Violences du 1er mai : il y a quatre ans naissait au Sénat la loi anticasseurs
Ces dernières années, les manifestations du 1er mai sont souvent le théâtre de violences urbaines. Il y a quatre ans, les sénateurs LR déposaient une proposition de loi destinée à lutter contre les black blocks. Le texte sera repris par l’exécutif quelques mois plus tard, après plusieurs semaines de violences lors des manifestations des Gilets Jaunes.

Violences du 1er mai : il y a quatre ans naissait au Sénat la loi anticasseurs

Ces dernières années, les manifestations du 1er mai sont souvent le théâtre de violences urbaines. Il y a quatre ans, les sénateurs LR déposaient une proposition de loi destinée à lutter contre les black blocks. Le texte sera repris par l’exécutif quelques mois plus tard, après plusieurs semaines de violences lors des manifestations des Gilets Jaunes.
Simon Barbarit

Temps de lecture :

5 min

Publié le

« C’est une proposition de loi que les Parisiens attendent après la casse du 1er mai. Nous avons voulu prendre le gouvernement de vitesse ». Cette annonce du sénateur LR de Paris, Pierre Charon faite le 2 mai 2018 pourrait avoir été prononcée aujourd’hui. Mais depuis plusieurs années le 1er mai se suivent et se ressemblent. Les images de violences et de dégradations du mobilier urbain tournent en boucle sur les chaînes d’info et les réseaux sociaux, ce qui a fait émerger plusieurs propositions d’évolutions législatives.

La plus notable date de 2018. Cette année-là, les manifestations du 1er sont une fois encore émaillées de violences urbaines. Un MacDonald et un concessionnaire automobile sont vandalisés boulevard de l’Hôpital à Paris. 1200 black blocks sont dénombrés et 300 interpellés. Par la suite cette date restera célèbre en tant que point de départ de l’affaire Benalla.

La droite du Sénat ressort une loi de 1970

En attendant, le 2 mai 2018, la droite sénatoriale est bien décidée à prendre le jeune gouvernement d’Edouard Philippe sur le terrain de la sécurité. Le groupe Les Républicains du Sénat, à l’initiative de son président, Bruno Retailleau, publie un communiqué annonçant le dépôt d’une proposition de loi « destinée à introduire dans notre droit une responsabilité pénale et pécuniaire collective de ceux qui, en bande, cassent et brûlent ce qui leur tombe sous la main ».

Les sénateurs LR reprennent dans ce texte certaines dispositions d’une loi du 8 juin 1970 dite « loi anti casseurs » abrogée en 1981 après l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand (lire notre article).

Interdiction administrative de manifester

Le texte est adopté en octobre 2018 au Sénat. Dans le détail, le texte crée des périmètres dans les manifestations à l’entrée desquels les policiers pourront fouiller les manifestants, il crée un délit de dissimulation du visage, passible d’un an de prison et de 15 000 euros d’amende (devenu inopérant avec le covid-19). Surtout, il donne au préfet le pouvoir d’interdire à une personne de manifester si elle représente une menace pour l’ordre public alors que seul le pouvoir judiciaire peut prononcer des interdictions individuelles de manifester. En première lecture, les sénateurs créent même un fichier national regroupant toutes les personnes interdites de manifestation, il sera supprimé lors de la navette parlementaire.

Transmise à l’Assemblée nationale, la proposition reste dans les tiroirs. Mais en ce début d’année 2019, le mouvement des Gilets Jaunes n’en finit pas de tester la fermeté du gouvernement chaque samedi. Depuis le début de la mobilisation le 17 novembre 2018, 5.600 personnes ont été placées en garde à vue et quelque 1.000 condamnations prononcées par la justice. Les images de forces de l’ordre prises à partie, de l’Arc de Triomphe tagué, des quartiers de Paris vandalisés, impriment la rétine. Sous pression, le Premier ministre, Edouard Philippe annonce le 7 janvier sur TF1, une nouvelle loi « anticasseurs ».

Et comme le temps presse, le gouvernement utilise un texte tout prêt, celui de Bruno Retailleau. Mais cette proposition de loi issue de la droite, gène dans les rangs de la majorité LREM de l’Assemblée, en particulier les fameuses interdictions de manifester prises par les préfets.

Les députés finissent par adopter le texte par 387 voix contre 92. Mais une cinquantaine d’élus de la majorité s’abstiennent. Après le vote conforme du Sénat, Emmanuel Macron saisit lui-même le Conseil Constitutionnel afin qu’il tranche sur d’éventuelles entraves aux libertés fondamentales.

Censure du Conseil constitutionnel

« C’est abracadabrantesque […] Pourquoi ? Pour faire censurer ? Alors, pourquoi il a demandé que ce soit voté ? C’est incohérent. », s’agace Roger Karoutchi au micro de Public Sénat.

Comme attendu, le Conseil constitutionnel censure l’article 3 de la proposition de loi anticasseurs qui donnait à l’autorité administrative le pouvoir d’interdire de manifestation toute personne présentant une « menace d’une particulière gravité pour l’ordre public » pendant une durée d’un mois maximum. Les Sages de la rue Montpensier ont considéré que cette mesure portait atteinte au « droit d’expression collective des idées et des opinions ».

Quelques mois plus tard, des violences apparaissent lors des manifestations contre l’article 24 de la loi Sécurité globale. Le ministre de l’Intérieur remet sur la table l’idée « de renforcer l’arsenal législatif » pour « interdire de manifester toute personne déjà connue des services de police menaçant de trouble à l’ordre public ».

« Brigade anti- black blocks » : la dernière idée de Bruno Retailleau

Interrogé par Public Sénat, Bruno Retailleau plaide désormais pour une « seconde étape » ne relevant pas de la loi. Le président du groupe Les Républicains au Sénat préconise la création dans la police de « brigades anti- black blocks ». « Le texte que l’on a voté en 2019 permet d’appréhender les individus. Mais le problème est la réponse pénale. Le dossier pénal n’est pas assez étayé » […] « Cette réponse judiciaire n’est possible que si l’on peut suivre chaque individu en amont ou en aval de chaque manifestation. Si on n’a pas de vraies preuves, un examen des vidéos poussé, si on n’infiltre pas ces bandes, si on n’a pas une veille très précise sur les réseaux sociaux, on ne parviendra pas à lutter contre ce phénomène qui menace nos valeurs républicaines et amoindrit la portée du message des manifestants pacifiques », expliquait-il à l’époque.

A l’heure où nous écrivons ces lignes, nous n’avons pas trouvé trace d’une nouvelle proposition de loi, ou réglementaire pour parer aux violences dans les manifestations.

 

Partager cet article

Dans la même thématique

PARIS, Affaire Lyhanna, Manifestation interdite place Vendome.
7min

Politique

Affaire Lyhanna : vers une commission d’enquête au Sénat sur les « dysfonctionnements de la justice » ?

La commission des lois du Sénat pourrait prochainement se doter des prérogatives d’une commission d’enquête afin de faire la lumière sur les dysfonctionnements révélés par l’affaire Lyhanna. Selon les informations recueillies par Public Sénat, la présidente de la commission, Muriel Jourda, devrait proposer dès mercredi 10 juin à ses collègues d’engager cette démarche

Le

PARIS: Conference de presse de Gerald Darmanin Gardes des Sceaux Ministre de la Justice
6min

Politique

Affaire Lyhanna : l’idée de Gérald Darmanin de redonner à la Chancellerie un pouvoir d’instruction dans les affaires individuelles, « hasardeuse et contreproductive », selon les juristes

Auditionné par la commission des lois du Sénat, sur les défaillances qui ont conduit à l’affaire Lyhanna, Gérald Darmanin a évoqué l’idée de revenir sur l’interdiction pour le garde des Sceaux de donner des instructions dans les affaires individuelles. Une possibilité qui existait jusqu’en 2013, avant la réforme sur l’indépendance du parquet.

Le

Paris : Session of questions to the government at National Assembly
3min

Politique

Affaire Lyhanna : perpétuité pour les viols en série, enquêtes plus rapides…  les premières réponses de Sébastien Lecornu

Après avoir réuni plusieurs ministres ce mardi matin dans le sillage de l’affaire Lyhanna, Sébastien Lecornu veut renforcer les peines pour les violeurs en série et imposer un délai d’enquête de trois mois lorsque l’auteur d’un crime sur enfant est identifié. Deux mesures, parmi d’autres, qui seront intégrées dans le projet de loi sur la protection des enfants.

Le

Violences du 1er mai : il y a quatre ans naissait au Sénat la loi anticasseurs
2min

Politique

Affaire Lyhanna : Muriel Jourda n’écarte pas « un problème structurel qui a pu conduire à ce drame épouvantable »

Après l’audition du ministre de la Justice et du ministre de l’Intérieur sur les défaillances qui ont conduit à l’affaire Lyhanna, la présidente de la commission des lois du Sénat, Muriel Jourda (LR) évoque la possibilité « d’un problème structurel » dans le fonctionnement du service public de la justice. Elle préconise d’attendre le passage en revue des 70 000 plaintes pour crime et délit concernant des enfants d’ici la fin du mois de juillet, pour se prononcer.

Le