Projet de loi immigration : « Un bras de fer difficile » s’annonce entre le Sénat et l’Assemblée, selon Roger Karoutchi

Le sénateur LR Roger Karoutchi était l’invité ce vendredi de l’émission Parlement hebdo. Après avoir largement durci le texte du projet de loi immigration, examiné au Sénat depuis le 6 novembre, l’élu prévient que son groupe politique se montrera intransigeant face à la version du texte qui émanera des discussions à l’Assemblée nationale.
Rose-Amélie Bécel

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Le texte du projet de loi immigration, examiné par le Sénat depuis lundi, sera voté le 14 novembre dans une version bien différente de celle initialement proposée par le gouvernement. Suppression de l’article 3 sur la régularisation des travailleurs dans les métiers en tension, remplacement de l’aide médicale d’Etat (AME) par une aide médicale d’urgence, facilitation des conditions d’expulsion des étrangers condamnés en France… Le texte qui arrivera en commission des lois puis en séance publique à l’Assemblée nationale au mois de décembre sera considérablement durci.

« Entre ce que demandent Les Républicains, le Rassemblement national, la France insoumise, le PS… À l’Assemblée, je ne vois pas comment on sort un texte cohérent », estime le sénateur LR Roger Karoutchi, sur le plateau de Parlement hebdo ce 10 novembre. La perspective de l’utilisation d’un 49.3, pour faire adopter à l’Assemblée une version du texte proche de celle proposée par le gouvernement, est probable selon l’élu qui espère tout de même que le projet de loi « reprendra un certain nombre de mesures issues du Sénat ».

« J’ai cru comprendre que le ministre de l’Intérieur était plutôt d’accord avec nous »

Roger Karoutchi voit, par exemple, dans la suppression de l’AME un possible terrain d’entente avec le gouvernement. Mardi, lors des débats sur cette mesure à la Chambre haute, c’est la ministre déléguée chargée des Professions de santé Agnès Firmin Le Bodo qui a exprimé la position du gouvernement sur le sujet. Officiellement, il est ainsi opposé à son remplacement par l’aide médicale d’urgence, qui réduit à un panier de soins limité la prise en charge médicale pour les personnes en situation irrégulière.

Mais Roger Karoutchi a bien perçu les divergences de positions des ministres sur le sujet : « J’ai cru comprendre, dans ses déclarations préalables, que le ministre de l’Intérieur était plutôt d’accord avec nous, même si j’ai bien compris que Mme Borne ne l’était pas du tout ». Jeudi soir sur France 2, Gérald Darmanin est pourtant revenu sur sa position au sujet de l’AME, indiquant qu’il ne souhaitait pas que la mesure adoptée par le Sénat se retrouve dans le texte proposé par le gouvernement à l’Assemblée nationale.

La perspective d’un terrain d’entente avec le gouvernement sur le projet de loi immigration semble donc encore loin. Il y a deux jours, le député Renaissance Sacha Houlié – président de la commission des lois de l’Assemblée – déclarait au Figaro : « À l’Assemblée, nous rétablirons le texte ambitieux de l’exécutif, tout le texte de l’exécutif. Y compris le volet sur les régularisations. »

« Nous ne céderons pas »

Les modifications du texte qui s’annoncent à l’Assemblée nationale, où les équilibres politiques sont bien différents, laissent ainsi penser que le projet de loi immigration sera ensuite discuté dans le cadre d’une commission mixte paritaire. Dans cette perspective, le sénateur Roger Karoutchi avertit : « Ce sera un bras de fer lourd, difficile, parce que nous ne céderons pas. Si l’article 3 est rétabli, si on supprime tout ce qu’on a mis sur l’AME, si on supprime les mesures fortes en matière de régularisation, c’est très clair le Sénat ne votera pas ce texte. »

Une mise en garde dans la droite ligne de celle de son président de groupe, Bruno Retailleau. Au sujet de potentielles négociations en commission mixte paritaire, le sénateur de Vendée affirmait sur le plateau de Public Sénat hier matin : « Soit on gagne et on rétablit ce qui a été détricoté à l’Assemblée, mais si c’est un texte du en même temps, on s’y opposera, ce sera niet ». Si aucun accord n’est trouvé avec les députés macronistes à l’issue de cette commission, le président du groupe LR au Sénat a déjà indiqué qu’il n’aurait pas de problème à ne pas valider le texte final de ce projet de loi immigration.

Partager cet article

Dans la même thématique

Projet de loi immigration : « Un bras de fer difficile » s’annonce entre le Sénat et l’Assemblée, selon Roger Karoutchi
5min

Politique

Municipales : À Roubaix, l’Insoumis David Guiraud favori pour remporter la mairie 

Face à une majorité sortante de droite éclaboussée par la condamnation de l’ancien maire et une gauche hors-LFI distancée, le député La France Insoumise David Guiraud, qui veut faire de la prise de la ville un symbole national, fait la course en tête. Seul un front anti-LFI improbable pourrait l’empêcher de conquérir la mairie.

Le

Projet de loi immigration : « Un bras de fer difficile » s’annonce entre le Sénat et l’Assemblée, selon Roger Karoutchi
3min

Politique

Municipales : « Les invectives de Jean-Luc Mélenchon n’ont qu’un seul objectif, empêcher le rassemblement de la gauche », déplore Stéphane Troussel

Au micro de Public Sénat, Stéphane Troussel, le porte-parole du PS, appelle les électeurs insoumis à se désolidariser des propos tenus par Jean-Luc Mélenchon et certains cadres du parti. Il estime qu’en fonction des situations locales, mais aussi du comportement des uns et des autres, les rapprochements LFI-PS seront possibles au second tour des municipales.

Le

Elections Municipales, Perpignan, 2026 : Panneaux officiels de l ensemble des candidats a la mairie de Perpignan.Municipal Elections, Perpignan, 2026: Official boards of all candidates for mayor of Perpignan.
5min

Politique

Le PS et LR en retrait, le RN et LFI en croissance : que retenir du nombre de listes présentées aux municipales par les partis ?

Le recensement des étiquettes des listes aux municipales confirme l’émiettement de l’offre politique et l’affaissement des partis traditionnels, qui se présentent beaucoup moins en leur nom qu’auparavant. Tandis que La France insoumise et le Rassemblement national vont gagner en visibilité dans les bureaux de vote. Décryptage.

Le