Spain Hantavirus Ship
Des passagers évacués du MV Hondius (AP Photo/Manu Fernandez)

« Pas une bonne stratégie » : la crainte d’une propagation de l’hantavirus dans plusieurs pays après le rapatriement des passagers du MV Hondius

Tous les passagers du navire MV Hondius, foyer d’infection du Hantavirus, ont fini d’être rapatriés, lundi soir, dans leurs pays respectifs, parmi lesquels cinq français placés à l’isolement. Leur répartition dans plusieurs pays fait craindre une propagation non maîtrisée, même si la faible vitesse de circulation du virus exclut pour le moment un scénario similaire au Covid-19.
Christian Mouly

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Clap de fin pour l’opération rapatriement depuis le MV Hondius. Ce bateau de croisière néerlandais concentre les regards et les inquiétudes de la communauté internationale depuis la découverte, à son bord, d’un foyer d’infection à l’Hantavirus. Après un parcours chaotique, il a finalement pu accoster dimanche sur l’île de Tenerife, aux Canaries, avec le feu vert de l’Espagne. Lundi soir, les derniers passagers, masques FFP2 sur la bouche et surblouse bleu sur le dos, ont été transférés vers les Pays-Bas, sans aucun contact avec l’extérieur.

Bilan de cette croisière cauchemardesque : huit cas d’infection à l’hantavirus confirmés et deux personnes classées comme des cas « probables », d’après l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Trois de ces personnes sont mortes, dont un couple de Néerlandais. Le mari, l’ornithologue Leo Schilperoord, est désormais considéré comme le très probable patient zéro, bien que sa mort le 11 avril soit intervenue avant toute possibilité de dépistage. Le diagnostic est en revanche certain pour sa femme, décédée deux semaines plus tard. Tous deux ont sillonné l’Amérique du Sud avant d’embarquer sur le MV Hondius le 1er avril, à Ushuaia, en Argentine.

Un virus très létal

C’est de là que provient la souche d’Hantavirus responsable de ce vent de panique mondial. Transporté et propagé par des rats et des souris, le virus est présent sur tous les continents mais n’a pas le même potentiel pathogène selon les zones. « On distingue les hantavirus de l’Ancien Monde, présents notamment en Europe et en Asie, et ceux du Nouveau Monde, présents sur le continent américain, qui peuvent provoquer des formes plus sévères », explique la virologue Anne Goffard, dans une note d’actualité de l’Institut Pasteur de Lille.

La souche en question, de type « Andes », fait partie de cette deuxième catégorie et se révèle très létale – son taux de mortalité s’élève à environ 40 %. Elle provoque des infections pulmonaires aiguës.

D’où l’inquiétude de la France, qui a dû rapatrier cinq ressortissants depuis Tenerife, dont une femme diagnostiquée positive à Paris. Son état de santé est « très critique », selon l’OMS. Tous sont placés à l’isolement pour quinze jours au minimum. Un décret publié dans la soirée de dimanche à lundi dispose que toutes les personnes se trouvant à bord du navire doivent être placées à l’isolement pendant 42 jours, soit environ six semaines, comme le recommande l’OMS. Même chose pour les 22 cas contacts identifiés. Cette période équivaut à la durée d’incubation du virus, particulièrement longue, notamment au regard du covid-19 (environ 10 jours). Aucun traitement ni vaccin n’existe à ce jour.

« Envoyer les personnes aux quatre coins du monde ne me semble pas être la bonne stratégie »

Présenté comme le « plus strict » d’Europe par le gouvernement, ce protocole de quarantaine demeure souple une fois passé les quinze jours à l’hôpital. Il repose sur la bonne volonté des patients. « Si l’isolement c’est d’être chez soi, éventuellement avec la famille, ce n’est pas de l’isolement. Les personnes issues de ce bateau doivent être vraiment isolées et dans un temps long », s’alarme Etienne Decroly, virologue et directeur de recherche au CNRS. Soit peu ou prou l’alerte lancée par l’infectiologue Gilles Pialoux sur BFM TV lundi matin, estimant que « sur le plan épidémiologique, l’idéal aurait été de les confiner sur le bateau ».

D’autant que les personnes positives viennent pour l’heure de six pays différents (Pays-Bas, Royaume-Uni, Allemagne, Suisse, France et Etats-Unis). Soit autant de zones de dispersion possibles du virus « Tout ça donne l’impression d’un gros cafouillis. Envoyer les personnes aux quatre coins du monde avec des protocoles différents ne me semble pas être la bonne stratégie », insiste Etienne Decroly, spécialiste des virus à ARN, dont font partie les hantavirus.

Le précédent argentin de 2018

En effet, tout le monde ne s’y prépare pas de la même manière. L’administration américaine a ainsi affirmé que les passagers américains évacués ne seront pas nécessairement placés en quarantaine. « Chaque personne fera l’objet d’une évaluation clinique et bénéficiera de soins et d’un accompagnement adapté à son état », a détaillé lundi le ministère de la Santé. Une situation qui peut « présenter des risques », a estimé le patron de l’OMS.

Les dangers sont connus : le virus présent sur le MV Hondius s’apparente à l’hantavirus qui a frappé en 2018 le village d’Epuyén, en Patagonie argentine. 11 personnes sont mortes sur les 34 malades recensés. Cet hantavirus des Andes est le seul capable de se transmettre directement d’humain à humain. L’étude de référence sur le cas d’Epuyén révèle que chaque malade atteint de ce virus aurait pu infecter en moyenne deux autres personnes si rien n’avait été fait pour l’en empêcher. La transmission s’est produite dans des conditions de promiscuité, au cours de repas collectifs et de veillées funèbres.

La crainte d’une mutation

Ce taux de reproduction est inférieur au covid-19-2019 des débuts (plus de 3 en moyenne). Mais pas négligeable. À Epuyén, « le contrôle du virus n’a pas été si évident et a nécessité de prendre des mesures assez drastiques pour éviter sa propagation », relate Etienne Decroly, pour qui cet exemple prouve qu’ « il ne faut pas attendre deux mois pour prendre des mesures, quand on aura possiblement 100 ou 200 patients malades ».

Tout indique que la courbe du nombre de cas d’Hantavirus devrait rester mesurée dans les prochaines semaines. Au micro de France Inter, lundi, l’épidémiologiste Arnaud Fontanet disait « s’attendre à l’apparition de cas isolés dans les semaines à venir ». Pas de risque épidémique majeur à l’horizon, donc. Mais gare à ce que le virus ne s’installe trop longtemps et ne vienne à muter. « Quand un virus franchit la barrière d’espèce, il se retrouve avec la possibilité d’évoluer et de s’adapter à son nouvel hôte. Ce virus, qui franchit très difficilement la barrière humaine, pourrait acquérir des mutations d’adaptations qui rendraient son contrôle plus délicat », prévient Etienne Decroly.

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