Le Sénat s’oriente vers un rejet d’emblée du projet de loi de financement de la Sécu : « on a perdu la bataille de la lutte contre la dette »
Crédit : ISA HARSIN / SIPA / 2511192313

Le Sénat s’oriente vers un rejet d’emblée du projet de loi de financement de la Sécu : « On a perdu la bataille de la lutte contre la dette »

Opposée aux modifications des députés, la majorité sénatoriale plaidera en séance pour l’adoption d’une motion entraînant le rejet rapide du projet de loi de financement de la Sécurité sociale. Ce qui ouvra le champ à une dernière lecture à l’Assemblée nationale, dans les meilleurs délais.
Guillaume Jacquot

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Le Sénat prendra acte sans tarder de ses désaccords insurmontables avec l’Assemblée nationale ce vendredi matin, en nouvelle lecture du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS). Réunie ce 10 décembre, la commission des affaires sociales, dominée par la droite et le centre, s’est accordée pour déposer une motion tendant à opposer la question préalable, en ouverture des débats. Son adoption entraînera donc le rejet du texte à l’issue de l’expression des différents groupes politiques.

Un débat s’était ouvert sur l’opportunité d’examiner à nouveau le texte, pour arracher de nouvelles modifications. Ce n’est finalement pas l’option qui a été retenue. « On considère que si le compromis a été trouvé à l’Assemblée nationale, on ne va pas faire d’obstruction, et on votera donc une question préalable. Il y a trop de divergences », déclare ce mercredi Élisabeth Doineau (Union centriste), rapporteure générale de la commission des affaires sociales. Le texte sera donc soumis plus tard pour un dernier mot à l’Assemblée nationale. La date de cette dernière lecture n’est pas encore connue.

Une copie qui ne correspond « pas du tout à la proposition du Sénat »

La veille, le projet de loi avait été adopté à l’Assemblée nationale au terme d’un long suspens, par 247 voix contre 234 (et 93 abstentions). Par rapport à la copie sénatoriale, le texte a restauré la suspension de la réforme des retraites, et n’intègre plus le gel des pensions de retraite et des minima sociaux. Autres concessions importantes accordées à la gauche : le projet embarque à nouveau une hausse de la contribution sociale généralisée (CSG) sur certains produits d’épargne, et un relèvement à 3 % au lieu de 2 % de l’objectif des dépenses d’Assurance maladie (Ondam).

« On est sur un certain nombre d’éléments qui ne correspondent pas du tout à la proposition du Sénat. On était plutôt sur la régulation des dépenses, plus importante que le recours à des nouvelles recettes », observe Élisabeth Doineau. « Ce n’est pas le choix qui a été fait. On a complètement perdu l’idée de baisser le déficit. On a perdu la bataille de la lutte contre la dette, alors qu’on est toujours en procédure de déficit excessif », ajoute la sénatrice de la Mayenne.

« On va dans le mur et on met le pied sur l’accélérateur ! »

Le texte est ressorti du Palais Bourbon avec un déficit estimé à 19,4 milliards d’euros pour 2026, contre 17,5 milliards d’euros dans le projet de loi initial. Or, la commission des affaires sociales du Sénat rappelle que ce déficit contenu sous la barre des 20 milliards d’euros est rendu possible grâce au transfert à hauteur de 4,5 milliards d’euros de ressources de l’État, la compensation de la réforme des allègements généraux de cotisations qui devait revenir à la Sécu.

Le problème est simplement déplacé. « Tout est une question de présentation. Le déficit est plutôt autour de 24 milliards d’euros », rétorque Élisabeth Doineau, soit un niveau supérieur à celui de 2025. « Ce qu’il faudra regarder, c’est le déficit global État et Sécurité sociale. Et on verra effectivement qu’on va dans le mur et qu’on met le pied sur l’accélérateur. On obère l’avenir des générations futures », condamne la parlementaire. Si le texte sénatorial avait bénéficié du même transfert, le déficit affiché aurait été de 14,6 milliards d’euros.

La droite a également eu des mots durs à l’égard du projet de loi amendé par l’Assemblée nationale. Le président des Républicains Bruno Retailleau a dénoncé « un budget qui n’est pas bon pour la France ».

Partager cet article

Dans la même thématique

Le Sénat s’oriente vers un rejet d’emblée du projet de loi de financement de la Sécu : « On a perdu la bataille de la lutte contre la dette »
3min

Santé

Canicule : « On recule sur les politiques nécessaires à la protection des citoyens pour les canicules », alerte cette sénatrice

Conséquence directe du dérèglement climatique, l’intensification et la multiplication des canicules touche directement les Français. Entre 2017 et 2024, plus de 34 000 décès sont directement liés à la chaleur. La France est-elle suffisamment préparée pour faire face à ces catastrophes et comment doit-elle y répondre ? Qui sont les personnes les plus vulnérables à ces vagues de chaleur ? Axel de Tarlé reçoit la sénatrice écologiste de Paris, Antoinette Guhl, ainsi que le chef de service du Samu de Paris, Frédéric Adnet, dans l’émission Et la santé, ça va ?

Le

Guerre en Iran : la Cour des comptes estime que le déficit de la Sécurité sociale pourrait s’aggraver de trois milliards d’euros supplémentaires
5min

Santé

Guerre en Iran : la Cour des comptes estime que le déficit de la Sécurité sociale pourrait s’aggraver de trois milliards d’euros supplémentaires

Dans un rapport sur l’application des lois de financement de la Sécurité sociale, les magistrats financiers évaluent un risque important sur les comptes sociaux, du fait notamment des tensions au Moyen Orient. Ce choc vient amplifier une tendance qui était déjà, avant février, à l’aggravation du déficit dans les années à venir.

Le

Le Sénat s’oriente vers un rejet d’emblée du projet de loi de financement de la Sécu : « On a perdu la bataille de la lutte contre la dette »
6min

Santé

Hantavirus : « la solidarité européenne a fonctionné » selon cet eurodéputé français

Si l’hantavirus a inquiété la planète pendant plusieurs semaines, sa propagation a été contenue. Désormais les regards se tournent vers la République du Congo, où le virus Ebola progresse rapidement. Des alertes sanitaires qui permettent de voir quelles leçons de la crise Covid ont été retenues dans les protocoles sanitaires au sein de l’Union européenne. L’Europe face aux virus, c’est le débat de la semaine dans Ici l’Europe, sur France 24, LCP et Public Sénat.

Le