FRA : Assemblee Nationale : Questions au Gouvernement
Buste de Olympe de GOUGES (avec la Declaration des Droits de l'Homme), dans la salle des Quatre Colonnes, avant la seance publique des Questions au Gouvernement, Palais Bourbon, Assemblee Nationale, France, le 26 Septembre 2017.Bust of Olympe of GOUGES, in the hall of the Four Columns, before the public meeting of Questions to the Government, Palais Bourbon, National Assembly, France, September 26, 2017.//04NICOLASMESSYASZ_2017_09_26b_020a/2006251950/Credit:NICOLAS MESSYASZ/SIPA/2006251951

Immigration : comment fonctionne une commission mixte paritaire ?

Après l’adoption d’une motion de rejet lundi à l’Assemblée nationale, sept députés et sept sénateurs se retrouveront pour trouver la voie d’un compromis sur le projet de loi immigration. Ils se réuniront en commission mixte paritaire (CMP) pour quelques heures, à huis clos. En quoi consiste cette étape du processus législatif ?
Simon Barbarit

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

C’est une étape clé du processus législatif qui se prépare. L’adoption surprise à l’Assemblée nationale d’une motion de rejet sur le projet de loi immigration a précipité la réunion prochaine d’une commission mixte paritaire. Cette étape intervient généralement dans le cas où le Sénat et l’Assemblée nationale ne votent pas un texte dans les mêmes termes. Dans le cas présent, les députés n’ont pas été jusqu’au vote du projet de loi en séance publique. La commission mixte paritaire qui a pour but d’aboutir à la « conciliation des deux assemblées sur un texte commun » va donc devoir trouver un consensus autour du texte voté par le Sénat fin novembre et considérablement durci par la majorité de la droite et du centre. Et le président du groupe LR, Bruno Retailleau ne semble pas disposé à ce stade à faire des concessions. « Il faut le texte du Sénat, c’est le seul texte qui a été voté aujourd’hui », a-t-il affirmé ce mardi.

Comment la commission mixte paritaire est-elle composée ?

Quatorze parlementaires, sept pour chacune des deux chambres, en proportion du poids de chaque groupe politique à l’Assemblée nationale et au Sénat vont avoir la responsabilité de trouver un accord bicaméral pour proposer au Parlement une version finale du texte. La commission mixte paritaire est le reflet des forces politiques en présence au Parlement. Depuis 2009, quatre représentants de la majorité et trois de la minorité de chaque assemblée sont envoyés aux pourparlers. Et certaines règles sont à respecter. Le président et le rapporteur de la commission saisie au fond de l’examen du texte sont sélectionnés. Le reste des sièges est attribué en fonction de l’importance des groupes de chaque assemblée. Au Sénat, c’est la commission compétente, dans le cas présent, il s’agit de la commission des lois, qui désigne les représentants de la Chambre haute. A l’Assemblée nationale, la Présidente désigne les représentants des députés, sur proposition des présidents de groupe. Trois députés Renaissance, parmi lesquels Sacha Houlié, le président de la commission des lois et Florent Boudié, le rapporteur du projet de loi, un député Modem, un LFI, un RN et un LR, prendront part à la commission mixte paritaire. Au Sénat, trois élus LR, parmi lesquels le président de la commission des lois, François-Noël Buffet, la co-rapporteure Muriel Jourda, et le président du groupe LR, Bruno Retailleau, le co-rapporteur du texte, Philippe Bonnecarrère (centriste), les deux sénatrices socialistes, Marie-Pierre de la Gontrie et Corinne Narassiguin, et le sénateur Renaissance, Olivier Bitz en feront partie. Les CMP se réunissent alternativement dans les locaux de l’Assemblée nationale et du Sénat. Un « tourniquet » qui s’exerce par commission. La commission mixte paritaire sur le projet de loi immigration devrait se tenir à l’Assemblée nationale, car mercredi 13 décembre, la CMP sur la proposition de loi visant à revaloriser le métier de secrétaire de mairie, se tiendra au Sénat.

Qui décide de provoquer la réunion de la commission mixte paritaire ?

C’est une décision qui appartient au Premier ministre. Le gouvernement « convoquera une commission mixte paritaire au plus vite, toujours dans une démarche pour débattre et chercher un compromis entre la majorité et les oppositions », a précisé son porte-parole Olivier Véran, à la sortie du Conseil des ministres. Depuis la révision constitutionnelle du 23 juillet 2008, les présidents des deux assemblées peuvent aussi demander conjointement la réunion d’une CMP mais pour les propositions de loi (textes d’initiative parlementaire).

Deux scénarios

Si les parlementaires parviennent à un accord en CMP, celle-ci est dite « conclusive. » Le Sénat et l’Assemblée nationale doivent ensuite voter les conclusions de cette commission mixte paritaire en séance. Seul le gouvernement peut alors amender le texte. Mais au vu des équilibres politiques au sein de la CMP, le texte qui en sortira devrait logiquement pencher à droite, ce qui handicaperait grandement les chances de voir le projet de loi adopté à l’Assemblée nationale, car une partie des députés Renaissance devraient s’y opposer. La Première ministre, Élisabeth Borne en a bien conscience et a indiqué, ce mardi, devant les députés du camp présidentiel que le compromis ne devait « pas se faire au détriment de l’unité de la majorité ». Le gouvernement devrait alors se résoudre à engager sa responsabilité sur ce texte par le recours à l’article 49.3 de la Constitution et prendre le risque d’être censuré par les parlementaires.

Deuxième scénario : l’échec. Lorsque les parlementaires de la commission mixte paritaire ne parviennent pas à un accord, la CMP est dite « non conclusive ». Le projet de loi repart alors dans la navette parlementaire. Le texte qui sert de base aux discussions est le dernier dont l’Assemblée nationale a été saisie avant la réunion de la CMP, soit ici celui du Sénat. Il repartirait devant la commission des lois de l’Assemblée nationale avant l’examen en séance publique. Un retour à la case départ pour l’exécutif avec le spectre d’une nouvelle motion de rejet.

Partager cet article

Dans la même thématique

Capture d’écran du documentaire « Michel Debré et La Réunion, dérives d’une ambition républicaine » d’Alice Cohen
4min

Politique

Les « docus de l’été » : L’histoire oubliée de l’île de La Réunion

C’est un chapitre méconnu de l’histoire de France : la politique menée par Michel Debré à La Réunion entre 1963 et 1988. Pendant vingt-cinq ans, l’ancien Premier ministre du général de Gaulle mettra tout en œuvre pour contenir les velléités autonomistes qui traversent l’île, notamment celles portées par les communistes réunionnais. Traumatisé par l’indépendance de l’Algérie, inquiet de la montée des mouvements anticoloniaux et frappé par la misère qui touche alors une grande partie de la population, il engage une politique volontariste de modernisation fondée sur de grands travaux, des investissements massifs mais aussi des mesures beaucoup plus contestées, comme le transfert de milliers de mineurs vers la métropole. Cette période complexe et controversée de l’histoire réunionnaise est au cœur du documentaire d’Alice Cohen, "Michel Debré et La Réunion", dérives d’une ambition républicaine à voir cet été sur Public Sénat.

Le

Assemblee Nationale – Questions au Gouvernement
4min

Politique

Sénatoriales 2026 : La France insoumise lance ses troupes à l’assaut d’un Sénat qui lui échappe encore

À deux mois des élections sénatoriales du 27 septembre, La France insoumise dévoile ses 90 têtes de liste dans les départements concernés par le renouvellement de la moitié de la Haute Assemblée. Sans aucun sénateur à ce jour, le mouvement de Jean-Luc Mélenchon espère transformer sa percée aux municipales en premiers sièges au Palais du Luxembourg.

Le

L Assemblee adopte l’interdiction des reseaux sociaux aux moins de 15 ans
5min

Politique

Réseaux sociaux : députés et sénateurs s’accordent sur une interdiction totale aux moins de 15 ans

Réunis en commission mixte paritaire ce lundi, les sept députés et sept sénateurs se sont mis d’accord sur l’interdiction de tous les réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Elle s’applique à toutes les plateformes, sans opérer de distinction comme le souhaitait initialement le Sénat. Emmanuel Macron veut appliquer le texte dès la rentrée, mais sa portée pourrait être limitée puisque la Commission européenne cherche à reprendre la main sur le sujet.

Le

Paris: Deputes dans la salle des quatre colonnes
7min

Politique

Sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône : dénonçant sa place sur la liste de Renaud Muselier, Valérie Boyer se lance de son côté

La sénatrice LR sortante, qui avait obtenu l’investiture à la troisième place d’une liste d’union UDI-Renaissance-LR, demandait la première place. Après avoir dénoncé un accord déséquilibré et se sentant « en décalage politique », Valérie Boyer décide de lancer sa liste dissidente. Renaud Muselier « regrette qu’elle ait cassé l’accord ». De quoi amener une dose d’incertitude de plus dans le scrutin.

Le