Violences à Paris : « Le problème c’est la relation du gouvernement à la maîtrise et au maintien de l’ordre public » estime Arnaud Benedetti

Violences à Paris : « Le problème c’est la relation du gouvernement à la maîtrise et au maintien de l’ordre public » estime Arnaud Benedetti

Les invités de l’émission « On va plus loin » réagissent aux dernières mesures annoncées par le Premier ministre, pour lutter contre les violences durant les manifestations des « gilets jaunes ».
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Alors qu’une partie des Champs-Élysées a été saccagée lors des dernières manifestations des « gilets jaunes » samedi dernier, le gouvernement a réagi, après avoir été très critiqué. Edouard Philippe, le Premier ministre a annoncé de nouvelles mesures : interdiction de manifester dans certains quartiers, le préfet de police de Paris Michel Delpuech remplacé, les contraventions alourdies etc.

« On peut saluer le discours de fermeté » déclare Stanislas Gaudon, secrétaire national du syndicat Alliance police nationale, qui se dit, en revanche, « dubitatif » « sur les arrêtés d’interdiction » : « Nous avions demandé (…) à ce que cette contravention soit transformée en un délit, afin que nous ayons des moyens de coercition, notamment à l’encontre des individus qui vont à l’encontre des arrêtés d’interdiction ou qui participent à des rassemblements de manifestations non autorisées. »

Nicolas Tenzer, politologue et président du Centre d'étude et de réflexion pour l'action politique (Cerap) trouve que « la réaction du Premier ministre était quand même assez équilibrée » : « Il y a eu des dysfonctionnements graves qu’il a parfaitement reconnus (…) Tout ceci va dans le bon sens. C’est ce qu’il fallait faire (…) C’est l’expérience qui va démontrer si c’est vraiment efficace ou non. »

« Le gouvernement est sur une ligne de crête. »

« Il y a assez peu de marges de manœuvres pour le gouvernement » assure de son côté Floran Vadillo, président du think tank L’Hétairie :  « Donc c’est d’autant plus étonnant que la communication se centre sur le Premier ministre qui annonce des mesures techniciennes, dont on aurait pu imaginer qu’elles étaient du ressort d’un préfet (…) La réponse est une réponse qui n’est pas maîtrisée ni politiquement, ni administrativement, ni même tactiquement (…) C’est quand même surprenant d’exposer autant le Premier ministre, de laisser dans l’ombre un ministre de l’Intérieur extrêmement affaibli, après cette semaine particulière. Je trouve que l’épisode est quand même mal géré. Mais je n’incrimine pas véritablement le pouvoir politique pour ce qu’il s’est passé sur les Champs-Élysées. »

« Le problème c’est la relation du gouvernement à la maîtrise et au maintien de l’ordre public » estime Arnaud Benedetti, professeur associé en Histoire de la Communication à Paris Sorbonne. « On voit bien que la question du maintien de l’ordre public a été un enjeu extrêmement fort dans sa gestion de la crise des « gilets jaunes » depuis finalement trois mois. C’est-à-dire considérer que les désordres que pouvaient créer les manifestations des « gilets jaunes » étaient un élément qui allait d’une certaine manière permettre aussi de reconquérir une partie de l’opinion publique (…) Le problème c’est qu’aujourd’hui, ça se retourne un peu contre [Emmanuel Macron]. La dernière mobilisation de samedi fait que les gens qui sont extrêmement fermes sur la question de l’ordre public peuvent considérer que finalement l’état a été assez impuissant pour prendre les mesures anticipatrices, coercitives qui évitent les débordements auxquels on a assistés sur les Champs-Élysées et ailleurs. Le gouvernement est sur une ligne de crête. »  

Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur et Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, seront auditionnés aujourd’hui au Sénat, à partir de 16h30. Les auditions seront diffusées en direct sur Public Sénat.

 

Vous pouvez voir et revoir ce débat, en intégralité :

 

OVPL. Débat sur les violences et la réponse du gouvernement (en intégralité)
54:46

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