Deplacement de Anne Rubinstein a Epide de Lyon Meyzieu
France, Meyzieu, January 27, 2026. Sports activities for young volunteers at the EPIDE in Lyon Meyzieu. A public center that supports young people towards employment and social integration. As part of the visit of the interministerial delegate for the prevention and fight against poverty, Anne Rubinstein, to the EPIDE. France, Meyzieu, 2026/01/27. Activites sportives pour des Jeunes volontaires a l EPIDE de Lyon Meyzieu. Centre public qui accompagne des jeunes vers l emploi et l insertion sociale. Dans le cadre du deplacement de la deleguee interministerielle a la prevention et a la lutte contre la pauvrete Anne Rubinstein a l EPIDE.//DOUCELINROMAIN_DOUCE0335/Credit:ROMAIN DOUCELIN/SIPA/2601271523

Violence dans le périscolaire : « l’omerta » au cœur de la bataille municipale parisienne

Depuis plusieurs mois, les signalements d’agressions sexuelles et de comportements suspects se multiplient dans le périscolaire. L’enquête de Cash Investigation en a révélé les failles, derrière ce service public du quotidien, fréquenté chaque jour par des millions d’enfants, se dessine un système fragilisé, miné par la précarité des personnels, des contrôles défaillants et une responsabilité politique désormais au cœur de la bataille municipale parisienne.
Emma Bador-Fritche

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« Nous assistons à un véritable scandale », tranche d’emblée la sénatrice LR de Paris Agnès Evren. « Le périscolaire est une compétence municipale : assurer la sécurité des enfants pendant ce temps essentiel relève directement de la responsabilité de la Maire de Paris et de ses équipes. » Les images diffusées jeudi soir sur France 2 ont provoqué un électrochoc. Animateurs en sous-effectifs, signalements ignorés, comportements inadaptés filmés en caméra cachée : l’émission met en lumière les failles d’un secteur pourtant central dans la vie des familles. Chaque jour, plus de cinq millions d’enfants sont accueillis dans des structures périscolaires en France, dont 93 000 à Paris

Depuis plusieurs mois, les signalements d’agressions sexuelles ou de comportements suspects se multiplient, à Paris comme ailleurs. En 2025, dix-neuf animateurs ont déjà été suspendus pour des faits à caractère sexuel. Un phénomène difficile à quantifier, tant le périscolaire demeure un champ administratif mal défini, à la croisée des compétences municipales, éducatives et judiciaires. « C’est tout à fait intolérable et inacceptable, ça remue l’estomac comme citoyenne, comme parent d’élève, comme élu, ce sont des situations plus que condamnable et effrayante » réagit la sénatrice socialiste de Paris, Colombe Brossel. Pourtant, dès 2015, un rapport de l’Inspection générale de la Ville de Paris alertait sur les risques d’infractions sexuelles sur mineurs et formulait des recommandations restées, pour partie, lettre morte. « La preuve est faite que ce n’est pas suffisant », reconnaît-elle aujourd’hui.

Précarité des animateurs, vulnérabilité des enfants

L’enquête pointe aussi des conditions de travail dégradées : faibles rémunérations, temps partiels subis, emplois du temps morcelés. « En quinze ans, je n’ai jamais eu mon équipe complète », confie un directeur de centre de loisirs à visage couvert. Une instabilité qui fragilise l’encadrement et complique toute politique de prévention durable. Pour Agnès Evren, cette précarité n’est pas un détail : « Le recours massif à des emplois mal rémunérés, souvent à temps partiel subi et avec un fort turn-over fragilise inévitablement la sécurité des enfants. Sous Emmanuel Grégoire, des recrutements se faisaient parfois en vingt-quatre heures. Aucune organisation sérieuse ne fonctionne ainsi. »

Plusieurs parents évoquent des signalements restés sans suite. Dans une école maternelle du 7ᵉ arrondissement, une animatrice est filmée embrassant un enfant sur la bouche. Après la diffusion de l’enquête, la Ville de Paris a annoncé la suspension immédiate de deux animatrices, selon Le Parisien.

Un choc politique à l’approche des municipales

L’émission a suscité de vives réactions chez les candidats à la mairie de Paris, à gauche comme à droite. « Nous vivons un Outreau du périscolaire », a lancé Rachida Dati sur X, évoquant un scandale systémique. La candidate LR réclame une enquête globale et une refonte complète du dispositif parisien, dénonçant une « omerta » et promettant, si elle est élue, de « reprendre totalement en main le périscolaire parisien ».

Face à elle, Emmanuel Grégoire, candidat de la gauche unie et ancien premier adjoint d’Anne Hidalgo, reconnaît une « prise de conscience nécessaire » et dénonce également une « omerta systémique ». Son engagement est aussi personnel : il a révélé avoir été lui-même victime de violences sexuelles dans un cadre périscolaire. « Je porte une plaie intérieure », confiait-il sur France Inter en novembre dernier.

D’autres candidats enfoncent le clou. Pierre-Yves Bournazel dénonce « l’opacité » et des « rapports jamais dévoilés ». Sarah Knafo affirme que « la mairie savait depuis 2015 », citant le rapport de l’Inspection générale. Sophia Chikirou annonce avoir déposé une proposition de résolution pour une enquête parlementaire à la demande de parents d’élèves. Côté gouvernement, le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a annoncé plusieurs signalements à la justice sur le fondement de l’article 40 du code de procédure pénale.

« Cette opacité est dangereuse. »

Au Sénat, l’urgence fait consensus, même si les lectures divergent. Colombe Brossel insiste sur les limites d’une approche uniquement administrative. « Le contrôle du casier judiciaire, du Fijais, c’est indispensable. Mais l’ampleur du sujet fait que ça ne peut pas être la seule réponse, à Paris comme ailleurs », explique-t-elle. « Le vrai sujet, c’est la manière dont on recueille la parole des enfants. Cette parole doit être accueillie, crue et traitée comme prépondérante. » La sénatrice plaide pour une approche globale : meilleure formation des animateurs, des directeurs d’école, mais aussi de toute la chaîne de signalement, de l’école à la police. « À Paris, tous les directeurs d’école ont été formés. Cela doit être fait partout en France », souligne-t-elle. Et d’ajouter : « À la première remontée, au premier signalement, l’adulte mis en cause doit être écarté par principe de précaution. La priorité absolue, c’est la protection des enfants. »

Agnès Evren va plus loin et récuse toute lecture fragmentée : « Ce ne sont pas des faits divers isolés. C’est tout un système qui explose aujourd’hui sous nos yeux. » Elle pointe l’absence de contrôles comparables à ceux de l’Éducation nationale ou de la protection de l’enfance : « Les contrôles sont partiels, les alertes insuffisamment traitées. Le suivi du Fijais (fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes) n’est pas systématique. Cette opacité est dangereuse. » Selon elle, la réponse municipale reste largement insuffisante : « La seule vérification du casier judiciaire ne protège pas efficacement les enfants. Des animateurs déjà mis en cause ont pu exercer pendant des années. » Elle dénonce une stratégie de minimisation : « Anne Hidalgo et Emmanuel Grégoire ont toujours cherché à ramener ces faits à une prétendue “moyenne nationale”. Mais lorsque la parole se libère, ils opposent le déni. Cette contradiction est révélatrice. »

Un angle mort devenu central

En novembre dernier, la Ville de Paris a annoncé un plan de lutte contre les violences sexuelles faites aux enfants, incluant la création d’un Défenseur des enfants confié à Dominique Versini. Une réponse jugée tardive par l’opposition. « Ce plan est hors-sol », tranche Agnès Evren. Pour Colombe Brossel, au-delà des plans, une conviction s’impose : « Je crois que c’est ce qui nous rassemble tous, quel que soit le candidat que l’on soutient : la sécurité des enfants ne peut plus être une variable d’ajustement. »

À l’approche des municipales, le périscolaire s’impose comme un révélateur des fragilités de l’action publique locale. « La sécurité des enfants est possible », insiste la sénatrice LR, « mais à une condition : briser l’omerta et le tabou ». Sur ce point, gauche et droite semblent désormais d’accord : la protection des enfants ne peut plus être une variable d’ajustement.

 

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