Paris : Francois Bayrou s Press conference about budget plan
Conférence de presse de François Bayrou du 25 août 2025/Credit:JEANNE ACCORSINI/SIPA/2508251935

Vote de confiance : quels sont les scénarios de l’après ?

François Bayrou a pris de court la classe politique en annonçant, lundi 25 août, qu’il engagerait la responsabilité de son gouvernement devant l’Assemblée nationale le 8 septembre prochain. En quête d’une « clarification », le premier ministre espère rallier une majorité autour de sa trajectoire budgétaire, qu’il présente comme décisive pour l’avenir économique du pays. Mais le rapport de force parlementaire laisse présager une issue défavorable.
Emma Bador-Fritche

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Coup de poker ou aveux de faiblesse ? En annonçant qu’il engagerait la responsabilité de son gouvernement devant l’Assemblée nationale le 8 septembre, le Premier ministre, François Bayrou a bouleversé le jeu politique. Cette initiative, rarissime sous la Ve République, prévue par l’article 49 alinéa 1 de la Constitution, vise à replacer le débat sur l’urgence budgétaire, mais traduit surtout la fragilité d’un Premier ministre dépourvu de majorité. Craignant d’être censuré à l’automne lors du débat sur le budget, François Bayrou a pris les devants, lundi 25 août 2025, en annonçant vouloir lier son destin à la trajectoire budgétaire qu’il souhaite dessiner pour la France. Une façon pour lui de « recentrer » le débat autour de la gravité de la situation et de prendre les Français pour témoins afin de mettre les partis face à leurs responsabilités. À treize jours du scrutin à l’Assemblée nationale, les oppositions affûtent déjà leurs armes.

Un rapport de force défavorable

Si, comme attendu, François Bayrou échoue à obtenir la confiance, il devra présenter sa démission et celle de son gouvernement au président de la République. Les premières réactions laissent peu de place au doute, de La France insoumise au Rassemblement national, en passant par les socialistes, les communistes et les écologistes, tous ont annoncé leur refus de voter la confiance. François Bayrou s’avance donc vers une défaite quasi certaine. Si elle se confirmait, il deviendrait le premier chef de gouvernement de la Ve République renversé par un vote de confiance, un précédent lourd de conséquences pour la stabilité institutionnelle.

Emmanuel Macron se retrouverait alors face à un choix crucial, désigner le septième locataire de Matignon sous sa présidence. Deux pistes se dessinent, confier la charge à une personnalité issue de son camp, comme Sébastien Lecornu, actuel ministre des Armées, ou opter pour un profil capable de dialoguer avec la gauche, afin d’éviter une nouvelle paralysie institutionnelle. Le chef de l’État pourrait aussi opter pour un gouvernement dit « technique », composé de hauts fonctionnaires, chargé de gérer les affaires courantes sans réformes profondes. Mais, dans un Parlement éclaté en trois blocs irréconciliables, chaque nouveau Premier ministre risquerait de se retrouver aussitôt exposé à une motion de censure.

François Bayrou sauve sa place ?

« Tout peut bouger en 11 jours », a lancé François Bayrou ce jeudi lors des journées du MEDEF. Le scénario d’un maintien à Matignon paraît improbable, mais pas totalement exclu. Pour obtenir la confiance, François Bayrou doit dépasser les votes contre, les abstentions n’étant pas comptabilisées. Si le Rassemblement Nationale, au lieu de voter contre, décidait de s’abstenir, François Bayrou pourrait franchir l’obstacle. Mais il lui faudrait alors céder sur certains points budgétaires, par exemple la remise en cause de l’aide médicale d’État ou la réduction de la contribution française à l’Union européenne, thèmes chers au RN. Dans ce cas, il poursuivrait son travail sur la loi de finances, mais resterait vulnérable à une motion de censure lors des débats budgétaires de l’automne.

La tentation de la dissolution

Le rejet de François Bayrou pourrait relancer le spectre d’élections législatives anticipées. Depuis le 7 juillet, Emmanuel Macron dispose à nouveau du pouvoir de dissoudre l’Assemblée, en vertu de l’article 12 de la Constitution. Ce retour aux urnes est réclamé par La France insoumise et le Rassemblement national, chacun espérant transformer son poids politique en majorité. Certains au sein de la majorité n’écartent pas non plus ce scénario, Gérald Darmanin, ministre de la justice jugeant sur le plateau de France 2, ce mardi 26 août, « qu’il ne faut pas écarter » cette hypothèse.

Le président de la République a pourtant écarté ce scénario dans Paris Match, affirmant « La dissolution, je l’ai faite, je m’en suis expliqué […]. Maintenant, on a un Parlement qui reflète les fractures du pays. C’est aux responsables politiques de savoir travailler ensemble. » Mais rien n’exclut un revirement, comme ce fut le cas en 2024, lorsque l’Élysée avait finalement dissous après avoir dit l’inverse quelques mois plus tôt. Une dissolution permettrait une clarification mais au prix du risque de renforcer les extrêmes. Reste à savoir qui arrivera en tête de ces nouvelles législatives, et si une réelle majorité parlementaire pourrait émerger cette fois-ci. Rien n’assure que les partis de gauche s’entendent sur un programme commun. Boris Vallaud, président du groupe socialiste, a d’ailleurs jugé mardi dans Libération qu’un nouvel accord avec LFI, semblable à celui du Nouveau Front populaire en 2024, « ne paraît pas concevable ».

La démission d’Emmanuel Macron

Au-delà du sort de son premier ministre, c’est le chef de l’État qui pourrait se retrouver sous pression. Les appels à la démission d’Emmanuel Macron pourraient se multiplier, en particulier avec l’arrivée du mouvement de blocage du 10 septembre, « Bloquons tout ». La France insoumise prévoit déjà de déposer, le 23 septembre, une motion de destitution, sur le fondement de l’article 68 de la Constitution. Si cette procédure reste quasi impossible à aboutir, elle témoigne du climat politique tendu. Dans l’opposition, Marine Le Pen évoque depuis des mois l’éventualité d’une présidentielle anticipée. Emmanuel Macron, de son côté, répète qu’il « exercera (son mandat) jusqu’à son terme » en 2027.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Deputes dans la salle des quatre colonnes
7min

Politique

Sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône : dénonçant sa place sur la liste de Renaud Muselier, Valérie Boyer se lance de son côté

La sénatrice LR sortante, qui avait obtenu l’investiture à la troisième place d’une liste d’union UDI-Renaissance-LR, demandait la première place. Après avoir dénoncé un accord déséquilibré et se sentant « en décalage politique », Valérie Boyer décide de lancer sa liste dissidente. Renaud Muselier « regrette qu’elle ait cassé l’accord ». De quoi amener une dose d’incertitude de plus dans le scrutin.

Le

Tribute to Edgar Morin
7min

Politique

Présidentielle 2027 : « La candidature de Bernard Cazeneuve traduit la difficulté de notre personnel politique à se renouveler », selon Bruno Cautrès

Bernard Cazeneuve s'avance un peu plus sur le chemin déjà bien embouteillé de la présidentielle. Sans se déclarer officiellement candidat, l'ancien Premier ministre vient de publier une « Lettre aux Français » aux allures de programme, couplée à une interview dans Le Parisien dans laquelle il réaffirme son positionnement social-démocrate. Un espace déjà convoité par François Hollande et Raphaël Glucksmann.

Le

Montrouge: Entretiens politiques sur l energie avec Terra Nova
9min

Politique

Présidentielle : devant ses amis réunis à la questure du Sénat, François Hollande se prépare et met en garde contre les « candidatures de témoignage »

L’ancien chef de l’Etat, qui aspire à la redevenir, a réuni ses fidèles mercredi soir à la questure du Sénat. François Hollande, qui sortira un livre début septembre, planche sur « quelques grandes idées ». S’il n’est pas encore déclaré, il espère être en situation pour pouvoir se lancer. Mais pour lui, l’éventuel retour à l’Elysée ne passera pas par la case primaire.

Le

Paris: Questions au Gouvernement Assemblee nationale
8min

Politique

Interdiction du voile : en envisageant la piste d'un référendum, Marine Le Pen met la pression sur le Conseil constitutionnel

Mesure phare du programme de Marine Le Pen depuis de nombreuses années, l'interdiction du voile dans l'espace public nourrit quelques divisions au sein du RN. Selon les informations du Monde, la candidate à la présidentielle privilégierait désormais la piste du référendum pour faire passer cette réforme qui, sur le principe, serait contraire à la Constitution. Une voie qui permettrait d'éviter une censure a posteriori du Conseil constitutionnel. Le rôle des Sages serait toutefois déterminant en amont de la consultation des citoyens. Explications

Le

La sélection de la rédaction