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Santé sexuelle : Sidaction s’alarme de la montée en puissance des discours masculinistes auprès des jeunes

Pour la journée mondiale de la lutte contre le sida, l’association dévoile les résultats inquiétants d’un sondage sur la sexualité des hommes en France : l’essor des discours de domination masculine a des effets délétères sur leur santé sexuelle, en particulier chez les moins de 34 ans, qui tendent à mettre de côté le préservatif.
Aglaée Marchand

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Il est loin le temps où le VIH faisait les gros titres, tant sa prise en charge s’est améliorée. Pourtant, l’épidémie n’a pas disparu. Fin novembre, Santé Publique France révélait même que les jeunes adultes sont de plus en plus nombreux à être diagnostiqués ces dernières années, puisqu’entre 2014 et 2023, les cas de séropositivité ont bondi de 41 % pour les 15-24 ans, alors qu’ils ont reculé de 15 % chez les 25-49 ans. Une tendance inquiétante, qui s’inscrit dans un contexte où les IST de manière globale augmentent, et où l’usage du préservatif, lui, recule.

Et les discours masculinistes pourraient ne pas y être pour rien. A l’occasion de la journée mondiale de la lutte contre le sida, Sidaction publie ce lundi les résultats d’un sondage réalisé par OpinionWay sur l’impact de ces propos violents, diffusés en masse sur les réseaux sociaux, sur les hommes. Bien que tous les âges soient concernés, ces contenus de domination masculine trouvent particulièrement leur écho auprès des 16-34 ans.

31 % des 16-34 ans « se sentent plus puissants » sans préservatif

66 % des jeunes hommes âgés de moins de 34 ans connaissent au moins un influenceur dit « masculiniste », et 37 % disent consulter ces contenus. Parmi ceux au fait de ces publications, plus d’un tiers les considère rassurantes sur leur manière « d’être un homme » (38 %), assure qu’elles leur donnent « une autre vision que celle portée par les féministes » (48 %), ou affirme qu’elles les ont inspirés à « mettre en pratique des conseils pour devenir un homme meilleur » (34 %). Plus alarmant encore, la moitié d’entre eux pense que ces discours disent « enfin la vérité » (51 %).

Il ne fait ainsi nul doute que « la virilité continue de jouer un rôle déterminant dans la construction identitaire des hommes », considère la directrice générale de Sidaction, Florence Thune. Une affirmation qui les conduit à prendre des risques dans leur sexualité, puisque 31 % des 16-34 ans « se sentent plus puissants » quand ils ne portent pas de préservatif, 32 % pensent que les femmes doivent respecter leur refus d’en porter et 16 % voient dans ce mode de contraception « un signe de faiblesse ». Quant à la pratique répréhensible du « stealthing » (ndlr : retirer son préservatif sans prévenir son ou sa partenaire), 34 % des jeunes hommes adhérant aux théories masculinistes disent la cautionner. Et globalement, un homme sur dix (11 %), et un jeune de 25-34 ans sur cinq (18 %), déclarent comprendre ce retrait s’ils estiment que le préservatif a été imposé. « Ces croyances envers les discours masculinistes fragilisent la prévention, augmentent les prises de risque, et déstabilisent profondément la culture du consentement, pourtant centrale dans la lutte contre le VIH et les autres infections sexuellement transmissibles », poursuit Florence Thune.

« L’urgence » de renforcer l’EVARS

Alors comment lutter contre l’influence de ces discours ? Sidaction pointe « l’urgence de renforcer l’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS) ». Une loi de 2001 prévoit déjà trois séances annuelles obligatoires d’éducation à la sexualité pour les élèves, de l’école au lycée. Pourtant, encore cette année, cet enseignement n’était assuré que dans 15 % des établissements, a reconnu Bérangère Couillard, la présidente du Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, devant la délégation aux droits des femmes du Sénat, la semaine dernière. Aux côtés du Planning familial et de SOS Homophobie, Sidaction a saisi le tribunal administratif de Paris pour faire respecter la mise en place de ces cours. Le délibéré est attendu ce mardi.

Mais le combat se joue aussi en ligne, où les influenceurs masculinistes profitent du manque de régulation des plateformes numériques et monétisent leur haine des femmes. Un « business rentable », a rappelé la sénatrice PS Laurence Rossignol, lors de ce même colloque au palais du Luxembourg, que les législations peinent à encadrer.

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