L’alerte sanitaire sur l’hantavirus avait commencé comme un mauvais film. Un virus peu connu, véhiculé par des rongeurs, qui s’invite sur un navire de croisière au départ de l’Argentine. En l’espace de quelques jours, l’hantavirus a ravivé les mauvais souvenirs du Covid au sein des pays européens, qui ont redoublé de vigilance. Même si l’épidémie a été évitée, on dénombre le décès de deux Néerlandais et d’une passagère allemande et douze contaminations, dont un membre d’équipage déclaré positif ce vendredi par l’OMS.
« L’Espagne a eu du courage d’accueillir ce bateau et de répondre à l’appel de l’Organisation mondiale de la santé », réagit Juan Fernando Lopez Aguilar, eurodéputé espagnol socialiste, élu des îles Canaries, interrogé dans l’émission Ici l’Europe sur France 24, LCP et Public Sénat. « Le débarquement s’est fait dans de bonnes conditions de sécurité sanitaire et humanitaire », estime l’élu ibérique qui déplore les fake news ayant abreuvé les réseaux sociaux en Espagne pour dissuader le gouvernement de Pedro Sanchez d’accueillir le navire. « Certains ont assuré que les rats allaient nager, traverser la plage et contaminer la population des Canaries », s’indigne ce soutien de l’exécutif espagnol.
« Nous avons tiré bénéfice de l’expérience malheureuse du Covid »
Pour son homologue français, Grégory Allione, membre du groupe centriste Renew au Parlement européen, « la solidarité européenne a fonctionné car nous avons tiré bénéfice de l’expérience malheureuse du coronavirus », estime celui qui présidait la Fédération française des sapeurs-pompiers, pendant la crise Covid. « Nous avons désormais un Centre européen de prévention et de contrôle des maladies. Il a été activé dès le 2 mai, ce qui a permis de mobiliser des experts afin d’évaluer la situation. Ce diagnostic a permis ensuite d’établir des protocoles sanitaires pour accueillir les malades et les cas contact sur notre territoire. » Le mécanisme européen de protection civile a aussi été activée pour financer et coordonner six vols de rapatriement depuis l’Espagne vers la France, les Pays-Bas, la Grèce et l’Irlande. L’avion d’évacuation médicale de la flotte de l’UE a été positionné à Tenerife, la plus grande île des Canaries.
Mais tous les avis ne sont pas unanimes sur cette gestion européenne face aux nouvelles menaces de virus. Pour Laurence Trochu, eurodéputée d’extrême droite, membre du groupe des Conservateurs et Réformistes européens, aux côtés de Marion Maréchal, la question de la fermeture des frontières des Etats-membres doit être posée dans ce genre de situation. « Une frontière ce n’est pas simplement ce qui enferme mais aussi ce qui se protège. Cette question n’a pas été posée dans le débat public en Europe, comme si c’était un tabou, à cause de la libre circulation des personnes. Les frontières sont un des outils face aux virus. »
Vers un protocole sanitaire européen unifié ?
Reste que face à cette alerte sanitaire de l’hantavirus, les 27 Etats-membres ont appliqué des protocoles sanitaires différents dans la gestion de leurs passagers ressortissants et des cas-contacts. Ainsi si la France a appliqué le protocole le plus strict avec un isolement hospitalier des cas contacts, cela n’a pas été le cas dans d’autres pays européens. Emmanuel Macron a appelé à d’ailleurs appelé à « une meilleure coordination des protocoles sanitaires européens, en allant vers des standards les plus exigeants » et en suivant les recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé.
Pour Grégory Allione, les différentes crises qui touchent tout le territoire européen imposent une réaction à l’échelle de l’Union européenne. « Comme l’a dit le commissaire européen Stéphane Séjourné, nous sommes dans un monde où les crises structurent notre capacité à réagir. On peut citer les récents feux de forêts aux Pays-Bas, les moustiques qui véhiculent la dengue ou encore le Coronavirus en 2020. » Les Européens doivent, selon lui, réagir « en solidarité, que ce soit sur la veille sanitaire, la protection civile, le traitement des malades… Si on ne raisonne pas en solidarité, on ne pourra pas faire face aux crises. »
Il faut « une coopération européenne sans que la souveraineté de chaque Etat-membre soit mise en difficulté », nuance Laurence Trochu. « On peut concevoir des financements communs mais de là à gérer de manière uniforme une crise, ce serait aller à l’encontre des traités européens » qui maintiennent la santé comme une compétence des Etats.
Virus Ebola : que doivent faire les Européens pour aider l’Afrique ?
Alors que l’inquiétude autour de l’hantavirus s’est dissipée, les regards de la communauté internationale se tournent désormais vers la République démocratique du Congo, frappée par un nouveau variant du virus, fortement létal et pour lequel il n’existe aucun vaccin ni traitement homologué. Face à cette urgence, les Européens doivent-ils redoubler de moyens pour aider l’Afrique dans la gestion de cette épidémie alors que les Etats-Unis de Donald Trump ont revu à la baisse l’an dernier leur aide médicale et humanitaire à ce continent ? « Chaque dépense supplémentaire c’est de la dette qu’on met sur la tête de chaque Européen », répond Laurence Trochu. « L’aide au développement de l’UE pour l’Afrique s’élève à 29 milliards d’euros sur la période 2021-2027, il faut voir ce qu’on peut faire dans ce cadre. »
Pour Grégory Allione, le virus Ebola est aussi un risque pour les Européens. « Dans cette mondialisation, tout peut nous arriver. On le voit avec la dengue qui touche finalement le sol européen. Le fait d’être en veille ailleurs nous permet d’être mieux préparés chez nous, explique le sapeur-pompier qui salue le travail scientifique réalisé sur « les îles et les territoires périphériques européens, véritables laboratoires de recherche sur l’ensemble des maladies, qu’elles soient animales ou humaines. »