Violences conjugales : « Ce n’est pas la loi qu’il faut changer, mais les mentalités »
La commission des Lois du Sénat a adopté le rapport de la sénatrice LR Marie Mercier sur la proposition de loi visant à protéger les victimes de violences conjugales.

Violences conjugales : « Ce n’est pas la loi qu’il faut changer, mais les mentalités »

La commission des Lois du Sénat a adopté le rapport de la sénatrice LR Marie Mercier sur la proposition de loi visant à protéger les victimes de violences conjugales.
Public Sénat

Par Sandra Cerqueira

Temps de lecture :

4 min

Publié le

La proposition de loi répond au Grenelle contre les violences conjugales de novembre dernier. «  C’est la troisième, après la loi Pradié et la loi Schiappa, et peut-être celle de trop ! Il manque une vision globale qui permette une vraie politique de lutte pour éviter ces violences », regrette Marie Mercier, auteure d’un rapport sur la proposition de loi LREM votée en janvier dernier à l’Assemblée Nationale. Plusieurs mesures y figurent pour protéger les victimes, comme la suspension du droit de visite et d’hébergement d’un enfant mineur lorsqu’un parent violent est mis en examen. La possibilité également de suspendre les obligations alimentaires des ascendants et descendants de personnes condamnées.

Pas de suspension automatique des aides alimentaires

 Le Sénat a modifié le texte sur ce point en ôtant le caractère automatique, prenant l’exemple de Jacqueline Sauvage ( condamnée pour le meurtre de son mari violent) qui en cas de suspension systématique n’aurait pas pu bénéficier de l’aide de ses enfants.

Le rapport propose également d’élargir le champ d’application pour éviter que les enfants dont, par exemple, le père a tué la mère, ne soient plus contraints de subvenir aux besoins de leur père meurtrier au nom de l’obligation alimentaire. « Ces dispositions répondent à une demande forte des associations » note la commission.

Enfin, le texte prévoit la levée du secret médical lorsque la victime est en danger et qu’elle est sous l’emprise de son agresseur. « Dans ces cas-là, la victime ne peut pas se protéger à cause d’une contrainte morale exercée due à une influence abusive » précise Marie Mercier. Le rapport souligne que le dispositif proposé laisse aux professionnels de santé le soin d’apprécier, « en conscience », si le signalement est opportun, au regard de leur évaluation du danger.

Soigner les hommes violents

Selon la sénatrice,  cette loi « a le mérite  de clarifier des petites choses, de faire des ajustements »mais elle ne va pas assez loin en ce qui concerne le traitement des hommes violents. « Il faut pouvoir les écouter, les soigner. La prison n’est pas la solution » assure-t-elle. Agir plus en amont permettrait d’éviter la récidive « qui conduit parfois à la mort de la victime. »Marie Mercier déplore que cette prise en charge soit laissée de côté : « La question du suivi des hommes violents a été absente du Grenelle. C’est encore un angle mort de la réponse des pouvoirs publics et c’est çà qui doit changer »

Faire évoluer les mentalités

L’autre sujet de fond pour l’auteure du rapport, c’est l’éducation et comment faire évoluer les mentalités : « Tout est déjà dans les textes, ce n’est pas la loi qu’il faut changer mais les mentalités. »Et de citer les films pornographiques où la violence à l’égard de la femme est banalisée, « nous devons lutter contre cela en faisant de la prévention dès le plus jeune âge.»

Marie Mercier est persuadée qu’éviter les violences passe aussi par l’accompagnement des parents quand les débuts sont difficiles et ce,dès la maternité. « Les hommes violents ont souvent été cabossés pendant leur enfance. Il faut une réelle prise en charge avec les moyens qui vont avec.»La sénatrice réclame une grande politique d’éducation qui dépend de l’Éducation Nationale en lien avec le ministère de la Santé, pour que le sujet des violences conjugales «  devienne enfin une priorité politique. »  Le texte, adopté fin janvier à l’Assemblée Nationale, sera discuté en séance publique au Sénat le 9 juin prochain.

Partager cet article

Dans la même thématique

Legislatives 2024:  Bureau de vote
8min

Politique

« A quoi bon aller voter car nous avons une seule liste cette fois ? » : les petites communes face au risque de hausse de l’abstention aux municipales

Les deux tiers des communes, essentiellement celles de petite taille, n’ont qu’une seule liste pour les élections municipales. C’est la conséquence directe de la réforme du mode de scrutin pour les communes de moins de 1000 habitants. Il en découle un autre effet : le risque de voir l’abstention progresser dans ces territoires souvent ruraux. C’est la crainte des élus et des sénateurs.

Le

NUPES : Lancement du Parlement
9min

Politique

Municipales : rupture consommée officiellement entre le PS et LFI… au moins jusqu’au second tour

A l’issue d’un Bureau national, les socialistes ont qualifié les propos récents de Jean-Luc Mélenchon « d’antisémites » et rejettent toute possibilité d’un accord national au premier et au second tour des municipales avec LFI. Les Insoumis dénoncent, eux, l’irresponsabilité de la direction du PS, qui selon eux, fait le jeu de l’extrême droite. Mais au soir du premier tour, LFI et le PS devront faire face à la pression de leurs militants respectifs pour trouver un accord dans les cas où la désunion à gauche conduirait à la victoire de la droite ou l’extrême droite.

Le

Violences conjugales : « Ce n’est pas la loi qu’il faut changer, mais les mentalités »
4min

Politique

LFI : « Jean-Luc Mélenchon donne l’impression que la gauche est plus dangereuse que le RN », déplore Pierre Jouvet (PS)

Invité de notre matinale, Pierre Jouvet a critiqué les prises de position récentes de Jean-Luc Mélenchon et a appelé les militants et élus Insoumis à se désolidariser des propos de leur leader politique. A l’approche des municipales, le PS exclut des alliances avec des Insoumis « qui ne condamnent pas les propos de Jean-Luc Mélenchon. »

Le