Issy les Moulineaux : Nestle new French head office
Credit:Jacques Witt/SIPA/2506031938

Scandale des eaux en bouteille : Nestlé annonce retirer ses filtres illégaux

En conformité avec une injonction préfectorale, l’entreprise Nestlé Waters a retiré son système de microfiltration de ses eaux, qualifié d’illégal par la commission d’enquête du Sénat. Si le rapporteur Alexandre Ouizille dit « prendre acte » de cette décision, il appelle toujours l’entreprise à renoncer à l’appellation « eau minérale naturelle ».
Marius Texier

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Il ne restait plus que trois jours à l’entreprise Nestlé Waters pour se mettre en conformité. Le 7 mai dernier, la préfecture du Gard a mis en demeure l’entreprise pour l’utilisation d’un système de filtration pour le traitement de ses « eaux minérales naturelles », pourtant interdit par la législation française et européenne, et lui imposait de retirer sous deux mois son dispositif. C’est chose faite désormais. Nestlé Waters a déclaré avoir remplacé ses filtres de 0,2 micron, jugés illégaux car pouvant altérer la composition microbiologique de l’eau, par des filtres à 0,45 micron.

« Toujours contaminées »

Mais la bataille entre le législateur et l’entreprise risque de se poursuivre, en particulier sur l’appellation « eau minérale naturelle », que Nestlé revendique sur ses eaux. « Le retrait ne règle rien concernant la catégorisation de Perrier en « Eau minérale naturelle », souligne dans un communiqué de presse, le rapporteur de la commission d’enquête sur les pratiques des industriels de l’eau en bouteille, Alexandre Ouizille. Pour le sénateur socialiste, les eaux brutes du groupe sont « toujours contaminées ». Il pointe le rapport des hydrogéologues mandatés par les services de l’Etat qui démontre que la « pureté originelle n’est plus garantie ».

D’autant que d’après la réglementation actuelle sur la filtration des eaux minérales naturelles, l’entreprise n’est toujours pas en conformité. Selon un avis rendu par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) en 2001, pour être qualifiée d’eau minérale naturelle, la filtration de l’eau doit être réalisée avec un filtre d’une taille spécifique d’au moins 0,8 micron.

Renoncer à l’appellation « eau minérale naturelle »

Pour Alexandre Ouizille, cette modification de filtre est de « nature à affaiblir la gestion du risque sanitaire ». Il recommande un traitement des eaux de même nature que pour l’eau du robinet. Dès lors que la pureté originelle de la nappe n’est pas restaurée, l’entreprise doit renoncer à l’appellation d’eau minérale naturelle. L’entreprise a jusqu’au 7 août pour fournir les preuves que les règles en vigueur sont bien suivies, auquel cas, la marque Perrier risque de perdre l’appellation tant convoitée.

Pour le moment, ni l’Agence régionale de santé (ARS) d’Occitanie, ni la préfecture n’ont reçu de documents attestant que l’entreprise a bien modifié ses filtres. L’ARS va être mandatée pour des vérifications sur le site.

Une loi en préparation

Le rapport de la commission d’enquête, présenté le 19 mai dernier, a émis 28 recommandations portant notamment sur la mise en place d’un « chef de file » commun au ministère de la Santé, de la Consommation et de l’Agriculture pour faciliter les remontées d’alerte. Il recommande également de créer pour chaque département « un groupe de suivi des eaux conditionnées » ainsi qu’une clarification de la réglementation afin d’améliorer l’information du consommateur, avec un étiquetage sur les techniques de filtration utilisées. Un texte de loi sur les obligations réglementaires des industriels est en cours de préparation.

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