Le Sénat adopte des mesures contre la fuite des médecins vers la médecine esthétique

Un amendement a été adopté au budget de la Sécurité sociale pour davantage encadrer ce secteur, en matière de qualification et d’expérience. Il permettra aussi d’en réguler le nombre de pratiquants.
Guillaume Jacquot

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Un secteur mal contrôlé, et surtout, en plein essor. Dans un contexte de pénuries de généralistes, sans même parler de certaines spécialités en souffrance, la montée en puissance de la médecine esthétique ces dernières années a fini par se retrouver dans le collimateur du législateur. Les sénateurs ont adopté dans le projet de budget de la Sécurité sociale une disposition ce 23 novembre pour réguler davantage ce phénomène, avec l’espoir également de diminuer le nombre de candidats à son exercice.

Le sujet avait été inséré dans le projet de loi à l’initiative de l’Assemblée nationale, puis conservé dans la copie que le gouvernement a transmise au Sénat. L’article visait au départ à soumettre la pratique de la médecine esthétique à l’autorisation de l’agence régionale de santé (ARS), pour une durée de cinq ans, en fonction des « besoins médicaux de la population ».

Le mécanisme a évolué en séance au Sénat, à la suite de l’adoption d’un amendement de la rapporteure Corinne Imbert (apparentée LR) au nom de la commission des affaires sociales, et d’un amendement identique, déposé par le groupe socialiste. Fruit d’un compromis entre le gouvernement et l’ordre des médecins, il s’agit également d’une reprise de la proposition de loi « visant à limiter la fuite des médecins vers la médecine esthétique » déposée par le député (LR) Yannick Neuder, ancien ministre de la Santé.

Des actes qui « siphonnent le personnel médical dont on a besoin »

L’autorisation relèvera de l’Ordre des médecins. L’article adopté précise aussi qu’un médecin pratiquant de la chirurgie esthétique devra avoir au préalable justifié d’une « durée d’exercice préalable dans une qualification initiale relevant de la médecine curative ». Une façon d’éviter que les jeunes diplômés ne se tournent tout de suite vers ce secteur très lucratif. La pratique de la médecine esthétique sera, de plus, conditionnée au suivi d’une formation complémentaire ou à une expérience préalable.

La médecine et chirurgie esthétiques ont généré près de 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2023, selon les dernières estimations. L’Ordre des médecins estime quant à lui que près de 10 000 médecins pratiquent la médecine esthétique en France (dont 1 000 chirurgiens et 3 700 dermatologues).

Actuellement, « grâce à la liberté d’exercice et à l’absence de spécialité officielle en médecine esthétique, tout médecin peut décider de se consacrer à des actes de médecine esthétique sans se manifester. N’étant pas une spécialité médicale, mais seulement un ensemble d’actes, il n’y a aucun quota », a dénoncé la sénatrice PS Annie Le Houérou. La sénatrice des Côtes d’Armor a estimé que l’accroissement du nombre d’actes de médecine esthétique « siphonne le personnel médical dont on a besoin pour lutter contre les déserts médicaux ».

« C’est une première pierre, il va falloir en mettre d’autres et ça fait suite aux travaux engagés par mes prédécesseurs et le Conseil de l’ordre. Nous allons poursuivre les travaux puisque nous devons travailler sur la qualité, la sécurité, la formation et la régulation de cette médecine », a salué la ministre de la Santé Stéphanie Rist.

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