Violences sexuelles : Schiappa donne des gages aux sénateurs et aux associations
Très attendu, le projet de loi porté par Marlène Schiappa est discuté ce mardi au Sénat. Sous la pression des associations et des sénateurs, la ministre accepte d’ores et déjà de renoncer à « l’augmentation des peines encourues pour atteinte sexuelle avec pénétration ».

Violences sexuelles : Schiappa donne des gages aux sénateurs et aux associations

Très attendu, le projet de loi porté par Marlène Schiappa est discuté ce mardi au Sénat. Sous la pression des associations et des sénateurs, la ministre accepte d’ores et déjà de renoncer à « l’augmentation des peines encourues pour atteinte sexuelle avec pénétration ».
Public Sénat

Par Héléna Berkaoui

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

« Nous écoutons, nous vous écoutons et la garde des Sceaux et moi-même choisissons donc de nous en remettre à la sagesse de votre Assemblée », a assuré Marlène Schiappa aux sénateurs.

Les débats sur le projet de loi sur les violences sexistes et sexuelles ont débuté en début d’après-midi dans un climat tendu, d’où la volonté de la ministre, accompagnée de la garde des Sceaux, de donner des gages aux sénateurs en renonçant à introduire « l’augmentation des peines encourues pour atteinte sexuelle avec pénétration » dans l’article 2 de ce texte. La ministre souhaitait auparavant porter de cinq à dix ans la peine encourue pour atteinte sexuelle avec pénétration.

Cette disposition aurait poussé les magistrats à « préférer la correctionnalisation à un procès d’assises », selon des membres de la Fondation des femmes qui s’exprimaient dans une tribune dans Libération, lundi. Dans une autre tribune, publiée cette fois dans le journal Le Monde, un collectif de médecins et de juristes, dont Boris Cyrulnik, alertait aussi sur les reculs de ce texte.

Le gouvernement « estime essentiel que cette loi ne soit pas mal comprise », explique Nicole Belloubet

Le gouvernement « estime essentiel que cette loi ne soit pas mal comprise », explique Nicole Belloubet
00:58

La correctionnalisation : sujet sensible des discussions

La correctionnalisation des viols est au cœur des discussions qui animeront les débats sur ce projet de loi. On parle de correctionnalisation d’un viol lorsqu’un juge n’a pas suffisamment d’éléments pour qualifier un viol (qui est un crime) et qu’il requalifie les faits en agression sexuelle (qui constitue un délit) ou en atteinte sexuelle qui désigne : « le fait, par un majeur, d'exercer sans violence, contrainte, menace ni surprise, une atteinte sexuelle sur la personne d'un mineur de 15 ans ». 

« Votre commission des Lois a proposé de supprimer cette disposition relative à l’atteinte sexuelle avec pénétration (…) le gouvernement à la réflexion, accepte donc cette suppression, car il estime essentiel que cette loi ne soit pas mal comprise et mal perçue par ceux la même dont la lutte et fondamentale dans la lutte contre les violences sexuelles commises sur mineurs », expliquait la garde de Sceaux en complément. Une manière d'apaiser un débat hautement sensible. 

« Le meilleur moyen de réparer les erreurs d’une justice, c’est de rénover et de réformer la justice »

« Le meilleur moyen de réparer les erreurs d’une justice, c’est de rénover et de réformer la justice »
07:11

Malgré le geste de la secrétaire d’État à l’égalité entre les femmes et l’homme, le président de la commission des Lois, Philippe Bas, s’est montré sévère vis-à-vis du projet de loi. Le sénateur pointe deux faiblesses : d’une part « l’introduction d’un seuil d’âge » qui « ne permet pas de protéger tous les enfants et d’autre part c’est une simple disposition interprétative sans portée juridique ».

Rappelant les revirements de la ministre qui a dû « renoncer à créer une présomption irréfragable de culpabilité  », Philippe Bas défend une solution « beaucoup plus rigoureuse pour l’accusé et beaucoup plus protectrice pour la victime que la proposition actuelle du gouvernement ». La présomption de contrainte défendue par la commission des Lois du Sénat permettrait au juge d’apprécier les faits en fonction de la différence d’âge entre le majeur et le mineur et de la capacité de discernement du mineur.

« Il peut certes y avoir des décisions de justice choquantes mais le meilleur moyen de réparer les erreurs d’une justice qui reste une œuvre humaine n’est pas de modifier la loi pénale, elle est déjà sévère, c’est de rénover et de réformer la justice », martèle par ailleurs le président de la commission des Lois. Une pique en référence aux deux affaires très médiatisées qui étaient omniprésentes lors des débats sur le texte. « Si nous devions modifier la loi pénale à chaque fois que le réquisitoire d’un procureur ou le jugement d’un tribunal nous choquait alors nous ferions fausse route et nous serions de surcroit inefficace », prévient encore Philippe Bas.

Partager cet article

Dans la même thématique

Violences sexuelles : Schiappa donne des gages aux sénateurs et aux associations
6min

Politique

Breturn : « La porte est ouverte, ils n'ont qu'à revenir ! » lance cet eurodéputé espagnol

Alors que la présidente de la Commission a annoncé vouloir faire du Canada le premier « membre associé » de l’UE, les 27 s’interrogent : faut-il créer un nouveau statut ? Cette piste est aussi explorée dans le cas de la Grande-Bretagne qui exprime ses regrets et son envie de se rapprocher de l’Union, dix ans après le référendum sur le Brexit. Alors faut-il que l’Europe s’ouvre et jusqu’où ? On en débat dans Ici l’Europe avec les eurodéputés Nicolas Bay (France, ECR) et Javier Moreno Sanchez (Espagne, S&D).

Le

FRA – VOEUX DU CONSEIL CONSTITUTIONNEL
11min

Politique

Marine Le Pen demande la démission de Richard Ferrand : le président du Conseil constitutionnel est-il vraiment sorti de sa réserve ?

Les parlementaires du RN et de l’UDR ont saisi le Conseil constitutionnel pour demander la « démission d'office » de son président, Richard Ferrand. Celui-ci a estimé publiquement que la révision de la Constitution proposée par Marine Le Pen n’était pas faisable. Interrogés par Public Sénat, plusieurs constitutionnalistes considèrent qu’il a pris parti sur une question de droit toujours en suspens depuis plus de soixante ans. D’autres, comme Dominique Rousseau et Benjamin Morel, dénoncent une tentative de déstabilisation de la part de l’extrême droite, contre une institution susceptible de jouer les garde-fous face à l’application du programme du RN.

Le

France, Perpignan, October 13, 2026: High school and university students demonstrate with trade union support
7min

Politique

Vote à 16 ans : la jeunesse doit-elle avoir son mot à dire dans les urnes ?

Comme d’autres avant lui, Jean-Luc Mélenchon veut ouvrir les urnes aux lycéens, alors que les mobilisations de la jeunesse se multiplient. Raphaël Glucksmann et Marine Tondelier défendent aussi la mesure. Pourtant, malgré des retours réguliers dans le débat présidentiel, le vote à 16 ans reste lettre morte. Plusieurs universitaires analysent les résistances à cette réforme et ses effets possibles sur la participation politique.

Le

Violences sexuelles : Schiappa donne des gages aux sénateurs et aux associations
3min

Politique

« Méthode détestable », « colère » : l’absence de Sébastien Lecornu aux Assises des départements de France tend les élus

Alors que le gouvernement a prévu de ponctionner 1,8 milliard d’euros du budget des départements dans le projet de loi de finances pour 2027, l’absence de Sébastien Lecornu aux Assises des départements de France a fortement déplu. Le Premier ministre a néanmoins invité les départements à le rencontrer le 16 novembre à Matignon, un report qui va « exacerber les tensions », a prévenu le président (centriste) des Départements de France, François Sauvadet. Une grande partie des élus ont quitté la salle quand la ministre des Collectivités s’est exprimée.

Le