Hantavirus : des infectiologues défendent une réponse « adaptée et proportionnée » de la France

Interrogée lors d’une table ronde au Sénat, plusieurs infectiologues sont revenus sur la réponse française au début d’épidémie d’hantavirus sur un bateau de croisière hollandais. Ils ont salué des décisions de politique sanitaire « cohérentes » et ont appelé à ne pas comparer la situation actuelle avec celle de la pandémie de covid-19.
Louis Mollier-Sabet

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« À ce stade, le risque épidémique semble contenu », introduit le président de la commission des Affaires sociales, Philippe Mouiller (LR), avant de céder la parole à plusieurs professeurs de médecine venus livrer un premier retour d’expérience à la représentation nationale sur la prise en charge de l’hantavirus. « La réponse française a été extrêmement cohérente », s’est félicité le professeur Didier Lepelletier, directeur général de la santé, qui a souligné une « adhésion de la population » à la politique d’isolement des cas contacts et une « très grande transparence » de l’action publique en la matière.

« Si un cas positif qui se déclare parmi les contacts dans les 42 jours d’isolement, ça sera une évolution individuelle, mais qui sera normalement un cas de non-transmission. On ne pouvait pas se permettre d’avoir un cas secondaire sur le territoire : avec ces conditions d’isolement assez strictes, la probabilité d’un cas secondaire sur notre territoire est excessivement faible », a développé le directeur général de la santé.

Le professeur Xavier Lescure, infectiologue à l’hôpital Bichat, fait partie de l’un de ces « établissements de santé de référence » (ESR), « ultra-sécurisés » à la fois pour les patients et les soignants. Il a lui aussi loué une réponse « adaptée et proportionnée » à la situation, notamment sur la décision de ne pas recourir à l’auto-isolation des cas contacts, mais à un isolement en milieu hospitalier spécialisé.

« Nous ne sommes pas du tout sur une pandémie de grande ampleur »

« La collectivité scientifique est claire : les décisions de politique sanitaire qui ont été prises ont été cohérentes », conclut Didier Lepelletier, en rappelant que « dès lors que des mesures sont prises », le fameux « R0 » – soit le nombre de malades qu’une personne infectée contaminerait en moyenne dans une population donnée – est inférieur à 1 et que donc « la transmission s’arrête. » Et le directeur général de la santé d’ajouter : « C’est ce qui nous a guidés depuis le débat : en mettant toute de suite en place des mesures strictes, on pouvait arrêter la transmission. »

À cet égard, la gestion de l’hantavirus n’avait pas grand-chose à voir avec celle de la Covid. « Nous ne sommes pas du tout sur une pandémie de grande ampleur », a expliqué la professeur Karine Lacombe, cheffe du service des maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital Saint Antoine. « Le problème numéro 1 dans le discours à la fois scientifique, politique et médiatique, ça a été de vouloir coller au covid-19 », a abondé Gilles Pialoux, chef du service des maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital Tenon, estimant que les cas comparables étaient plutôt les virus comme le Sras, le MPox ou Ebola. « C’est une situation différente, mais qui nécessite tout de même d’être préparés face à un agent grave, avec des réservoirs animaux et pas adapté aux méthodes scientifiques habituelles, car on n’a pas assez de cas pour mener des essais cliniques randomisés », a poursuivi Karine Lacombe.

À ce titre, le professeur Xavier Lescure a estimé – comme l’infectiologue Benjamin Rossi sur notre antenne il y a une semaine – que cette épidémie d’hantavirus était « davantage une crise médiatique qu’une crise sanitaire », avec « une irrationalité voire une hystérie qu’il faut faire retomber. »

L’ensemble des professeurs présents ont ainsi voulu se montrer rassurants, et ont même appelé les médias et les autorités à ne pas multiplier les communications « anxiogènes. » « Pendant le covid-19, on nous appelait les ‘enfermistes’ avec Karine Lacombe, ça nous a valu beaucoup d’ennuis. Là il n’y a personne à enfermer et communiquer sur la réserve de masques est anxiogène. On ne peut pas avoir les mêmes discours qu’on a eus sur le covid-19 : là on dit qu’on a suffisamment de masques alors qu’il n’y a pas besoin de masques. Les gens ne comprennent pas », a alerté Gilles Pialoux.

« À côté de nous, il faudrait un anthropologue, un vétérinaire, un spécialiste de l’environnement… »

Au-delà du cas de l’hantavirus, les professeurs de médecine présents ont tenu à rappeler certains principes qui doivent guider la réponse publique aux futures pandémies. Si la coopération internationale et européenne s’est grandement améliorée après le Covid d’après eux, le retrait des Etats-Unis de l’OMS « est un réel problème de santé publique mondial », a estimé Gilles Pialoux. En l’espèce, l’Argentine s’est aussi retirée de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), ce qui « complique évidemment la surveillance de ce virus des Amériques », ajoute-t-il, avant de rappeler qu’avec son budget amputé de 18 %, l’OMS dispose de moins de moyens que la moitié du budget de l’AP-HP.

Cette fragilisation du multilatéralisme vient aussi fragiliser l’approche « One Health », pluridisciplinaire et englobant la santé humaine, animale et environnementale, estiment les intervenants du jour. Très concrètement, le conseil scientifique mis en place pendant la pandémie de covid-19 (très pluridisciplinaire), n’a pas été renouvelé, ce qu’ont regretté les différents intervenants. « Il y a une focalisation sur le discours médico-médical et hygiéniste », a notamment regretté Gilles Pialoux, en interrogeant les sénatrices et les sénateurs sur la constitution de leurs panels lors de leurs auditions : « À côté de nous, il faudrait un anthropologue, un vétérinaire, un spécialiste de l’environnement… On ne va quand même pas rester entre infectiologues ! »

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