« À ce stade, le risque épidémique semble contenu », introduit le président de la commission des Affaires sociales, Philippe Mouiller (LR), avant de céder la parole à plusieurs professeurs de médecine venus livrer un premier retour d’expérience à la représentation nationale sur la prise en charge de l’hantavirus. « La réponse française a été extrêmement cohérente », s’est félicité le professeur Didier Lepelletier, directeur général de la santé, qui a souligné une « adhésion de la population » à la politique d’isolement des cas contacts et une « très grande transparence » de l’action publique en la matière.
« Si un cas positif qui se déclare parmi les contacts dans les 42 jours d’isolement, ça sera une évolution individuelle, mais qui sera normalement un cas de non-transmission. On ne pouvait pas se permettre d’avoir un cas secondaire sur le territoire : avec ces conditions d’isolement assez strictes, la probabilité d’un cas secondaire sur notre territoire est excessivement faible », a développé le directeur général de la santé.
Le professeur Xavier Lescure, infectiologue à l’hôpital Bichat, fait partie de l’un de ces « établissements de santé de référence » (ESR), « ultra-sécurisés » à la fois pour les patients et les soignants. Il a lui aussi loué une réponse « adaptée et proportionnée » à la situation, notamment sur la décision de ne pas recourir à l’auto-isolation des cas contacts, mais à un isolement en milieu hospitalier spécialisé.
« Nous ne sommes pas du tout sur une pandémie de grande ampleur »
« La collectivité scientifique est claire : les décisions de politique sanitaire qui ont été prises ont été cohérentes », conclut Didier Lepelletier, en rappelant que « dès lors que des mesures sont prises », le fameux « R0 » – soit le nombre de malades qu’une personne infectée contaminerait en moyenne dans une population donnée – est inférieur à 1 et que donc « la transmission s’arrête. » Et le directeur général de la santé d’ajouter : « C’est ce qui nous a guidés depuis le débat : en mettant toute de suite en place des mesures strictes, on pouvait arrêter la transmission. »
À cet égard, la gestion de l’hantavirus n’avait pas grand-chose à voir avec celle de la Covid. « Nous ne sommes pas du tout sur une pandémie de grande ampleur », a expliqué la professeur Karine Lacombe, cheffe du service des maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital Saint Antoine. « Le problème numéro 1 dans le discours à la fois scientifique, politique et médiatique, ça a été de vouloir coller au covid-19 », a abondé Gilles Pialoux, chef du service des maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital Tenon, estimant que les cas comparables étaient plutôt les virus comme le Sras, le MPox ou Ebola. « C’est une situation différente, mais qui nécessite tout de même d’être préparés face à un agent grave, avec des réservoirs animaux et pas adapté aux méthodes scientifiques habituelles, car on n’a pas assez de cas pour mener des essais cliniques randomisés », a poursuivi Karine Lacombe.
À ce titre, le professeur Xavier Lescure a estimé – comme l’infectiologue Benjamin Rossi sur notre antenne il y a une semaine – que cette épidémie d’hantavirus était « davantage une crise médiatique qu’une crise sanitaire », avec « une irrationalité voire une hystérie qu’il faut faire retomber. »
L’ensemble des professeurs présents ont ainsi voulu se montrer rassurants, et ont même appelé les médias et les autorités à ne pas multiplier les communications « anxiogènes. » « Pendant le covid-19, on nous appelait les ‘enfermistes’ avec Karine Lacombe, ça nous a valu beaucoup d’ennuis. Là il n’y a personne à enfermer et communiquer sur la réserve de masques est anxiogène. On ne peut pas avoir les mêmes discours qu’on a eus sur le covid-19 : là on dit qu’on a suffisamment de masques alors qu’il n’y a pas besoin de masques. Les gens ne comprennent pas », a alerté Gilles Pialoux.
« À côté de nous, il faudrait un anthropologue, un vétérinaire, un spécialiste de l’environnement… »
Au-delà du cas de l’hantavirus, les professeurs de médecine présents ont tenu à rappeler certains principes qui doivent guider la réponse publique aux futures pandémies. Si la coopération internationale et européenne s’est grandement améliorée après le Covid d’après eux, le retrait des Etats-Unis de l’OMS « est un réel problème de santé publique mondial », a estimé Gilles Pialoux. En l’espèce, l’Argentine s’est aussi retirée de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), ce qui « complique évidemment la surveillance de ce virus des Amériques », ajoute-t-il, avant de rappeler qu’avec son budget amputé de 18 %, l’OMS dispose de moins de moyens que la moitié du budget de l’AP-HP.
Cette fragilisation du multilatéralisme vient aussi fragiliser l’approche « One Health », pluridisciplinaire et englobant la santé humaine, animale et environnementale, estiment les intervenants du jour. Très concrètement, le conseil scientifique mis en place pendant la pandémie de covid-19 (très pluridisciplinaire), n’a pas été renouvelé, ce qu’ont regretté les différents intervenants. « Il y a une focalisation sur le discours médico-médical et hygiéniste », a notamment regretté Gilles Pialoux, en interrogeant les sénatrices et les sénateurs sur la constitution de leurs panels lors de leurs auditions : « À côté de nous, il faudrait un anthropologue, un vétérinaire, un spécialiste de l’environnement… On ne va quand même pas rester entre infectiologues ! »