Hôpital : au début d’un été qui s’annonce tendu, le ministre de la Santé défend sa méthode pour désengorger les urgences

Auditionné au Sénat devant la Commission des affaires sociales, jeudi, François Braun a exposé différentes mesures pour faire face aux difficultés qui menacent l'hôpital.
Rédaction Public Sénat

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Son approche est redoutée depuis plusieurs années par les services d’urgences hospitaliers. L’été et son lot de congés s’ajoutant à un manque structurel de personnels, fait craindre à de nombreux soignants des fermetures de lits et des ruptures de soins. Cette année, le plafonnement du salaire des médecins intérimaires à l’hôpital, une mesure portée par le ministère de la Santé et entrée en vigueur en avril dernier, risque de rendre plus complexe l’établissement des plannings estivaux.

C’est dans ce contexte tendu que la Commission des affaires sociales du Sénat auditionnait, jeudi 6 juillet, le ministre de la Santé François Braun. Interrogé par les sénateurs sur les multiples difficultés qui assomment l’hôpital public, il a égrené plusieurs mesures pour tenter d’y remédier. Des mesures similaires à celles présentées aux sénateurs l’année dernière. Le 7 juillet 2022, celui qui était encore uniquement « le docteur Braun », médecin urgentiste chargé par Emmanuel Macron d’une « mission flash  » sur l’accès aux soins urgents et non programmés, était auditionné devant la même commission sénatoriale.

« Les solutions trouvées l’été dernier ont démontré leur efficacité. Pour la première fois depuis vingt ans, une baisse inédite de 5 % de la fréquentation de nos services d’urgences (hors période de crise sanitaire) » a été enregistrée, a fait valoir le ministre. Cette année, « sous l’égide des Agences régionales de santé (ARS), l’ensemble des mesures prises l’été dernier ont été reconduites, voire, pour certaines, pérennisées », a-t-il poursuivi.

 

Vers une généralisation des services d’accès aux soins (SAS)

Parmi les préconisations, une généralisation des services d’accès aux soins (SAS) sera mise en place « prochainement » sur « l’ensemble du territoire », a énoncé François Braun. Expérimentés depuis l’an dernier, ces services sont chargés d’orienter les patients par téléphone, constituant ainsi un premier filtre en les dirigeant soit vers les urgences, soit vers la médecine de ville. Ces SAS « couvrent actuellement 50% de la population, 34 services sont opérationnels, et l’ensemble des départements est en phase de les voir mis en place avant la fin de l’année », a précisé le ministre de la Santé.

Des campagnes d’informations sur « le bon usage du système de santé » ont par ailleurs été lancées par les ARS, notamment sur « les gestes simples à avoir en cas de canicules, de piqûres de guêpes etc. », a enfin précisé François Braun.

 

 

« Un des enjeux importants pour l’été qui arrive est de donner à nos concitoyens les bons réflexes », a poursuivi l’ancien urgentiste. « Si votre médecin traitant n’est pas joignable, que vous n’en trouvez pas, que vous avez un problème que vous considérez comme urgent : faites le 15 » avant d’aller aux urgences, a-t-il recommandé.

 

Renforcer la coopération entre les secteurs public et privé

Au-delà des urgences, pour tenir la promesse « d’une plus grande reconnaissance des soignants qui s’engagent à l’hôpital et reconnaître la pénibilité », François Braun a annoncé aux sénateurs le prolongement « du doublement des indemnités de gardes de nuits et de week-ends pour les personnels paramédicaux » et de la « multiplication par 1,5 de l’indemnité de garde pour les praticiens hospitaliers ».

Le ministre a été interpellé par la sénatrice du groupe socialiste, écologiste et républicain Émilienne Poumirol, à propos de la participation des centres d’accueil de soins non programmés privés à la permanence des soins. « J’ai été alerté par la directrice du CHU de Toulouse, qui m’a dit que 70 % des urgences sont orientées vers l’hôpital public, alors que le privé ne prend en charge que 3 ou 4 % des urgences chaque année », a-t-elle relaté. Dans le même temps, les urgences publiques sont « étouffées, puisqu’elles perdent des personnels » qui partent vers le privé chercher de meilleures rémunérations ou conditions de travail, a-t-elle ajouté.

Ces centres de soin « devront participer à la permanence des soins », a répondu le ministre, précisant qu’ils devront prendre part à « l’effort global de travailler la nuit et le week-end ». François Braun a par ailleurs fait part aux sénateurs de sa volonté de renforcer la coopération « à l’échelle territoriale », entre les secteurs publics et privés. C’est, selon lui, un « élément clé pour faciliter les prises en charge pendant l’été ».

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