Violences sexuelles: le projet concernant les mineurs très contesté
Au centre du projet de loi contre les violences sexistes et sexuelles, la répression des infractions sexuelles sur mineurs...

Violences sexuelles: le projet concernant les mineurs très contesté

Au centre du projet de loi contre les violences sexistes et sexuelles, la répression des infractions sexuelles sur mineurs...
Public Sénat

Par Jessica LOPEZ

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Au centre du projet de loi contre les violences sexistes et sexuelles, la répression des infractions sexuelles sur mineurs suscite depuis sa présentation de vives critiques d'associations et institutions, le gouvernement tentant de jouer l'apaisement avant l'examen du texte au Sénat, à partir de mercredi.

- Que dit la loi actuelle ?

La loi interdit toute relation sexuelle entre un mineur de moins de 15 ans et un majeur. En l'absence de contrainte, il s'agit d'une atteinte sexuelle, un délit passible de cinq ans d'emprisonnement.

L'agression sexuelle (atteinte sexuelle commise avec violence, contrainte, menace ou surprise) est passible de 10 ans d'emprisonnement.

Quant au viol, acte de pénétration sexuelle commis par violence, contrainte, menace ou surprise, c'est un crime passible de 20 ans d'emprisonnement quand il concerne un mineur de moins de 15 ans.

- Que modifie le projet concernant le viol ?

L'article 2 du projet a pour ambition de "faciliter" les condamnations pour viol, après deux affaires récentes où des fillettes de 11 ans avaient été considérées par la justice comme consentantes à des relations sexuelles avec des hommes majeurs.

En premier lieu, il précise dans le code pénal que "lorsque les faits sont commis sur un mineur de 15 ans", la contrainte ou la surprise peuvent être "caractérisées par l'abus de vulnérabilité de la victime ne disposant pas du discernement nécessaire pour consentir à ces actes".

Cette formulation entend aider les juges à établir un viol, puisque la contrainte morale -un des éléments constitutifs du viol- pourra découler directement de l'âge de la victime. Mais elle est loin de l'intention initiale d'instaurer une "présomption de non-consentement", qui impliquait que toute pénétration sur un mineur de moins de 15 ans était automatiquement considérée comme un viol.

Une telle automaticité était très attendue par les associations de défense des droits des femmes et des enfants. Or, l'exécutif a revu ses ambitions, plaidant que la mesure risquait d'être rejetée par le conseil constitutionnel.

Pour aller plus loin, le Sénat a ajouté en commission "une présomption de contrainte". Cette présomption "simple" renverse la charge de la preuve, c'est-à-dire qu'en cas de relation sexuelle entre un majeur et un mineur (sans limite d'âge), on considèrera que le premier a contraint le second et il lui reviendra de faire la preuve du contraire.

- Et concernant l'atteinte sexuelle ?

Pour les atteintes sexuelles, l'article 2 aggrave les sanctions passant la peine maximale encourue de cinq à sept ans d'emprisonnement.

Pour "renforcer l'interdit de relation entre un mineur et un majeur", il prévoyait également un doublement de la peine, à dix ans, pour une "atteinte sexuelle avec pénétration", une distinction qui n'existait pas auparavant.

Mais cette disposition, très critiquée -ses opposants craignant qu'elle conduise à requalifier des viols en atteinte sexuelle avec pénétration-, a été supprimée par les sénateurs en commission.

Dans une volonté d'apaisement, le gouvernement n'a pas déposé d'amendement visant à rétablir l'atteinte sexuelle avec pénétration. Mme Schiappa a reçu lundi, avec les ministres de la Justice, Nicole Belloubet, et des Solidarités, Agnès Buzyn, certaines associations "pour poursuivre les consultations" sur la loi, a précisé son cabinet.

- Pourquoi la polémique ?

Les modifications concernant aussi bien le viol que l'atteinte sexuelle ont suscité de nombreuses critiques, de nombreuses associations demandant "le retrait" de l'ensemble de l'article 2.

La Commission nationale consultative des droits de l'Homme (CNCDH) ou les syndicats de magistrats se sont également prononcés contre ce texte.

Dans une tribune parue dans Le Monde, un collectif de juristes et médecins a réclamé à la place "la création d'un crime formel de violence sexuelle à enfant quand un adulte a une relation avec une personne mineure de moins de 13 ans".

"Jamais un enfant ne peut donner un consentement éclairé à des relations sexuelles avec un adulte", écrivent les signataires, dont Claire Brisset, ancienne défenseure des enfants, ou Boris Cyrulnik, neuropsychiatre.

- Après le Sénat ?

Les discussions en séance doivent terminer jeudi.

Le texte sera ensuite soumis à une commission mixte paritaire Assemblée-Sénat. S'il n'y a pas de consensus entre les parlementaires, le dernier mot ira à l'Assemblée.

Partager cet article

Dans la même thématique

Violences sexuelles: le projet concernant les mineurs très contesté
3min

Politique

« Je ne souhaite pas participer aux ravages sociaux et écologiques en cours » assume cet étudiant qui a bifurqué 

En 2022, Théophile Duchateau, élève dans l’école d’ingénieur Agro ParisTech, fait partie du groupe de « bifurqueurs », surnommés ainsi après avoir annoncé publiquement lors de la remise de leur diplôme qu’ils préféraient renoncer à une carrière toute tracée dans un grand groupe. Théophile Duchateau, ancien élève ingénieur d’Agro ParisTech partage aujourd’hui sa vie entre son métier dans l’agroforesterie et l’engagement dans une ferme collective. Au micro de Quentin Calmet et face aux sénateurs, il assume une nouvelle forme de « travail » dans l’émission Dialogue citoyen.

Le

Violences sexuelles: le projet concernant les mineurs très contesté
4min

Politique

« L’IA, j’y crois beaucoup » : le préfet de police de Paris défend son utilisation pour la surveillance vidéo des rodéos urbains et des manifestations

Auditionné au Sénat sur la sécurité de l’espace public, le préfet de police de Paris Patrice Faure a défendu le recours à la surveillance vidéo algorithmique pour détecter certains délits et encadrer les manifestations. « Donnez-nous le cadre législatif pour utiliser les moyens technologiques qui existent », a-t-il exhorté devant les sénateurs.

Le

Retailleau ok
6min

Politique

Bruno Retailleau veut rétablir les contrôles à la frontière espagnole : c’est le cas depuis 2015

Suite à la régularisation de 500 000 sans-papiers en Espagne, la droite et l’extrême droite réclament un rétablissement des contrôles à la frontière espagnole. Or, ces contrôles ont été rétablis, théoriquement temporairement, mais sans discontinuer, depuis 2015. Par ailleurs, un titre de séjour délivré par un autre Etat-membre ne permet pas de séjourner légalement en France.

Le