Mieux connaître le cancer pour mieux le combattre. C’est l’objectif du tout nouveau registre national des cancers. Réclamé de longue date par les épidémiologistes et les professionnels de santé, la création de ce nouvel outil est l’aboutissement d’un long combat mené par la sénatrice centriste du Calvados Sonia de la Provôté à l’origine de la proposition de loi adoptée à l’unanimité au Sénat en juin 2023, puis définitivement entérinée deux ans plus tard par les députés.
Car jusqu’à présent les données de l’épidémiologie des cancers reposaient sur des estimations. Les 29 registres locaux de cancer existants ne couvraient que 20 à 24 % de la population française. Implantés dans 28 départements sur les 101 que compte la France, ils excluaient de fait, des zones très peuplées comme l’Ile de France ou des zones exposées à la pollution comme les abords de sites Seveso.
Entré en vigueur le 1er janvier 2026, ce registre national des cancers va être confié à l’Institut national du cancer (INCa) qui est chargé de piloter ce nouvel outil. L’objectif du registre est de regrouper de manière anonyme toutes les données d’hospitalisation et de mortalité de l’Assurance maladie, mais aussi les résultats d’examen et les analyses médicales des patients.
Première cause de mortalité
Car il y a urgence. Première cause de mortalité en France devant les maladies cardiovasculaires, le cancer touche 400 000 nouveaux patients chaque année selon les estimations. Longtemps considéré comme une maladie de l’âge mûr, le cancer atteint désormais des patients de plus en plus jeunes. Selon Santé publique France, plusieurs tumeurs sont en hausse chez les 15-40 ans notamment le cancer du rein, du côlon, du sein, du pancréas ou encore du cerveau. Une étude parue dans la revue The Lancet place la France en tête des pays ayant le plus grand nombre de cancers rapportés à sa population. Présidente de l’association Jeune & Rose Solenn Ricordel a contracté un cancer du sein à 23 ans. Désormais sortie d’affaire, malgré un traitement hormonal aux lourds effets secondaires, elle s’interroge sur l’origine de sa maladie : « Est-ce que c’est quelque chose que j’ai mangé ? Est-ce que c’est un cocktail de plein de choses ? Est-ce que c’est parce qu’il y a telle usine proche de laquelle j’ai grandi ? ». Des questions restées sans réponses.
Un « tsunami » à venir chez les jeunes ?
Face à la hausse de l’incidence de certains cancers chez les jeunes, médecins et chercheurs se mobilisent. « Il faut se préparer à un tsunami », déclarait en janvier 2025 le professeur Fabrice Barlesi, directeur général de l’Institut Gustave-Roussy, lors d’une conférence de presse. A Bayonne, le Dr Mathias Brugel, gastro-entérologue et oncologue digestif au Centre hospitalier de la Côte Basque ne s’explique pas la hausse du taux d’incidence du cancer du pancréas chez les moins de 50 ans. Si les facteurs de risque avérés comme la consommation de tabac, d’alcool, la sédentarité ou l’obésité jouent un rôle dans cette augmentation, une partie des patients qui poussent la porte de son cabinet ne coche aucun des facteurs de risques habituels.
Hausse du cancer du pancréas
Pour mieux comprendre la hausse spectaculaire de l’incidence du cancer du pancréas en France, le Dr Mathias Brugel a mené deux études (EcoPESTIPAC et PESTIPAC) qui révèlent une association entre l’exposition aux pesticides et un risque accru de cancer du pancréas. La France est l’un des pays où l’incidence du cancer du pancréas progresse le plus. C’est aussi le quatrième pays au monde le plus touché en valeur absolue. Au total, on estime que 3,8 millions de personnes vivent avec un diagnostic de cancer.
Sénat en action « Cancers des jeunes, un tsunami à venir ? »
Diffusion le 23 janvier à 16h30 et le 4 février à 17h30 sur le canal 8 de la TNT.