Santé : le Sénat refuse d’attribuer à l’Assurance maladie un pouvoir de baisse unilatérale des tarifs

Les sénateurs ont amendé les dispositions du projet de budget de la Sécurité sociale, qui visent à lutter contre les situations de rentabilité excessive dans certaines spécialités de la santé.
Guillaume Jacquot

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

Face à des comptes sociaux durablement dans le rouge, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2026 comporte une batterie de mesures pour atténuer la croissance naturelle des dépenses de santé.

L’article 24 du texte reprend d’ailleurs l’une des pistes proposées par l’Assurance maladie ces derniers mois : s’attaquer aux rentabilités « manifestement excessives » dans certains secteurs de la santé (biologie médicale, radiologie, dialyse, ou encore la radiothérapie). Selon le gouvernement des spécialités affichent une rentabilité « deux fois plus importante que les entreprises marchandes », « avec des taux de rentabilité qui sont entre 20 et 30 % ».

L’article donne la possibilité au directeur général de l’Union nationale des caisses d’assurance maladie de pouvoir procéder à des baisses de tarifs, si une « rentabilité manifestement excessive », au sein d’un secteur financé par des rémunérations négociées dans une convention avec les professionnels, est documentée. Cette baisse interviendrait si les professionnels et l’Assurance maladie n’ont pas pu s’entendre sur un avenant à la convention.

Les sénateurs ont suivi la commission des affaires sociales, en refusant d’attribuer ce pouvoir de baisse unilatérale. « J’ai estimé nécessaire de rappeler notre attachement à la négociation conventionnelle », a défendu la rapporteure (apparentée LR) Corinne Imbert. Selon elle, cette méthode de dialogue a porté ses fruits dans le passé, avec les dépenses de biologie médicale par exemple. La sénatrice LR Florence Lassarade a estimé que la disposition de baisse unilatérale était une « remise en cause profonde de la médecine libérale ».

« On ne peut pas dénoncer la financiarisation, et le soir, laisser filer les rentes »

Dans la même logique, les sénateurs ont refusé que les ministres de la Santé et de la Sécurité sociale procèdent à des baisses de tarifs hospitaliers si des seuils fixés par décret sont dépassés.

Si la rapporteure estime qu’il « légitime que le régulateur tienne compte, dans la négociation des tarifs, des gains de productivité et des taux de marges, une politique unilatérale de baisse des prix fondée uniquement sur la rentabilité serait contre-productive », s’est-elle inquiétée. Selon elle, la « politique des coups de rabot » pourrait conduire au rachat de structures indépendantes par des grands groupes.

Le Sénat a cependant soutenu la mise en place d’un observatoire de la rentabilité, qui devra rendre publiques ses conclusions. « Cela nous permettra de mieux appréhender la réalité économique des différents secteurs et de lutter contre les abus, sans jeter l’opprobre sur toute une profession », a poursuivi Corinne Imbert.

La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, n’a pas soutenu les modifications sénatoriales. « On ne peut pas dénoncer la financiarisation, et le soir, laisser files les rentes […] Il faut bien que quelqu’un prenne la responsabilité », a-t-elle objecté, en cas d’échec des négociations conventionnelles.

Partager cet article

Dans la même thématique

Les complémentaires santé ont été légèrement bénéficiaires en 2024
7min

Santé

Santé : les sénateurs appellent à prendre « le virage de la prévention » alors que les maladies chroniques se multiplient

Dans un rapport publié ce mardi, les sénateurs appellent à rééquilibrer le système de santé français en faveur des soins préventifs, à l’heure du vieillissement de la population et de l’augmentation importante des cancers. Le rapport propose de supprimer le reste à charge et les avances de frais pour ce type de soin et prône une refonte globale du modèle de prévention, de l’État jusqu’à l’école.

Le

Heatwave at the Emergency department in Bordeaux
6min

Santé

Canicule : à l’hôpital, des patients toujours plus nombreux et des personnels en colère face à l’ « impréparation » aux fortes chaleurs

Les autorités sanitaires constatent une hausse des admissions aux urgences sous l’effet de la chaleur et déplorent les premiers décès attribuables à la canicule. Déjà sous pression, médecins et infirmiers s’attendent à des journées difficiles dans des hôpitaux mal équipés pour ces conditions extrêmes.

Le