Covid : « Les personnes chargées de conseiller le président n’ont pas pris à temps la mesure de l’épidémie », estime Agnès Buzyn

Accusée d’avoir mal géré l’épidémie de Covid-19 lorsqu’elle était encore aux manettes, l’ancienne ministre de la Santé, Agnès Buzyn, publie un long récit pour rétablir sa version des faits.  Elle était l’invitée de Public Sénat ce vendredi 6 octobre.
Romain David

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

« Au ministère, nous étions très mobilisés, mais tout cela n’est pas vu par les Français ». Agnès Buzyn publie son Journal (Flammarion) de l’épidémie de covid-19. L’ancienne ministre de la Santé, qui a quitté le gouvernement en février 2020 au moment où les premiers cas font leur apparition en France, pour remplacer Benjamin Griveaux dans la campagne des municipales à Paris, y explique comment elle a suivi de près l’évolution de la pandémie dès le mois de décembre, sans parvenir pour autant à mobiliser le reste de l’exécutif. Elle y règle également ses comptes avec le Conseil scientifique, mis en place en 2020 pour orienter le gouvernement sur la bonne marche à suivre devant une situation sanitaire inédite. Elle considère que cet organe n’a pris que tardivement la mesure de la situation.

« Le 16 mars 2020 [le lendemain du confinement, ndlr], je suis plus qu’en colère. J’en veux au Conseil scientifique », explique Agnès Buzyn, invitée ce vendredi 6 octobre de « Bonjour chez Vous », la matinale de Public Sénat. « Il commence son travail une semaine avant le confinement et publie deux avis qui me paraissent absolument en dehors de la plaque. Il m’a fallu beaucoup de temps pour comprendre comment ils en sont arrivés à cette conclusion », explique-t-elle.

« Avec un confinement quatre jours plus tôt, nous aurions eu deux fois moins de malades » 

« Je pense que c’est lié à la composition du Conseil scientifique. Il y avait dans le conseil d’excellents épidémiologistes, ce n’est pas une question intrinsèque de qualité des personnes, c’est une question d’organisation, de composition. On a mélangé la continuité de la vie de la Nation et des faits scientifiques qui auraient dû obliger à confiner pour contenir le débordement et l’afflux de malades dans les hôpitaux. On a eu le sentiment que rien n’était maitrisé, alors qu’avec un confinement quatre jours plus tôt, nous aurions eu deux fois moins de malades », assure cette hématologue de profession.

Elle estime ainsi que le Conseil scientifique « ressemblait plus à un conseil d’orientation citoyen », tentant de « mêler à la fois l’acceptabilité sociétale des mesures et un avis scientifique purement factuel ».

« Je ne veux pas laisser croire aux Français que nous n’avons rien préparé »

Agnès Buzyn reproche notamment à l’immunologue Jean-François Delfraissy, le président du Conseil scientifique, d’avoir réagi tardivement. « Parfois les faits sont cruels. On se rend compte, quand on voit ses prises de parole, qu’il n’a pas pris la mesure de la situation à temps », pointe l’ancienne ministre. « Je ne dis pas qu’il ne l’a pas prise après. Lui-même le dit. Dans une interview sur France Inter en novembre 2020, il dit regretter qu’il n’y ait pas eu de confinement plus tôt. Mais personne n’a relevé cette phrase. »

« Les personnes en charge de conseiller le président de la République et l’exécutif, qui ne sont pas médecins, n’ont pas pris à temps la mesure de la gravité de l’épidémie », martèle encore entre invité.

Agnès Buzyn a été mise en examen par la Cour de justice de la République pour sa gestion de la pandémie lorsqu’elle était encore au gouvernement. La Cour de cassation a annulé cette décision en janvier dernier, mais elle reste placée sous le statut de témoin assisté dans une enquête pour « abstention volontaire de combattre un sinistre ».  Elle estime malgré tout que la France s’était correctement préparée à affronter une épidémie d’une telle ampleur, mais considère que le SARS-CoV-2 a pris de vitesse l’essentiel de la littérature scientifique existante et les protocoles mis en place, notamment la doctrine sur le port du masque. « Je ne veux pas laisser croire aux Français que nous n’avons rien préparé. La préparation de pandémie est un travail permanent, mais rien n’a fonctionné. Et il faut comprendre pourquoi. »

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

Covid : « Les personnes chargées de conseiller le président n’ont pas pris à temps la mesure de l’épidémie », estime Agnès Buzyn
3min

Santé

Traitements antidiabétiques : « Pour la première fois aux États-Unis, on voit l’épidémie d’obésité reculer », se réjouit ce nutritionniste français

Alors que l’obésité concerne près de 10 millions de personnes en France, un nouveau traitement va permettre de traiter l’un des maux du siècle. Qu’ils s’appellent Wegovy ou Ozempic, la molécule de sémaglutide qui les compose – initialement utilisée pour traiter le diabète – représente un véritable espoir pour ceux qui souffrent d’obésité. Un traitement désormais remboursé par l’Assurance maladie pour les formes les plus sévères. Entre bénéfices réels et risques de mésusages Axel de Tarlé reçoit les professeurs de médecine Karine Clément et Gabriel Perlemuter dans Et la santé, ça va ?

Le

Covid : « Les personnes chargées de conseiller le président n’ont pas pris à temps la mesure de l’épidémie », estime Agnès Buzyn
3min

Santé

Canicule : « On recule sur les politiques nécessaires à la protection des citoyens pour les canicules », alerte cette sénatrice

Conséquence directe du dérèglement climatique, l’intensification et la multiplication des canicules touche directement les Français. Entre 2017 et 2024, plus de 34 000 décès sont directement liés à la chaleur. La France est-elle suffisamment préparée pour faire face à ces catastrophes et comment doit-elle y répondre ? Qui sont les personnes les plus vulnérables à ces vagues de chaleur ? Axel de Tarlé reçoit la sénatrice écologiste de Paris, Antoinette Guhl, ainsi que le chef de service du Samu de Paris, Frédéric Adnet, dans l’émission Et la santé, ça va ?

Le

Guerre en Iran : la Cour des comptes estime que le déficit de la Sécurité sociale pourrait s’aggraver de trois milliards d’euros supplémentaires
5min

Santé

Guerre en Iran : la Cour des comptes estime que le déficit de la Sécurité sociale pourrait s’aggraver de trois milliards d’euros supplémentaires

Dans un rapport sur l’application des lois de financement de la Sécurité sociale, les magistrats financiers évaluent un risque important sur les comptes sociaux, du fait notamment des tensions au Moyen Orient. Ce choc vient amplifier une tendance qui était déjà, avant février, à l’aggravation du déficit dans les années à venir.

Le