Loi immigration censurée : « C’est un déni du pouvoir du Parlement », tance Bruno Retailleau

Quelques minutes après la décision du Conseil constitutionnel qui censure très largement la loi immigration, le président du groupe LR du Sénat, Bruno Retailleau dénonce « les motifs très contestables » des Sages et appelle à une révision de la Constitution et à nouveau projet de loi.
Simon Barbarit

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

C’est une décision qui passe mal du côté de la droite sénatoriale. Plus d’une trentaine d’articles de la loi immigration ont été censurés, soit une bonne partie des apports du groupe LR lors de l’examen du texte. « Le Conseil a censuré les mesures de fermeté que le Sénat avait apportées et qui avaient été plébiscitées », s’agace Bruno Retailleau dans son bureau en insistant sur l’urgence à agir selon lui suite « aux chiffres records qui sont tombés, sur les demandes d’asile, sur les visas de premier séjour. Donc l’immigration est en dehors de tout contrôle ».

Le sénateur de Vendée déplore « les motifs très contestables » du Conseil constitutionnel qui a censuré 32 dispositions du projet de loi au motif qu’ils étaient des cavaliers législatifs au titre de l’article 45 de la Constitution. « Il faudra nous expliquer pourquoi l’immigration familiale n’a rien à voir avec l’immigration ? Pourquoi percevoir des allocations familiales, ça n’a rien à voir avec l’immigration ? etc, etc.

« On nous interdit de faire une politique migratoire efficace »

Selon lui, le Conseil constitutionnel « refuse d’appliquer la révision constitutionnelle de 2008 lorsque « le constituant de l’époque avait essayé de donner plus de souplesse au législateur. Il fallait non seulement un lien direct pour qu’un amendement puisse être accepté mais aussi un lien indirect. Il y a donc un refus du Conseil constitutionnel d’appliquer la Constitution », estime-t-il, avant de tancer : « C’est un déni du pouvoir du Parlement ».

Bruno Retailleau craint désormais que « les Français voient le Parlement réduit à l’impuissance ». Il demande à nouveau au gouvernement de reprendre les dispositions censurées dans un nouveau texte et de le déposer. Il remet également sur la table sa proposition de loi constitutionnelle sur l’immigration. « On nous interdit de faire une politique migratoire efficace. La réponse à l’impuissance, c’est la démocratie. C’est-à-dire permettre dans la Constitution de consulter, par référendum, le peuple français ».

Et après s’être écharpés sur la paternité de la loi au mois de décembre, LR et la majorité présidentielle continuent leur bras de fer sur la paternité de la large censure du texte par le Conseil constitutionnel. Sur X, le ministre de l’Intérieur s’est félicité d’une décision qui « valide l’intégralité du texte initial du gouvernement » et « censure de nombreux articles ajoutés au Parlement, pour non-respect de la procédure parlementaire ».

« Ce n’est pas un coup de massue »

Pour le sénateur LR, Roger Karoutchi cette censure « prouve bien que le texte du gouvernement « était insuffisant ». « Je ne sais pas si toutes les dispositions censurées sont indispensables, ce que je sais c’est que toutes sont liées à la gestion de l’immigration […] Nous disons au gouvernement, banco, revenez avec un texte, qui ne sera pas le texte du Sénat, on en est bien conscient, mais qui sera plus complet que celui que vous aviez ».

Le sénateur des Hauts-de-Seine estime que cette décision « n’est pas un coup de massue » et rappelle que le pouvoir constituant est entre les mains des parlementaires. « Nous faisons notre travail parlementaire, le Conseil constitutionnel fait le sien. Qui représente qui ? Vous pensez que devant les électeurs ce sont eux qui vont dire que + ces mesures n’avaient pas lieu d’être ou qui vont dire ces mesures avaient lieu d’être, aidez-nous ? »

 

 

« Un camouflet pour la démocratie parlementaire »

Dans l’émission, « Sens public », sur Public Sénat, le sénateur du Nord, Marc-Philippe Daubresse a dénoncé « un camouflet pour la démocratie parlementaire ». Prenant lui aussi pour référence la révision de constitutionnel de 2008 sur les cavaliers législatifs, il dénonce « une décision plus politique que juridique ».

Partager cet article

Dans la même thématique

Bourgoin-Jallieu  demonstation against sexual violence targeting women and children
6min

Politique

Loi intégrale contre les violences sexuelles : « Que le gouvernement aborde l'examen de ce texte avec humilité et en ayant en tête son bilan », enjoint Laurence Rossignol

Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a annoncé l'inscription de la proposition de loi « intégrale » contre les violences sexistes et sexuelles comme premier texte de l'ordre du jour de l'Assemblée nationale lors de la reprise de la session ordinaire, début octobre. Ce texte de 69 articles est inspiré des 140 propositions élaborées par une coalition d'associations féministes et de défense des droits des enfants. Le meurtre dramatique de la jeune Lyhanna avait mis la pression sur l'exécutif, poussé par l'opposition de gauche et le bloc central, à aborder les violences sexuelles et sexistes dans une approche systémique.

Le

PARIS: REF 2026, Rencontre des Entrepreneurs de France 2025 du Medef – Présidentielle 2027 : suivez le premier débat de la campagne entre sept candidats réunis par le Medef
7min

Politique

Présidentielle 2027 : une multitude de candidats mais combien seront-ils réellement sur la ligne de départ ?

À huit mois de l’élection présidentielle, la course à l’Élysée donne l’impression d’une compétition sans limite. Une trentaine de personnalités, déclarées, pressenties ou envisagées, ambitionnent déjà de se présenter. Mais entre les primaires, le financement des campagnes et surtout les 500 parrainages d’élus nécessaires, la liste devrait rapidement se réduire.

Le

Photo illustration collage affiches election presidentielle de 2027
5min

Politique

Présidentielle : et si les électeurs français étaient moins indécis qu’on ne le pense ?

Une étude de Terra Nova en partenariat avec Cluster 17 sortie ce mercredi étudie la structure de l’électorat français à quelques mois de la présidentielle. Elle décrit des électeurs répartis en cinq blocs politiques. Si la porosité entre eux est possible, elle est plus probable entre blocs voisins. Si aucune majorité ne se dégage des estimations du premier tour, au second, le modèle prédit une victoire de Marine Le Pen dans tous les cas.

Le

Paris: The senate vote on an amendment of a government plan to enshrine the « freedom » to have an abortion in the French Constitution
11min

Politique

« La disparition de François Patriat nous ressoude encore plus » : confiant sur son maintien lors des sénatoriales, le groupe RDPI face à l’après Macron

Avec le décès de François Patriat, qui dirigeait le groupe macroniste depuis sa création en 2017, le RDPI, dont plus de la moitié des membres est renouvelable, aborde les sénatoriales dans des conditions très spéciales. Mais la disparition du fidèle d’Emmanuel Macron vient aujourd’hui resserrer les liens. Des questions se poseront plutôt après la présidentielle, où la « recomposition au centre » pourrait concerner le groupe, qui va avant se trouver un nouveau président. Plusieurs noms circulent.

Le