SIPA_01213701_000016

Nestlé Waters devant la justice : l’UFC-Que Choisir réclame le retrait temporaire des bouteilles de Perrier à la vente

Ce mercredi matin, au tribunal judiciaire de Nanterre, l’association de consommateurs UFC-Que Choisir a demandé le retrait provisoire des bouteilles Perrier. Elle estime que leur commercialisation sous l’appellation « eau minérale naturelle » constitue une tromperie. Face au « scandale des eaux en bouteille », le Sénat avait lancé en décembre 2024 une commission d’enquête.
Emma Bador-Fritche

Temps de lecture :

4 min

Publié le

L’affaire remonte au printemps, lorsque l’UFC-Que Choisir avait saisi le tribunal en référé d’heure à heure, une procédure accélérée permettant d’obtenir rapidement une décision. L’audience, initialement prévue en juillet, avait finalement été reportée. L’association souhaite obtenir des mesures conservatoires : retrait du marché, rappel des produits et interdiction de la mention « eau minérale naturelle » tant que les conditions ne sont pas clarifiées. De son côté, Nestlé Waters, propriétaire de la marque, assure à nos confrères de l’AFP « rester déterminé à contester » l’action en justice, rappelant agir « sous le contrôle des autorités ». La décision du tribunal sera mise en délibéré le 18 novembre.

Des pratiques contestées

Début 2024, des enquêtes de la cellule investigation de Radio France et Le Monde ont révélé que Nestlé Waters avait eu recours, durant plusieurs années, à des traitements interdits, tel que des ultraviolets et du charbon actif, sur ses sites d’embouteillage. L’entreprise justifiait ces procédés par la nécessité de « garantir la sécurité sanitaire » des eaux. Or, la réglementation interdit toute désinfection susceptible de modifier les caractéristiques d’une eau minérale naturelle.

L’UFC-Que Choisir dénonce également un risque sanitaire réel. « Sans mesures correctives, un jour un consommateur pourrait tomber malade », avertit Maitre Macchetto, avocat de l’association à l’AFP. Des analyses avaient déjà relevé, à plusieurs reprises ces dernières années, des contaminations par des bactéries d’origine fécale, dans l’eau Perrier notamment après de fortes pluies. Nestlé reconnaît des cas « ponctuels », tout en affirmant que « ses produits ont toujours pu être consommés en sécurité ».

L’avocat pointe par ailleurs un affaiblissement des moyens de protection. L’entreprise a remplacé ses filtres de 0,2 micromètre par des filtres de 0,45 micromètre, jugés « moins efficaces ». Selon Radio France, Nestlé Waters compte justement s’appuyer sur ce changement pour sa défense. « On vient étendre le champ de votre saisine, ce n’est pas la même technologie », a pointé à l’AFP Maitre Yann Utzschneider, avocat de Nestlé, arguant que les filtres utilisés au moment où l’UFC-Que Choisir a intenté son action en justice ne sont plus utilisés.

Pressions politiques et enquête parlementaire

Le scandale des eaux minérales ne se limite pas au seul volet judiciaire. Le Sénat a publié, le 19 mai dernier, un rapport accablant dénonçant les liens étroits entre l’État et Nestlé Waters, accusé d’avoir utilisé pendant des années des systèmes de filtration frauduleux. La commission d’enquête a formulé 28 recommandations, dont la création d’un « chef de file » interministériel, la mise en place de groupes départementaux de suivi des eaux embouteillées et un meilleur étiquetage des techniques de traitement. Des propositions de loi sont en préparation.

L’UFC-Que Choisir maintient la pression

Au lendemain de la publication du rapport sénatorial, l’UFC-Que Choisir dénonçait qu’« aucune mesure n’a été prise contre le géant Nestlé pour garantir, sans délai, la protection des intérêts des consommateurs ». À cette même occasion, l’association annonçait trois nouvelles actions en justice, dont celle de ce mercredi, afin que la responsabilité de la multinationale soit pleinement reconnue.

En mai dernier déjà, Nestlé avait dû, sur injonction de la préfecture du Gard et en concertation avec la Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes (DGCCRF), lancer une vaste campagne d’information auprès des consommateurs. Plus de 6 000 points de vente ont affiché un message précisant que les bouteilles de Perrier portaient la mention « eau minérale naturelle » alors qu’elles pouvaient ne pas répondre à cette définition.

 

Aujourd’hui, l’UFC-Que Choisir espère que la justice ordonnera en urgence le retrait temporaire de Perrier du marché et la suspension de son étiquetage trompeur, en attendant la décision des autorités sur la nouvelle demande d’exploitation déposée par Nestlé en juillet dernier.

Partager cet article

Dans la même thématique

FRANCE – COUNCIL OF MINSITERS JANUARY 28
7min

Santé

Réforme de l’AME pour les étrangers en situation irrégulière : la majorité sénatoriale regrette « des mesures anecdotiques »

Deux nouveaux décrets encadrant l’Aide médicale d'État (AME) ont été publiés au Journal officiel. Ils doivent permettre au gouvernement de réaliser une économie de 180 millions d’euros en limitant le risque de fraudes, mais la majorité sénatoriale y voit une manœuvre pour esquiver le débat sur la réduction du panier de soins, remis à plus tard par le Premier ministre.

Le

Nestlé Waters devant la justice : l’UFC-Que Choisir réclame le retrait temporaire des bouteilles de Perrier à la vente
3min

Santé

Cancer : « L'ambition est d'arriver à 80% de patients guéris en 2040 », projette le directeur général de l’Institut Gustave Roussy

Médicaments, traitements innovants, avancées de la recherche… La lutte contre le cancer continue de progresser grâce aux travaux des scientifiques. « L'ambition (...) est d'arriver à 80% de patients guéris (...) en 2040, sur le chemin d'une guérison totale des pathologies cancéreuses dans le siècle », souligne le professeur Fabrice Barlesi, directeur général de l’Institut Gustave Roussy, invité sur Public Sénat ce jeudi 5 février.

Le

Illustration elevage de bovins
7min

Santé

Dermatose nodulaire contagieuse : une facture d'au moins 64 millions d'euros pour l'État

Dans un rapport publié ce mercredi 4 février, le Sénat dresse un premier bilan de l’épidémie de dermatose nodulaire contagieuse qui s’est abattue sur les élevages bovins français. Si les élus pointent plusieurs fragilités dans le dispositif sanitaire, ils alertent également sur les effets de bord qu’aurait une vaccination généralisée à l’ensemble du territoire, comme le réclament certains syndicats.

Le

La sélection de la rédaction

Nestlé Waters devant la justice : l’UFC-Que Choisir réclame le retrait temporaire des bouteilles de Perrier à la vente
4min

Parlementaire

Scandale des eaux minérales : les sénateurs annoncent au moins deux propositions de loi

La commission d'enquête sénatoriale sur les industriels de l'eau en bouteille a rendu ses conclusions ce lundi 19 mai. Les élus dénoncent notamment le rôle de l’Etat, qui a failli à ses missions de contrôle et cédé aux pressions du groupe Nestlé Waters. Ils formulent une vingtaine de recommandations pour empêcher les pratiques frauduleuses.

Le

Le Monde et la cellule d’investigation de Radio France révèlent de nouvelles informations sur le scandale des eaux minérales en bouteille du groupe Nestlé.
3min

Parlementaire

Scandale des eaux en bouteille : la commission d’enquête du Sénat saisit la justice pour « faux témoignage », contre un responsable de Nestlé Waters 

Le 12 mai, le président et le rapporteur de la commission d’enquête du Sénat sur les eaux en bouteille ont annoncé saisir la justice pour « faux témoignage », à l’encontre du directeur industriel de Nestlé Waters, Ronan Le Fanic, entendu par la commission d’enquête le 26 mars dernier. Il avait assuré qu’aucun événement notable n’avait été constaté sur le site de Vergèze entre janvier et mars 2025. Déclaration contredite par plusieurs révélations de presse en avril dernier.

Le