Depuis plusieurs jours, le scandale gonfle en France. La liste des lots de laits infantiles contaminés par la céréulide ne cesse de s’allonger. Cette toxine, qui provient d’une huile enrichie en acide arachidonique, serait susceptible de diarrhées et de vomissements chez plusieurs enfants. Un producteur chinois serait à l’origine de sa fabrication. Après Nestlé, le français Lactalis a également annoncé le lancement d’un vaste rappel.
Des réactions trop tardives pour Foodwatch, qui a annoncé ce jeudi avoir porté plainte auprès du parquet de Paris aux côtés de huit familles, dont les nourrissons ont été malades après avoir ingurgité les laits en question. L’association européenne des consommateurs vise les entreprises pour mise en danger et atteinte à l’intégrité physique des enfants, tromperie aggravée et manquement aux obligations de sécurité. Les fabricants « ne pouvaient ignorer les obligations de sécurité sanitaire qui leur incombent. Nous demandons la plus grande fermeté dans cette affaire qui concerne la santé de nourrissons », a expliqué l’avocat des familles et de l’association, Me François Lafforgue.
La directrice de l’information de Foodwatch a également reproché au groupe Nestlé d’avoir procédé à des « retraits silencieux » en décembre à la suite d’une alerte du producteur chinois, notamment en Autriche, sans réclamer des rappels officiels ou informer les consommateurs. Depuis l’épisode de la vache folle, en 2002, la loi impose une « traçabilité immédiate », a précisé Ingrid Kragl. « On peut penser qu’elle a été faite rapidement, et qu’ils avaient donc toutes les informations dès décembre. On peut aussi légitimement suspecter que les autres groupes ont aussi été informés par le fournisseur chinois, l’enquête devra le confirmer ». Depuis, des rappels « au compte-goutte » se succèdent, mais l’association « demande aux autorités de faire un rappel large ».
La directrice générale de l’association, Karine Jacquemart, a dénoncé des groupes « récidivistes » : « C’est intolérable de mettre les parents dans cette situation ». Et de déplorer un « système qui fait, qu’à chaque fois, on arrive trop tard. Ça fait des années que Foodwatch dit que c’est évitable ».
Annie Genevard interpellée par les sénateurs
Au sein des hémicycles, les parlementaires n’ont pas manqué de solliciter des réponses de l’exécutif sur le sujet, lors des séances de questions d’actualité mercredi. Interpellée par la sénatrice Florence Lassarade (LR), la ministre de l’Agro-alimentaire a assuré que « la procédure a été très bien respectée par les services de l’État », justifiant ainsi la non-activation du principe de précaution et le non-recours à un retrait massif des laits. Une fois que l’origine de la contamination a été « trouvée », « l’alerte a été faite sur l’ensemble des industriels », qui ont effectué des rappels au fil des analyses, a assuré Annie Genevard.