Violences conjugales : les sénateurs votent contre le décret polémique sur les ordonnances de protection des victimes
Un récent décret pris par la Chancellerie sur les ordonnances de protection des victimes de violences conjugales a suscité la colère des associations et des élus de l’opposition. Lors du débat au Sénat sur la proposition de loi sur les violences faites aux femmes, la garde des Sceaux a temporisé.

Violences conjugales : les sénateurs votent contre le décret polémique sur les ordonnances de protection des victimes

Un récent décret pris par la Chancellerie sur les ordonnances de protection des victimes de violences conjugales a suscité la colère des associations et des élus de l’opposition. Lors du débat au Sénat sur la proposition de loi sur les violences faites aux femmes, la garde des Sceaux a temporisé.
Public Sénat

Par Alizé Boissin

Temps de lecture :

2 min

Publié le

Mis à jour le

Elles sont déjà 36 Françaises à être victimes d’homicides conjugaux en 2020. Les violences faites aux femmes restent « la grande cause du quinquennat » rappelle la garde des Sceaux, Nicole Belloubet, dans l’hémicycle du Sénat lors du débat sur la proposition de loi LREM visant à « mieux protéger les victimes de violences conjugales ». Approuvée à l’unanimité en janvier par les députés, celle-ci était débattue cet après-midi au Sénat.

 

Un décret polémique et des aménagements possibles

D’entrée de jeu, la polémique concernant le décret du 27 mai dernier a parasité le débat en mettant le feu aux poudres.

Ce décret doit mettre en pratique une autre proposition de loi, la proposition de loi du député Aurélien Pradié (LR), adoptée en décembre dernier, qui fixe au juge aux affaires familiales, un délai de six jours pour statuer sur une demande d’ordonnance de protection, dispositif destiné à mettre à l’abri les victimes.

Mais le décret pourrait avoir l'effet inverse de celui escompté. C’est ce que jugent les associations féministes et le député Aurélien Pradié.  En effet, il introduit une nouvelle règle : il donne à la victime 24 heures maximum pour informer son conjoint violent, par huissier, de la procédure ouverte à son encontre. Dans un communiqué, cinq associations féministes ont demandé « en urgence la suppression de ce nouveau délai qui met les femmes en danger et rend les procédures impossibles à tenir ».

Au Sénat, lors de l’examen du texte LREM sur les violences conjugales, Nicole Belloubet, garde des Sceaux, a défendu ce décret « qui tend à garantir la mise en œuvre des engagements du gouvernement et la volonté des législateurs »

La sénatrice PS, Marie-Pierre de la Gontrie, a déposé un amendement contre la mesure. Il vise à inscrire dans la loi que l’ordonnance de protection est notifiée par le ministère public ou par la voie administrative, de sorte que les frais ne soient pas à la charge de la victime. « C'est un officier de police ou un gendarme qui remet la convocation et nous résolvons ainsi la question du délai de 24 heures », argumente Marie-Pierre de la Gontrie. Les sénateurs ont approuvé l’amendement à la majorité.

Violences conjugales : " Ce décret a vidé l'ordonnance de protection" s'insurge Marie Pierre de la Gontrie
01:53


En réponse Nicole Belloubet a déminé le terrain : « Mon objectif premier est la multiplication des ordonnances de protection (…) qui sont des outils extrêmement protecteurs des femmes. (…) Je rectifierai donc le texte rapidement et sans hésitation », a-t-elle promis, si une meilleure formulation peut être trouvée « dans le respect des règles du contradictoire. ». La ministre a également affirmé de possibles aménagements et une rencontre avec les professionnels le mercredi 10 juin sur les violences conjugales.

 

Violences conjugales: "Nous avons organisé les filières de l'urgence" affirme Nicole Belloubet
02:38

 

 

« Des articles, pas réellement une loi »

 

Quant à l’examen de la loi LREM sur les violences faites aux femmes, celle-ci n’a pas reçu les honneurs de sénateurs lors de la discussion générale. La sénatrice socialiste de l’Oise, Laurence Rossignol, dénonce une suite « d’articles et pas réellement une loi ». La sénatrice regrette l’inexistence d’une « vraie loi pour changer les conditions des femmes (…)  Marie-Pierre de la Gontrie a également déclaré son « enthousiasme relatif » face à une loi avec « une portée limitée ».

En effet, cette proposition de loi contre les violences conjugales se veut la traduction législative du « Grenelle contre les violences conjugales » organisé à l’automne dernier par le gouvernement. Elle doit notamment permettre à un médecin de s’affranchir de son secret professionnel pour signaler des violences en cas de « danger immédiat » pour la femme. La proposition de loi alourdit également les peines en cas de harcèlement au sein du couple, si les faits ont conduit la victime à se suicider ou à tenter de se suicider, réprime la géolocalisation d’une personne sans son consentement, et entend mieux lutter contre les « cyberviolences conjugales ».

Partager cet article

Dans la même thématique

Violences conjugales : les sénateurs votent contre le décret polémique sur les ordonnances de protection des victimes
4min

Politique

« Dans le monde politique et de l’entreprise, le pouvoir dénature les gens », observe Elisabeth Moreno

Si devenir ministre lui a permis de faire avancer la cause des femmes, elle a aussi, pendant deux ans, découvert l’envers du monde politique. Entre « carriérisme », environnement masculin et manque de soutien pour faire avancer le féminisme, Elisabeth Moreno revient sur ses combats, son expérience gouvernementale et les travers du pouvoir au micro de Rebecca Fitoussi, dans l’émission Un monde, un regard.

Le

Heat Wave in the North
5min

Politique

La justice ordonne le démantèlement de « mégabassines » en Charente-Maritime : les agriculteurs condamnés invoquent la loi d’urgence agricole et font appel

Neuf agriculteurs ont été condamnés par la justice, jeudi 23 juillet, à démanteler quatre retenues d’eau qu’ils utilisent illégalement depuis dix-sept ans. Ils ont annoncé faire appel et se fondent sur le prétendu « décalage » entre cette décision et la loi d’urgence agricole tout juste adoptée, très favorable au développement de ces « bassines ».

Le

PARIS, Conseil constitutionnel, Constitutional Council, Palais Royal
7min

Politique

Le Conseil constitutionnel est-il devenu un arbitre sursollicité ?

Longtemps perçu comme le gardien discret de la Constitution, le Conseil constitutionnel s’impose aujourd’hui comme l’un des acteurs incontournables de la vie politique. Jamais autant saisi sur les lois votées par le Parlement depuis une quinzaine d’années, il est devenu le passage obligé des textes les plus sensibles. Loin d'un dysfonctionnement, cette hyper-activité traduit les nouvelles dynamiques du pouvoir sous l'ère de la « majorité relative ».

Le

France Wildfires
2min

Politique

La France a demandé l’activation du mécanisme de protection civile de l’UE : en quoi consiste ce dispositif ?

Face à la multiplication des feux en France, en particulier en Gironde et dans les Landes, le président de la République Emmanuel Macron a demandé l’activation du mécanisme de protection civile européen hier soir. Déjà utilisé par le passé à Mayotte ou en Ukraine, ce dispositif permet « de proposer une réponse d’urgence » face aux incendies sur le sol européen.

Le