Virus Outbreak Mental Health
FILE - In this Tuesday, March 2, 2021 file photo, psychiatrist Coline Stordeur speaks with a young girl in her room in the pediatric unit of the Robert Debre hospital, in Paris, France. The UN's child protection agency is urging governments to pour more money and resources into preserving the mental well-being of children and adolescents. UNICEF, in a report released Tuesday, Oct. 5, sounded alarms about blows to mental health from the COVID-19 pandemic that have hit poor and vulnerable children particularly hard. (AP Photo/Christophe Ena, File)/ENA102/21277589196375/TUESDAY, MARCH 2, 2021 FILE PHOTO/2110050207

Santé mentale des jeunes : face aux chiffres alarmants, le Sénat demande une stratégie nationale

Dans un rapport, Santé publique France alerte sur un doublement des tentatives de suicide déclarées chez les 18-24 ans, entre 2017 et 2021. Un constat terrible qui appelle à des mesures urgentes. Mi-janvier, le Sénat a voté à l’unanimité l’inscription de la santé mentale des jeunes comme grande cause nationale.
Rose-Amélie Bécel

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Ce 5 février, à l’occasion de la journée nationale dédiée à la prévention du suicide, Santé publique France publie son dernier baromètre et alerte sur une dégradation de la santé mentale des jeunes adultes. Chez les 18-24 ans, les pensées suicidaires ont été multipliées par deux depuis 2014. Entre 2017 et 2021, le nombre de tentatives de suicide déclarée dans cette même tranche d’âge a également doublé.

Le 17 janvier dernier, la sénatrice centriste (groupe RDSE) Nathalie Delattre appelait le gouvernement à ériger la santé mentale des jeunes en grande cause nationale. Une proposition de résolution votée à l’unanimité, avec l’assentiment de la ministre du Travail, de la Santé et des Solidarités, Catherine Vautrin. Pour l’auteure de la résolution, face aux « chiffres glaçants » de Santé publique France, faire de la santé mentale des jeunes une grande cause permettra « de briser définitivement le tabou, puis d’obliger la mise en place d’une véritable stratégie nationale ».

Revaloriser la médecine scolaire

Nathalie Delattre se félicite que le sujet ait été à l’ordre du jour dans le discours de politique générale de Gabriel Attal, au cours duquel le Premier ministre a notamment annoncé une revalorisation des salaires des médecins scolaires de 200 euros par mois, ainsi qu’une prime de 800 euros. « C’est un métier auquel on n’accorde pas assez d’attention, il a pourtant une place essentielle dans la prévention, la détection de pathologies, des situations de harcèlement… », souligne la sénatrice.

Avec seulement un médecin scolaire pour 15 000 élèves, la profession souffre d’un manque d’attractivité. Selon le syndicat majoritaire des infirmiers et infirmières de l’Education nationale (SNICS-FSU), environ 7 800 médecins scolaires exercent actuellement dans des établissements, il en faudrait 15 000 de plus. Le 17 janvier, avant le vote de la résolution au Sénat, Catherine Vautrin a ainsi annoncé son souhait de « travailler avec la ministre de l’Education nationale et des Sports sur l’évolution de la médecine scolaire ».

« Mon soutien psy » et « Santé psy étudiant », des dispositifs pour le moment inefficaces

En matière de prévention, Gabriel Attal a également annoncé lors de sa déclaration de politique générale une réforme du dispositif « Mon soutien psy ». Créé en avril 2022 pour proposer huit séances d’accompagnement psychologique par an aux enfants de 3 à 17 ans, le Premier ministre a reconnu qu’il n’avait « pas donné les résultats escomptés ». La part du prix de la consultation prise en charge par l’assurance maladie sera donc augmentée et les jeunes n’auront plus besoin de solliciter un médecin généraliste pour accéder au dispositif.

En octobre dernier, la sénatrice Les Républicains Marie Mercier avait déjà pointé du doigt l’inefficacité du dispositif, lors d’une question écrite au gouvernement. L’élue avait alors pris pour exemple un autre dispositif similaire, « Santé psy étudiant », créé après le Covid pour permettre aux étudiants d’accéder à huit consultations gratuites par an. « Les honoraires trop bas des praticiens agréés ont fait que 93 % des psychologues n’ont pas intégré le dispositif », avait souligné la sénatrice dans sa question.

Pour Nathalie Delattre, si le gouvernement doit faire un effort pour rehausser le plafonnement du prix des séances pour inciter davantage de psychologues à intégrer ce dispositif, il faut également veiller à rendre la profession plus attractive. « Face à ce problème de santé publique, il faut aller plus loin dans les annonces de revalorisation et se tourner vers les jeunes pour leur demander à quelles conditions ils accepteraient d’embrasser une carrière de psychologue », estime la sénatrice.

Un « secrétaire d’Etat à la santé mentale » ?

Assises de la psychiatrie, publication de rapports, programme pluriannuel « santé mentale et psychiatrie »… Malgré la multiplication des initiatives gouvernementales, le secteur de la psychiatrie reste en grande difficulté. En 2021, un rapport de la Cour des comptes pointait du doigt une offre de soins « insuffisamment coordonnée ».

Face à ce constat, lors du vote de la résolution au Sénat, l’écologiste Anne Souyris proposait la création d’un portefeuille dédié au gouvernement : « Le gouvernement aurait une fort bonne idée de se doter d’un ou d’une secrétaire d’Etat à la santé mentale, en complément d’un délégué ministériel. Qui d’autre pour piloter une grande cause nationale ? » Une proposition qui ne semble pas satisfaire la ministre Catherine Vautrin, qui soulignait en réponse à la sénatrice la complexité « d’avoir un gouvernement resserré et en même temps un gouvernement qui prendrait en charge l’ensemble des différentes politiques publiques ».

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