Champagne: Macron visits the laboratory Aguettant Chante Caille

Pénurie de médicaments : deux sénatrices demandent de conditionner les aides pour la relocalisation

Le président de la République annonce une liste de médicaments essentiels. Parmi eux : une cinquantaine devra faire l’objet d’une augmentation de la production ou d’une relocalisation. L’Etat se montre prêt à accompagner financièrement les projets. Une volonté saluée par les deux sénatrices qui incarnent la commission d’enquête sur la pénurie de médicaments.
Guillaume Jacquot

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Comment ne plus revivre les pénuries de médicaments aussi basiques que le paracétamol et l’amoxicilline, comme durant l’hiver dernier ? La France ne pourra pas faire d’impasse sur le rapatriement de productions pharmaceutiques si elle veut réduire les tensions en approvisionnement.

Ce 13 juin, Emmanuel Macron a donné pour objectif de relocaliser sur le territoire la production d’une cinquantaine de médicaments, sur une liste de 450 jugés essentiels. Cette liste « cœur » des 50 produits se caractérise par une dépendance « avérée » aux importations extra-européennes et une production française trop faible pour pouvoir répondre à la demande. La France dépend à hauteur de 60 à 80% des importations, notamment pour les médicaments « matures » et les principes actifs.

Une liste prioritaire de 50 médicaments sur lesquels Emmanuel Macron s’engage

Le président de la République était en déplacement sur le site du laboratoire pharmaceutique Aguettant à Champagne (Ardèche). Ce groupe français compte renforcer sa production de trois molécules stratégiques d’urgence et de réanimation prêtes à l’emploi, qui ont manqué pendant la pandémie de covid-19. Selon le chef de l’État, 25 médicaments essentiels « verront leur production relocalisée ou augmentée significativement (…) dans les semaines à venir », puisque huit projets de relocalisation sont engagés. Au total, environ 160 millions d’euros d’investissements publics et privés ont été mobilités. L’Élysée entend également ouvrir un guichet pour soutenir des projets d’augmentation des capacités de production et de relocalisation. Une première enveloppe de 50 millions d’euros sera mobilisée.

Rapporteure de la commission d’enquête sénatoriale sur la pénurie de médicaments, la sénatrice Laurence Cohen qualifie de « positif » le discours consistant à relocaliser ce type d’activité, tout en mettant un bémol. « C’est une très bonne nouvelle, mais je m’interroge. Pourquoi laisse-t-on un grand groupe comme Sanofi supprimer 135 emplois à Sisteron (Alpes-de-Haute-Provence) et Aramon (Gard), au moment où on manque de production en France et où on a besoin de personnel qualifié ? J’attends du président de la République mette en concordance ses annonces et ses actes », détaille la sénatrice communiste.

« Peut-être que le gouvernement devrait se pencher sur les conditionnalités »

« Faire une cartographie complète, identifier les éléments de fragilité dans la chaîne de valeur : la méthode proposée est la bonne méthode », observe Sonia de La Provôté, la sénatrice qui préside les travaux de cette même commission d’enquête. « Même si, évidemment, les choses ne vont pas se régler dans l’immédiat. La mise en place de l’appareil industriel ne peut pas se faire en un temps record », tempère la sénatrice centriste du Calvados.

Les deux sénatrices, qui ne siègent pas dans les mêmes groupes, partagent une même exigence vis-à-vis de ces projets industriels, financés à travers les centaines de millions d’euros tirés du plan France 2030. « Il faut aussi qu’Emmanuel Macron s’interroge, d’une manière générale, sur le contrôle de toutes les aides publiques. Peut-être que le gouvernement devrait se pencher sur les conditionnalités », suggère avec insistance Laurence Cohen.

« Il y a besoin à la fois d’un investissement massif et d’un accompagnement des entreprises et des laboratoires, mais aussi le moyen de contractualiser avec ses entreprises », considère également sa collègue Sonia de La Provôté. « Il faut conditionner l’aide publique, on doit mettre un certain nombre de contractualisations et de contraintes pour assurer une redirection d’une partie des stocks au marché français en cas de pénurie. »

Face aux annonces du jour, Laurence Cohen veut rappeler la proposition de longue date portée par son groupe : celle de constituer d’un pôle public du médicament.

Le rapport de la commission d’enquête du Sénat connu après le 4 juillet

Leur commission d’enquête aura d’ailleurs tout le loisir d’interroger le ministre de la Santé, François Braun, ce jeudi 15 juin, sur les différents volets de la « reconquête » sanitaire, voulue par l’Elysée. Parmi les annonces restant à détailler davantage, figurent notamment la mise en place d’un « plan blanc du médicament » dans les cas les plus « critiques », ou encore le « plan de gestion des épidémies hivernales ».

Les parlementaires arrivent bientôt au terme de leur travail d’auditions, qui sera conclu par une phase de rédaction des propositions. L’examen du rapport est prévu le 4 juillet. « Je pense qu’on est d’accord sur le constat. Il y a un certain nombre de propositions, qui peuvent être partagées. Il faut qu’on arrive à trouver un point d’équilibre. On peut réussir à se mettre d’accord », espère Laurence Cohen. Même optimisme pour Sonia de La Provôté. « Je n’imagine pas qu’on ne trouve pas un accord sur un sujet aussi essentiel. On a déjà trouvé des convergences lors de la mission d’information transpartisane de l’été 2018. Si les préconisations avaient été suivies, cela nous aurait permis de ne pas vivre la pénurie de cet hiver aussi difficilement. »

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