Pharmacie
Crédit : ROMAIN DOUCELIN / SIPA / 2301261145

Pénurie de médicaments : une liste « d’essentiels » incomplète pour la commission d’enquête du Sénat 

Pour anticiper les pénuries de médicaments, le gouvernement a dévoilé mi-juin une liste de 450 médicaments « essentiels ». Leur inscription dans cette liste oblige les industries à constituer des stocks équivalent à une durée de quatre mois. Mais cette liste est jugée « incomplète » par Sonia de La Provôté (UC), présidente de la commission d’enquête du Sénat sur la pénurie des médicaments.
François-Xavier Roux

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Le 13 juin, François Braun, ministre de la Santé, accordait une interview au Parisien pour répondre au problème de pénuries de médicaments. L’une des pistes évoquées fut une densification des stocks. Jusqu’alors, les industries pharmaceutiques doivent prévoir deux mois de stocks pour les 6 000 médicaments à intérêt thérapeutique majeur. Pour ces médicaments qui ont fait l’objet d’une rupture de stock, ou présentant un risque de rupture, les stocks disponibles doivent être poussés à quatre mois. 422 médicaments remplissent ces critères pour l’Agence nationale de sécurité du médicament. Mi-juin, une nouvelle liste de 450 médicaments jugés « essentiels » a été publiée par le ministre, obligeant les industries à garantir des stocks pour au moins quatre mois. Mais cette liste est loin de faire l’unanimité. Présidente de la commission d’enquête sur la pénurie de médicament, Sonia de La Provôté (UC) déplore un « manque de clarté » sur la constitution de cette liste. La Société Française de Rhumatologie (SFR) s’interroge sur la pertinence du « qualificatif essentiel ». Un certain nombre de médicaments manquent pour la SFR. Une meilleure communication du gouvernement autour de la liste semble indispensable pour ces deux acteurs.

Une liste pour faire « une cartographie de la situation »

Le gouvernement, à partir de cette liste, veut engager « des travaux spécifiques » pour « mieux garantir » la disponibilité des médicaments. La liste a vocation à être actualisée en fonction de l’état du marché des médicaments. Pour Sonia de La Provôté, elle répond au besoin de « faire une cartographie de la situation » mais aussi de la « disponibilité ». La liste n’est pas là pour recenser les médicaments indispensables, mais elle « permet de recenser les médicaments critiques ». C’est-à-dire ceux sous tension, ou qui présentent un risque. De plus, elle permettra de détecter d’éventuels « monopoles qui créent la fragilisation du système actuel », ainsi qu’une absence de souveraineté pouvant être préjudiciable. En somme, la liste du gouvernement établit une photographie de l’industrie pharmaceutique à un instant donné. La sénatrice UC a pu constater que cette réflexion est partagée dans beaucoup d’autres pays. 

Mais la méthode de travail pour aboutir à la constitution de la liste reste très opaque pour les professionnels. Sonia de La Provôté s’étonne que certaines instances n’aient pas été consultées : « La concertation n’a pas été suffisamment large ». Par exemple, la Haute autorité de santé n’a pas été intégrée à la boucle. Elle pointe « une absence de transparence ». Sachant que la liste n’est pas définitive, la présidente de la commission d’enquête explique qu’il « faut savoir mener de front le travail d’identification et de concentration ». Selon elle, le gouvernement a failli dans le travail de dialogue. « Pharmaciens, industriels, HAS », autant de professionnels du secteur avec lesquels le gouvernement doit travailler. 

« C’est l’acte I » pour Sonia de La Provôté

« La liste devait sortir » pour la sénatrice. Elle juge que le ministre de la Santé a été précipité par un « calendrier » à respecter. Les professionnels ont aussi été pris de court. Surpris par sa publication, certains ont d’ailleurs déjà annoncé la constitution de groupes de travail pour présenter des améliorations. C’est notamment le cas de la SFR qui a annoncé un groupe de travail, regroupant le Syndicat national des médecins rhumatologues et le Conseil National Professionnel. Sonia de La Prévôté parle quant-à-elle d’un « premier jet », qui reste à « affiner ».   

Cette liste constitue un point de départ, et est loin d’être aboutie. « On a un peu de chemin à parcourir avant de résoudre les problèmes de pénurie » juge-t-elle. « La liste sert à faire un diagnostic » mais la difficulté actuelle est qu’il n’y a pas d’état des lieux précis. Elle distingue aussi « le stock et la dispersion des stocks ». Dans sa forme originelle, la liste répond à un besoin d’évaluation des stocks. Mais un problème persiste. « Les pénuries sont évolutives » et en l’espace de quelques semaines, les risques de pénuries peuvent se déplacer d’un secteur pharmaceutique à un autre. La sénatrice prône ainsi « un état des lieux quasiment en état réel » pour être au plus proche possible des besoins du marché. Cependant, le gouvernement n’a pas communiqué sur « le rythme d’actualisation ». Pour Sonia de La Provôté, le travail est donc encore conséquent pour le gouvernement avant d’avoir une liste de « médicaments essentiels » qui puisse éviter les risques de pénurie. Sur ce sujet, la commission d’enquête du Sénat publiera son rapport le 4 juillet. 

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

Pénurie de médicaments : une liste « d’essentiels » incomplète pour la commission d’enquête du Sénat 
4min

Santé

Cancers : le péril jeune

Le nombre de nouveaux cas de cancer d’apparition précoce dans le monde a bondi de près de 80% en moins de 30 ans. En France, la tendance est la même. Alors comment expliquer ce phénomène ? Que fait-on pour endiguer l’explosion de cancers chez les moins de 50 ans ? Au Sénat, la sénatrice centriste du Calvados Sonia de la Provôté a rédigé une proposition de loi pour créer un registre national des cancers. Inexistant jusqu’à présent en France, ce nouveau registre national va permettre de recenser de manière exhaustive les cas de cancers, d’améliorer le dépistage et la prise en charge des patients.

Le

2025 51st Berlin Marathon, Berlin, Berlin, Germany – 21 Sep 2025
6min

Santé

Science dans le sport : l’essor des technologies au service des athlètes

L’imbrication de la science dans les pratiques sportives, en particulier de haut niveau, tend à s’accentuer pour optimiser la performance des athlètes. L’office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques recommande d’approfondir ces investissements technologiques, tout en alertant sur le risque d’externalités néfastes, entre inégalités sociales et impacts sur la santé des sportifs.

Le

Antiacide GAVISCON
6min

Santé

Doublement du plafond des franchises médicales et baisse des remboursements de la Sécu : qui est concerné et que vont payer les assurés ?

La ministre de la Santé annonce une série de mesures pour contenir les dépenses de l’Assurance maladie, notamment la hausse du plafond annuel des franchises médicales et la baisse du taux de remboursement de certains médicaments. Matignon fait valoir des mesures ciblées, qui pour certaines devraient être absorbées par les complémentaires santé. Explications.

Le

France Heat Wave Hot Hospitals
3min

Santé

5 764 morts en excès constatés pendant la canicule de juin : « Une intensité qui dépasse celle d’août 2003 », selon Santé publique France

Du 17 juin au 2 juillet dernier, la France a connu un épisode caniculaire exceptionnel. Santé publique France a publié aujourd’hui « les décès en excès » enregistrés durant cette période, même si l’agence précise que ce bond de la mortalité « toutes causes » ne peut pas encore être imputé avec certitude à la chaleur.

Le

La sélection de la rédaction

Champagne: Macron visits the laboratory Aguettant Chante Caille
5min

Santé

Pénurie de médicaments : deux sénatrices demandent de conditionner les aides pour la relocalisation

Le président de la République annonce une liste de médicaments essentiels. Parmi eux : une cinquantaine devra faire l’objet d’une augmentation de la production ou d’une relocalisation. L’Etat se montre prêt à accompagner financièrement les projets. Une volonté saluée par les deux sénatrices qui incarnent la commission d’enquête sur la pénurie de médicaments.

Le