Réseaux sociaux : « Interdire aux moins de 15 ans n’a aucune justification sur le plan cérébral », rappelle ce chercheur

La rentrée des collégiens se fera-t-elle sans TikTok ? C’était la promesse du président de la République qui espérait faire de l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans l’un des derniers actes politiques de son second quinquennat. Si les risques d’exposition à des contenus violents, voire d’addiction, sont réels, la question de l’interdiction ne résout pas tout. Pire, elle ne reposerait sur aucun consensus scientifique. Comment accompagner les ados dans leurs usages, quel rôle pour les parents ? Pour en parler, Axel de Tarlé reçoit Agnès Evren, sénatrice de Paris, et Grégoire Borst, chercheur en psychologie du développement, dans l’émission Et la santé ça va ?.
Simon Nicolle

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Elle est l’une des sénatrices les plus engagées sur le sujet. Pour Agnès Evren, la protection des plus jeunes sur les réseaux sociaux est un impératif de santé publique : « La surexposition des très jeunes aux écrans a des effets délétères sur l’attention, la concentration et les interactions. On a affaire à des plateformes prédatrices !  (…) et avant 15 ans, nous ne sommes pas armés pour lutter contre ses algorithmes opaques. » alerte-t-elle.

Pour Grégoire Borst, l’âge de 15 ans est une décision qui n’obéit à aucune règle absolue concernant le développement des adolescents : « la population adolescente est extrêmement hétérogène car l’entrée dans la puberté varie selon les individus. » Cet âge d’entrée dans la puberté est, à son avis, le véritable seuil de la capacité des jeunes à s’autoréguler s’agissant des écrans. À 15 ans, chaque jeune n’en est pas au même stade de son développement cérébral. Il estime d’ailleurs que ce chiffre a été choisi « au doigt mouillé ».

Le rôle des parents, entre interventionnisme et autonomie

Si pour Agnès Evren il est important de ne pas laisser les enfants seuls face aux écrans, elle appelle au respect de l’intimité des jeunes sur les réseaux sociaux : « Où doit-on mettre le curseur ? À la fois surveiller ce que les jeunes font sur les réseaux sociaux et en même temps respecter leur intimité. C’est compliqué pour les parents de savoir quand leur enfant est cyberharcelé. »

Pour les prémunir des dangers qui les guettent, les parents doivent-ils s’immiscer dans la vie numérique de leurs enfants ? Pour le chercheur en psychologie du développement, « ce qui est sûr c’est qu’il faut s’intéresser à ce que font nos enfants sur ces espaces numériques ». Presque demander non seulement comment s’est passée la journée à l’école mais surtout comment s’est passée leur journée sur les réseaux, « ça fait partie de leur quotidien, savoir ce qu’ils y vivent, permettrait d’exercer une parentalité éclairée », souligne-t-il.

Enfin pour le chercheur, si certains réseaux sociaux ont un potentiel addictif plus fort que d’autres, il ne faut pas croire que les adolescents ne développeraient pas eux-mêmes des mécanismes de résilience vis-à-vis de ces algorithmes et qu’ils en seraient des utilisateurs naïfs.

La responsabilité des plateformes, l’éléphant dans la pièce

Pour Grégoire Borst, l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans ne résoudra pas tout : « Les premiers responsables, ce sont les plateformes », martèle-t-il.

La sénatrice de Paris évoque le fait que les propriétaires de ces réseaux interdisent eux-mêmes à leurs enfants de s’y inscrire. « Ils font leur business sur le dos de nos enfants, donc on ne peut pas laisser notre jeunesse s’enfermer dans ce danger », avertit-elle.

Les premiers résultats de l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans en Australie ne sont pourtant pas satisfaisants. Près de deux tiers de leurs ressortissants adolescents sont toujours présents sur ces plateformes qui devraient leur en refuser l’accès.

L’émission est à retrouver en intégralité ici.

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