« Vous serez vilipendés » : Jean-Louis Debré met en garde les parlementaires contre un nouveau report des régionales
Au Sénat, l’ancien président du Conseil constitutionnel, Jean-Louis Debré, auteur d’un rapport sur l’organisation des élections départementales et régionales, a mis en garde contre un nouveau report du scrutin, au-delà de juin, voire après la présidentielle de 2022.

« Vous serez vilipendés » : Jean-Louis Debré met en garde les parlementaires contre un nouveau report des régionales

Au Sénat, l’ancien président du Conseil constitutionnel, Jean-Louis Debré, auteur d’un rapport sur l’organisation des élections départementales et régionales, a mis en garde contre un nouveau report du scrutin, au-delà de juin, voire après la présidentielle de 2022.
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C’est l’un des grands sages de la Ve République, dont la voix porte, et qui s’exprime sur l’un des produits les plus sensibles et les plus indispensables d’une démocratie : un scrutin électoral. Auteur d’un rapport, pour le compte du gouvernement, sur les modalités d’organisation des futures élections locales, l’ancien président du Conseil constitutionnel a adressé une sévère mise en garde en direction des parlementaires, qui l’auditionnaient ce 13 janvier 2021. La commission des lois du Sénat voulait interroger l’ancien ministre pour recueillir son avis sur ce qu’il conviendrait de faire s’agissant des élections départementales et régionales.

Face au maintien à un niveau élevé de circulation du covid-19 en Europe, ces deux rendez-vous électoraux n’auront pas lieu en mars, comme on aurait pu l’imaginer dans une année habituelle. Le Parlement sera amené à se prononcer sur un report au mois de juin, dans le cadre de l’examen d’un projet de loi. Toutes les certitudes ayant été balayées par la pandémie, l’hypothèse d’un report du report n’est cependant pas à exclure. Et ce scénario a été plus que déconseillé par Jean-Louis Debré, qui n’y voit que « des inconvénients ». « Si on ne peut pas les tenir – ce que je ne souhaite pas – au mois de juin, ce ne sera pas beaucoup plus facile au mois de septembre. J’ajoute que nous rentrons à ce moment dans la période des comptes de campagne des présidentielles », a-t-il expliqué.

« J’ai été effondré de ce que j’ai vu », témoigne Jean-Louis Debré, de retour du supermarché

D’où le conseil très simple de celui qui a présidé le Conseil constitutionnel pendant neuf années : « Parfois la meilleure réponse, c’est de ne pas céder, et de permettre l’expression de la démocratie ». Autrement, toute la classe politique, et les parlementaires en premier lieu puisqu’ils voteront le report, risque d’en être pour leurs frais. « Je crains que si jamais la décision de reporter après la présidentielle, les élections départementales et régionales, [était prise], vous ne puissiez pas endiguer une autre pandémie, qui est la pandémie politique. Vous serez suspectés de tout ! Vous serez vilipendés ! Et cela aboutira à quoi ? A plus d’abstention. »

Jean-Louis Debré a enjoué les sénateurs à refuser toute « clause de revoyure automatique » dans le texte. « Je pense que malgré la pandémie, on ne peut pas indéfiniment et automatiquement reporter les élections. On ne peut pas. Sinon, vous aurez des problèmes politiques », a-t-il averti.

Quant aux modalités pratiques, là aussi l’ancien ministre se veut partisan de méthodes qui ont fait leurs preuves pour la sécurité et la sincérité du scrutin, d’autant que le temps est compté : deux tours, « maintien du scrutin par l’isoloir ». Il ferme la porte à tout vote par Internet et veut circonscrire le vote par correspondance à « certains cas possibles ». Jean-Louis Debré se dit cependant favorable à deux procurations par électeur et à une clôture du scrutin au-delà de 20 heures, pour étaler la venue des électeurs.

L’ancien président de l’Assemblée nationale, qui a confié avoir récemment accompagné sa fille dans une grande surface, a par ailleurs souligné le risque de contradiction, à maintenir une vie économique et à mettre la démocratie sous cloche. « J’ai été effondré de ce que j’ai vu », s’est-il ému, évoquant l’affluence entre les rayons. « On accepte ça, et on n’accepte pas que deux dimanches à la mairie on aille chanter la démocratie ? »

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