Essais thérapeutiques « sauvages » de Didier Raoult : « Pourquoi une telle inertie des pouvoirs publics face à ce scandale ?» interpelle Bernard Jomier

Le sénateur Bernard Jomier a interpellé le ministre de la Santé François Braun lors de la séance de questions au gouvernement du mercredi 31 mai, suite à la tribune de 16 sociétés savantes dans Le Monde contre l’IHU et le professeur Didier Raoult. Il dénonce l’inaction du gouvernement et de l'université Aix Marseille après les 30 000 essais thérapeutiques “sauvages” menés par l’IHU pendant de la pandémie de Covid-19 dénoncés par ses opposants.
Stephane Duguet

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Sa question sonne comme une accusation. Si l’Etat n’a pas réagi face aux essais thérapeutiques « manifestement illégaux » menés par l’Institut Hospitalier Universitaire Méditerranée Infection (IHU-MI) de Marseille, « c’est peut-être parce que le chef de l’Etat est allé couvrir de sa chaleureuse immunité le patron de l’IHU », accuse Bernard Jomier soulignant « un dysfonctionnement grave de nos institutions ».

Le sénateur (apparenté Parti Socialiste) s’est adressé à François Braun, le ministre de la Santé et de la Prévention, au sujet des 30 000 essais thérapeutiques réalisés par l’IHU-MI entre le 2 mars 2020 et le 31 décembre 2021. A l’époque, l’IHU-IM était dirigé par le Professeur Didier Raoult.

« C’est un fait inédit, grave, sans précédent », se désole le sénateur, également médecin généraliste de profession. Ainsi, il a demandé au ministre : « Pourquoi une telle inertie des pouvoirs publics face à ce scandale ? […] Pourquoi n’avez-vous pas pris les mesures pour mettre fin à ce scandale ? Que comptez-vous faire maintenant ? »


« Plus grand essai thérapeutique sauvage connu à ce jour »

 

Avec sa question, le sénateur relaie la tribune de seize sociétés savantes publiée dans Le Monde le 28 mai. Les scientifiques y dénoncent « la prescription systématique aux patients atteints du Covid-19, quels que soient leur âge et leurs symptômes, de médicaments aussi variés que l’hydroxychloroquine, le zinc, l’ivermectine ou l’azithromycine […] sans bases pharmacologiques solides, et en l’absence de toute preuve d’efficacité ». Ils notent aussi que les essais se sont poursuivis « pendant plus d’un an après la démonstration formelle de leur inefficacité ».

La colère des signataires de la tribune a été déclenchée par la publication d’une étude de l’IHU reprenant les résultats de ces essais en « pre-print » – avant d’être validée par une revue scientifique. Ils s’inquiètent que de telles expériences aient pu se dérouler « hors de tout cadre éthique ou toute recommandation de bonne pratique professionnelle », qualifiant cette recherche de « plus grand essai thérapeutique sauvage connu à ce jour ».

 

L’IHU Méditerranée Infection perquisitionné

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François Braun a également “déploré” la tenue de ces essais thérapeutiques sur 30 000 personnes. Le ministre rappelle avoir saisi la procureure de Marseille avec sa collègue ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche Sylvie Retailleau en septembre 2022 dès la remise du rapport de l’Inspection générale des Affaires sociales (IGAS) et de l’Inspection générale de l’Éducation, du Sport et de la recherche (IGESR). Ce document détaille des “pratiques aussi bien managériales que de suivi des études cliniques inappropriées voire déviantes”, se remémore le médecin urgentiste. L’IHU a été ensuite sommé par les deux ministres de mettre en place un “plan de redressement”, met en avant François Braun. 

La saisie de Dominique Laurens, la procureure de Marseille, avait entraîné l’ouverture d’une information judiciaire. “La justice suit son cours” a indiqué le ministre. Une perquisition a justement eu lieu ce mercredi matin à l’IHU-IM dans le cadre de cette procédure. Pour conclure son intervention, François Braun a promis qu’il prendrait avec Sylvie Retailleau “toutes les mesures nécessaires envers l’ensemble des signataires” de la prépublication de l’IHU qu’il considère être “de la provocation”, sans détailler davantage.

 

Crainte d’une jurisprudence d’essais illégaux

 

Peu convaincu par la réponse du ministre, le sénateur de Paris a rappelé les nombreuses alertes sur l’IHU-IM précédant la crise du covid-19 : “Bien avant, en 2015, l’Inserm quittait le conseil d’administration de l’IHU!”. Bernard Jomier a également visé l’ancien ministre de la Santé devenu porte-parole du gouvernement : “M. Véran vous étiez ministre de la Santé, vous n’avez pas répondu à la question écrite que j’ai déposé concernant les dérives de l’IHU!”

Comme les signataires de la tribune, celui qui est également vice-président de la commission des Affaires sociales du Sénat s’inquiète que “l’immobilisme de l’Etat” fasse “jurisprudence” et que ce type d’essais hors des clous se multiplient. 

 

Nouvelle saisie de la procureure de Marseille

 

Invité à se défendre le 30 mai sur la chaîne d’information en continu BFM TV, le professeur Didier Raoult nie tout essai thérapeutique “sauvage” et parle “d’une étude observationnelle”. Bernard Jomier n’en est pas resté à sa question au gouvernement posée dans l’hémicycle du palais du Luxembourg. En plus d’une question écrite à la ministre de la Recherche Sylvie Retailleau, il a, lui aussi, saisi la procureure de Marseille. 

Dans sa lettre à la procureure, le sénateur estime que “s’agissant d’une atteinte aux droits des personnes en matière de recherche médicale et en raison du nombre de personnes possiblement concernées, je ne peux que souligner la gravité des faits qui seraient sans précédent dans l’histoire récente de notre pays”.

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