Voile dans les sorties scolaires : que dit le texte du Sénat ?
Le Sénat examine en début d’après-midi la proposition de loi LR imposant la neutralité religieuse pour les accompagnants scolaires. Le texte a été adopté la semaine dernière en commission de la culture de la Haute assemblée.

Voile dans les sorties scolaires : que dit le texte du Sénat ?

Le Sénat examine en début d’après-midi la proposition de loi LR imposant la neutralité religieuse pour les accompagnants scolaires. Le texte a été adopté la semaine dernière en commission de la culture de la Haute assemblée.
Public Sénat

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

 « Il n’y a pas de difficulté. Un voile, c’est un signe religieux. Une kippa, c’est un signe religieux. Une grande croix, c’est un signe religieux. Pas de signe religieux dans le temps scolaire (…) les sorties scolaires font partie intégrante du temps scolaire ». C’est par ces mots que la sénatrice LR du Val d’Oise, Jacqueline Eustache-Brinio, expliquait mardi dernier, l’enjeu de sa proposition de loi imposant la neutralité religieuse pour les accompagnants scolaires.

« Je retrouve exactement les mêmes arguments que lors de la loi sur le voile en 2004 ou que sur la Burqa » regrette Bruno Retailleau

En commission de la culture et de l’éducation, les sénateurs ont adopté la proposition de loi non sans avoir débattu âprement du bien-fondé d’un tel texte (voir notre article). « Je retrouve exactement les mêmes arguments que lors de la loi sur le voile en 2004 ou que sur la Burqa (loi de 2010 interdisant la dissimulation du visage dans l'espace public NDLR) » a relevé le patron de la droite sénatoriale, Bruno Retailleau, à la sortie de la commission. Il développe : « Certains nous disaient qu’en exigeant des collégiens et des lycéens qu’ils quittent le voile, on allait déscolariser les enfants, les stigmatiser. En réalité cette loi de 2004 (…) a permis à ce qu’on ne se défausse pas sur le corps enseignant. La loi sur la Burqa, certains disaient qu’elle était inconstitutionnelle. Le Conseil Constitutionnel l’a validé. Ce sont toujours des sujets qui enflamment les discussions. Moi, j’invite les uns et les autres à traiter ce texte avec énormément de sérénité ».

De la « sérénité » il en faut effectivement sur cette question de la laïcité. L’épisode de l’accompagnatrice scolaire voilée, priée par un élu RN, de quitter le conseil régional de Bourgogne Franche-Comté n’en a pas été une franche illustration, au vu des réactions qu’il a suscitées.

Les amendements de la commission

La proposition de loi, composée d’un article, vise à compléter le code de l’éducation, et a été légèrement amendée sous l’impulsion du rapporteur LR du texte, Max Brisson. « On parle des sorties scolaires sur le temps scolaire. Je trouve que ça fait bien la différence et ça montre bien que l’on parle du temps scolaire hors les murs » se félicite Françoise Laborde, sénatrice RDSE et ancien membre de l’Observatoire de la laïcité.

Dans son article unique, la proposition de loi ajoute un alinéa à L. 111-1 du code de l’éducation, selon lequel « toute personne concourant au service public de l’éducation, y compris lors des sorties scolaires, est tenue de respecter ces valeurs. » (notamment de laïcité)

En commission, un amendement a été adopté remplaçant le terme « concourant au service public de l’éducation » par : « les personnes qui participent au service public de l’éducation ». Un changement sémantique, qui selon le rapporteur, « englobe plus de monde ». Un autre amendement précise que les personnes qui participent au service public de l’éducation ne peuvent porter de « signes religieux ostentatoires lors des activités liées à l’enseignement, peu importe le lieu où elles se déroulent ».

La recevabilité d’autres amendements sera examinée en commission quelques minutes avant la séance publique.

 

Partager cet article

Dans la même thématique

France Politics
9min

Politique

[Série 2/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : avec l’affaire Benalla, le temps du contre-pouvoir

Le Sénat et Emmanuel Macron. 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Avec l’affaire Benalla, le Sénat s’érige en contre-pouvoir du macronisme triomphant. Une forme de revanche, qui va créer des moments de fortes tensions entre l’exécutif et la majorité sénatoriale. Le Sénat va jouer à fond son rôle de contrôle, avec une conception plus anglo-saxonne des commissions d’enquête.

Le

Heat wave at Ehpad in Bordeaux
3min

Politique

Ehpad : « Ça s’est un peu amélioré, mais on est loin du compte. » alerte la sénatrice Anne Souryis

Le placement de personnes âgées en Ephad est toujours une étape redoutée par les familles. Les principaux intéressés ne veulent pas quitter leur domicile et l’entourage craint toujours une mauvaise prise en charge. Des craintes amplifiées depuis l’enquête de Victor Castanet dans son livre « Les Fossoyeurs » en 2022 qui a révélé un système privilégiant le rendement au détriment du bien être des patients. Depuis, les politiques se sont emparés du sujet, mais les moyens déployés sont-ils suffisants ? La prise en charge s’est-elle améliorée ? Et quelles sont les alternatives ? La sénatrice écologiste Anne Souyris et le gériatre Jean-Pierre Aquino en débattent dans l’émission Et la santé, ça va ? présentée par Axel de Tarlé.

Le

Voile dans les sorties scolaires : que dit le texte du Sénat ?
5min

Politique

Ingérences étrangères : « Depuis les années 2010, aucun rendez-vous électoral n’a été épargné »

A l’heure de la manipulation des algorithmes et du recours croissant à l’intelligence artificielle sur les plateformes numériques, des experts alertent le Sénat sur la multiplication d’ingérences d’origine étrangères en Europe. Avec pour objectif de déstabiliser les périodes électorales, à coups de désinformation et d‘altération de la confiance envers les institutions.

Le

Macron Sénat 1 ok
9min

Politique

[Série 1/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : un début constructif, avant la montée des tensions

Le Sénat et Emmanuel Macron. Bientôt 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Après des débuts plutôt bienveillants, la relation va vite se tendre sur les collectivités, avant qu’elle ne se dégrade sur le projet de réforme constitutionnelle, qui finira enterré.

Le