YouTube nouveau terrain de campagne ?
En 2007, les blogs politiques semblaient être le must-have de la campagne présidentielle. Cinq ans plus tard, ils étaient ringardisés par l’émergence des réseaux sociaux : Facebook et surtout Twitter. Cette année, dans la lignée de Jean-Luc Mélenchon, la tendance est à la vidéo façon YouTubeur. Un renouveau de la communication numérique, d’accord, mais pour quel public et avec quels codes ? 

YouTube nouveau terrain de campagne ?

En 2007, les blogs politiques semblaient être le must-have de la campagne présidentielle. Cinq ans plus tard, ils étaient ringardisés par l’émergence des réseaux sociaux : Facebook et surtout Twitter. Cette année, dans la lignée de Jean-Luc Mélenchon, la tendance est à la vidéo façon YouTubeur. Un renouveau de la communication numérique, d’accord, mais pour quel public et avec quels codes ? 
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Déshabillons-les, la stratégie numérique de Mélenchon et Philippot
01:58

 

Un YouTube, des YouTubeurs

Le 8 octobre dernier, Jean-Luc Mélenchon inaugurait sa revue de presse hebdomadaire. Filmée à la va-vite, « dans des conditions techniques déplorables » selon Antoine Léaument, en charge de la communication digitale de Jean-Luc Mélenchon, la première vidéo reprend les codes des YouTubeurs : regard face caméra, dialogue direct avec les internautes, cadrage webcam. Et ça marche puisqu’en six mois, le nombre d’abonnés à sa chaîne a été multiplié par dix. De quoi donner des idées aux autres candidats et à leurs soutiens. Depuis, tour à tour, Florian Philippot, Marine Le Pen ou encore Emmanuel Macron se sont prêtés à l’exercice.

Mais attention, chacun son style et sa culture politique. « Ils ne s’adressent pas au même public, prévient Anaïs Theviot, politologue spécialiste de la participation politique en ligne. Il y a l’idée de faire pareil tout en marquant sa personnalité d’autant que les cibles sont différentes ». Antoine Léaument approuve. Ce proche de Jean-Luc Mélenchon explique: « On a pris certains codes pour parler aux gens qui ont l’habitude de YouTube et d’autres non, car on estimait qu’ils auraient pu être bloquant. On ne s’attend pas à ce qu’une personnalité politique joue à faire YouTube. Dans la vidéo de Philippot, par exemple, la musique forte rend difficile l’écoute des propos ».

Pascal Grégoire, communiquant et coprésident de l’agence La Chose note, lui aussi, une fracture entre les candidats : « La plupart des hommes politiques considèrent qu’Internet est un média de plus. Regardez Macron, il est encore dans la télé des années 70. Il n’est pas dans l’interaction. La grande force de Mélenchon, c’est qu’il a compris que c’était un média en soi. C’est le premier homme politique YouTubeur et c’est lui qui fait l’interaction. Quant au Front National, la vidéo de Philippot a été très décriée, mais elle rentre parfaitement dans la logique de dédiabolisation du parti ».

 

Internet et médias traditionnels : une relation compliquée

Depuis qu’il a débarqué avec fracas dans la campagne présidentielle de 2007, Internet bouleverse la domination des médias traditionnels, au point de devenir le numéro 1 de l’information ? Possible, mais pas tout de suite, répond la sémiologue Mariette Darrigrand: «  Internet reste, aujourd’hui, un média alternatif, peut-être que pour la prochaine campagne ce sera le média dominant ». Communiquer sur internet « est le meilleur moyen de montrer qu’on est un candidat hors-système » ajoute Pascal Grégoire.

Pourtant, les supports de l’information classique et les médias numériques peuvent être complémentaires. « L’objectif : c’est aussi de faire parler de soi dans les médias traditionnels. Ça ne s’oppose pas forcément », décrypte  Anaïs Theviot.  Pour Antoine Léaumant, Internet permet aussi d’approfondir des sujets abordés à la télévision : « C’est une logique de dépassement des filtres médiatiques. Il y a deux filtres : un temporel, car vous êtes limités en temps pour vous exprimer ; et un filtre thématique ».

En fait, l’ampleur de cette bataille d’Hernani version XXIe siècle serait à minimiser, car les deux médias n’ont pas la même cible. « Il n’y a pas d’opposition fondamentale, ce ne sont pas les même publics. Tout simplement. La moyenne d’âge du JT de TF1 c’est 59 ans, 60% des gens qui regardent les vidéos de Jean-Luc Mélenchon ont moins de 34 ans », conclu Antoine Léaument.

 

Retrouvez Déshabillons-les samedi 1er avril à 15h et 0h15 puis dimanche 2 avril à 11h15 ou encore lundi 3 avril à 17h30.

Partager cet article

Dans la même thématique

PARIS, Affaire Lyhanna, Manifestation interdite place Vendome.
6min

Politique

Affaire Lyhanna : que proposent les partis face aux « dysfonctionnements » de la justice ?

Les ratés judiciaires entourant le meurtre de la jeune Lyhanna n’en finissent plus de susciter l’indignation de tout le pays. Dès lors, la classe politique est amenée à se positionner. Alors que Sébastien Lecornu a présenté ses premières mesures, la gauche fustige le manque de moyens de la Justice et la droite épingle le laxisme des magistrats. Tour d’horizons des différentes propositions du gouvernement et des partis politiques.

Le

Des « menaces lourdes » d’ingérences numériques étrangères pèsent sur l’élection présidentielle, alerte Sébastien Lecornu
8min

Politique

Des « menaces lourdes » d’ingérences numériques étrangères pèsent sur l’élection présidentielle, alerte Sébastien Lecornu 

Après avoir rendu compte aux partis politiques des ingérences numériques étrangères durant les élections municipales, le Premier ministre a tiré le bilan des investigations et des moyens d’y répondre au cours d’une conférence de presse. Il commence à consulter les forces politiques en vue d’un projet de loi qui pourrait être débattu à l’automne.

Le

FRA – ASSEMBLEE – QUESTIONS AU GOUVERNEMENT
8min

Politique

Avec le retrait du plaider-coupable en matière criminel, « Gérald Darmanin fait de la politique sur le dos des victimes », regrette la rapporteure du texte au Sénat

Suite au rejet du projet de loi sur la justice criminelle et le respect des victimes en commission des lois de l’Assemblée nationale mercredi, Gérald Darmanin a annoncé le retrait complet du « plaider-coupable » criminel, l’un des dispositifs les plus polémiques de son texte. Une « déception » pour les rapporteurs du texte au Sénat.

Le

Le Sénat rejette le projet de loi de financement de la Sécurité sociale en nouvelle lecture
9min

Politique

Protection de l’enfance examinée au Sénat en octobre : « Le texte aurait mérité d’être inscrit avant », pointe la sénatrice centriste Dominique Vérien

Face à l’émoi suscité par l’affaire Lyhanna, le gouvernement va profiter de l’examen du texte sur la protection de l’enfance pour ajouter de nouvelles mesures. Le Sénat n’examinera pas le texte avant le 8 octobre. Trop tard, pour la centriste Dominique Vérien. La présidente de la commission des lois, Muriel Jourda, interroge surtout le recours à ce projet de loi. « Réagir par un texte sans lien avec l’affaire Lyhanna revient à faire de la loi un outil de communication », pointe la sénatrice LR.

Le