Illustration elevage de bovins

Dermatose nodulaire contagieuse : une facture d’au moins 64 millions d’euros pour l’État

Dans un rapport publié ce mercredi 4 février, le Sénat dresse un premier bilan de l’épidémie de dermatose nodulaire contagieuse qui s’est abattue sur les élevages bovins français. Si les élus pointent plusieurs fragilités dans le dispositif sanitaire, ils alertent également sur les effets de bord qu’aurait une vaccination généralisée à l’ensemble du territoire, comme le réclament certains syndicats.
Romain David

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Au moins 64 millions d’euros, c’est le coût estimé par le Sénat de l’épidémie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC). Dans un rapport rendu public ce mercredi 4 février, la commission des affaires économiques chiffre à 42 millions d’euros les dépenses liées aux mesures mises en œuvre par l’Etat entre juillet et décembre 2025 pour lutter contre la DNC, un montant auquel s’ajoutent les 22 millions d’euros du fonds d’urgence à destination des exploitations fragilisées par les restrictions de déplacement. Néanmoins, ce calcul reste relativement approximatif, car il n’inclut pas les sommes que certaines collectivités locales ont annoncé avoir débloqués. Il ne prend pas non plus en compte l’impact économique pour la filière bovine, durement touchée par cette maladie virale.

Ce document, fruit d’une mission d’information transpartisane lancée par la Haute assemblée en novembre, tire les premières conclusions sur la gestion de la crise et formule une dizaine de recommandations. « Il s’agit d’un bilan à chaud de l’épidémie qui, pour l’instant, semble connaître une accalmie, mais la situation reste évolutive », précise Dominique Estrosi Sassone, la présidente LR de la commission des affaires économiques.

Dans le détail : 21,3 millions d’euros ont été dépensés par l’Etat en frais vétérinaires, 3,1 millions pour la vaccination et 15 millions en indemnisations pour les élevages concernés par les mesures d’abattage. « Nous recommandons au gouvernement de solliciter la réserve de crise agricole de l’Union européenne afin d’obtenir un co-financement », indique l’un des corapporteurs, le sénateur socialiste Christian Redon-Sarrazy.

Des mécanismes d’indemnisation « plutôt satisfaisants »

« La crise de la DNC est également très coûteuse pour la filière, notamment du fait des restrictions de mouvements et, plus particulièrement, de la suspension temporaire, du 18 octobre au 1er novembre 2025, des exportations sur tout le territoire », relèvent les élus. Alors que les estimations sont toujours en cours, l’Institut de l’élevage fait état de « tensions persistantes sur l’offre », en particulier en ce qui concerne les veaux laitiers. Cette situation trahit « la dépendance économique de la France aux exportations », alertent les sénateurs, alors qu’un veau sur deux est envoyé à l’étranger, notamment en Italie, pour y être engraissé.

Le dispositif indemnitaire apparaît « plutôt satisfaisant » pour les élus, même si le gouvernement a tardé à l’étendre aux élevages qui ont été impactés par les mesures de restriction, sans avoir directement connu des cas de dermatose. En revanche, les pertes auraient été sous-estimées pour les producteurs laitiers, ce qui pousse le Sénat à préconiser un prolongement de 3 à 6 mois du dispositif de soutien les concernant.

L’efficacité du protocole sanitaire

Originaire d’Afrique, la dermatose nodulaire contagieuse est apparue pour la première fois en France le 29 juin 2025, en Savoie, soit seulement 8 jours après la détection d’un cas en Italie. Au total, 117 foyers ont été recensés dans onze départements, répartis sur trois grandes zones géographiques : les Alpes, le Jura et le Sud-Ouest. Extrêmement contagieuse chez les bovins, la DNC n’est pas dangereuse pour l’homme. En revanche, elle cause la mort de l’animal dans 10 % des cas. Pour les individus survivants, les séquelles physiques entraînent des pertes élevées de production.

» LIRE AUSSI – Mortalité, contamination, abattage… L’épidémie de dermatose nodulaire en six questions

Les élus rappellent le consensus scientifique autour du protocole sanitaire déployé, malgré les mobilisations d’agriculteurs face aux abattages de troupeaux. Ce protocole repose sur le dépeuplement total des foyers où la maladie est détectée, la mise en place d’une zone réglementée dans un périmètre de 50 kilomètres, à l’intérieur duquel les déplacements sont restreints et la vaccination rendue obligatoire.

Néanmoins, « la communication gouvernementale et préfectorale sur le bien-fondé de la stratégie sanitaire a parfois été insuffisante ou inadaptée, ouvrant alors la brèche à une prolifération des fausses informations », pointe le rapport. « Bien que très douloureux sur le plan humain et psychologique, le dépeuplement total des foyers est à la fois imposé par la réglementation européenne et justifié sur le plan scientifique », écrivent les élus.

« Certains éleveurs ont appris l’abattage de leur troupeau par un simple mail »

Ils saluent « le courage des éleveurs qui, sachant leur troupeau contaminé, se sont résolus à accepter ce sacrifice individuel pour protéger leurs voisins et l’ensemble du cheptel français. Leur esprit de responsabilité a permis de limiter la diffusion généralisée de la maladie ».

Plus de 3 000 bovins ont été abattus par les autorités sanitaires, soit 0,02 % du cheptel bovin. L’une des recommandations concerne la mise en place d’un protocole national « sur les modalités de l’annonce de la nouvelle du dépeuplement à l’éleveur », qui a pu être source de vives tensions avec les autorités sanitaires. « Certains éleveurs nous ont indiqué avoir appris l’abattage de leur troupeau par un simple mail », rapporte la sénatrice centriste Annick Jacquemet. « Si le recours à la force a pu être nécessaire dans certains territoires pour garantir le déroulé des opérations, il ne doit pas devenir la norme ». Les sénateurs réclament ainsi que le régime de protection pénale spécifique aux personnels de santé soit élargi aux vétérinaires.

Les limites de la vaccination

Les sénateurs évacuent l’hypothèse d’une généralisation de la vaccination à l’ensemble du territoire, une mesure réclamée par certains syndicats agricoles. « Elle n’est ni souhaitable, ni envisageable à court terme », martèle la sénatrice LR Martine Berthet. En effet, la vaccination des 16,4 millions d’animaux du cheptel pourrait prendre jusqu’à une année et coûterait la bagatelle de 345,8 millions d’euros. Elle pourrait aussi avoir un impact très lourd sur les conditions d’exportations des animaux, avec des pertes annuelles estimées entre 5 et 10 milliards d’euros par la Chambre haute.

Renforcer les contrôles et la traçabilité des bêtes

Si le Sénat ne remet pas en cause le bien-fondé du protocole sanitaire, plusieurs éléments de « fragilité » sont pointés du doigt dans le rapport : notamment le risque de désertification vétérinaire dans certains territoires, et la faiblesse des contrôles de mouvements illicites de bovins. Ces déplacements frauduleux seraient à l’origine de la diffusion de la maladie. « Même s’ils sont marginaux, ils n’en demeurent pas moins un point de fuite important du dispositif sanitaire », explique le sénateur communiste Gérard Lahellec. Les élus estiment que les contrôles devront être multipliés à l’intérieur des zones réglementées, ils appellent aussi à muscler rapidement le dispositif d’identification et de traçabilité des bovins.

« La crise de la DNC a mis en exergue l’absolue nécessité de renforcer les moyens alloués à la recherche pour améliorer la connaissance scientifique encore lacunaire de cette maladie dans le contexte européen », pointe encore le Sénat, qui évoque notamment les travaux sur les insectes vecteurs. Plus généralement, les rapporteurs souhaitent confier à l’Anses une cartographie de l’offre vaccinale pour toutes les maladies qui nécessite une éradication immédiate des troupeaux.

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