'être accusé de "trahison" par des magistrats qu'il a défendus avec constance pendant son mandat.

A l'audience, l'ex-ministre avait constamment mis en avant son bilan, affirmant qu'aucun texte ne venait entraver sa liberté de parole politique, au "service de l'intérêt général".

Un argument balayé par la CJR: "Un tel motif d'intérêt général justifiant la gravité de l'atteinte portée au secret n'est pas établi", affirme-t-elle, relevant que M. Urvoas, en "juriste expérimenté", "ne pouvait ignorer" qu'il violait "le secret auquel il était tenu en raison de sa fonction".

En revanche, la CJR a justifié sa clémence, relativement aux réquisitions, par deux points: d'une part le fait que la divulgation des éléments d'enquête n'avait "pas eu d'effet sur le déroulement des investigations".

Et d'autre part, le fait que les débats n'avaient "pas permis de connaître l'objectif réellement poursuivi par M. Urvoas en communiquant ces informations" à Thierry Solère, un adversaire politique, entre les deux tours d'une présidentielle qui allait bouleverser le paysage politique français.

L'accusation estimait que le ministre, en difficulté pour sa réélection dans sa circonscription, avait voulu "ménager un autre homme politique", tandis que Jean-Jacques Urvoas s'était cramponné à sa version de "l'intérêt général", sans convaincre.

Partager cet article

Dans la même thématique

French Prime Minister Sébastien Lecornu Chairs Crisis Cell in Marseille Over Heatwave
6min

Politique

« La chaleur monte encore d’un cran » : la canicule inquiète l’exécutif, entre feux de forêt record et passages aux urgences en hausse

Pour la première fois, le gouvernement a déployé ce vendredi le plan Orsec de lutte contre les catastrophes et accidents pour faire face aux chaleurs extrêmes dans les départements en vigilance rouge canicule. Les températures vont encore grimper ce week-end, renforçant les inquiétudes sur les fronts de l’hôpital et des feux de forêt.

Le

FRA – ASSEMBLEE – QUESTIONS AU GOUVERNEMENT
9min

Politique

Présidentielle 2027 : le PS enterre la primaire ouverte et fragilise Olivier Faure

Après avoir été mis en minorité par les députés socialistes sur la stratégie à adopter lors de la motion de censure déposée par les Écologistes en pleine canicule, Olivier Faure a essuyé un deuxième revers, cette fois devant les militants de son propre parti. En rejetant sa proposition de primaire ouverte, le PS fragilise son premier secrétaire et ouvre une nouvelle phase de la course à la présidentielle. Au centre de toutes les interrogations désormais, la place que choisira d’occuper Raphaël Glucksmann.

Le

Paris: Debat reforme des retraites au Senat
5min

Politique

Sénatoriales : Guillaume Gontard va quitter la présidence du groupe écologiste, après six années passées à sa tête

Après le prochain renouvellement sénatorial du 27 septembre prochain, Guillaume Gontard quittera la présidence du groupe écologiste qu'il occupe depuis 6 ans. L'élu de l'Isère n'est pas renouvelable, mais a décidé de passer la main à la rentrée prochaine. Il se dit fier du travail accompli et « d'avoir pu instaurer une parole écologiste qui compte » au sein de la Haute Assemblée.

Le