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Science dans le sport : l’essor des technologies au service des athlètes

L’imbrication de la science dans les pratiques sportives, en particulier de haut niveau, tend à s’accentuer pour optimiser la performance des athlètes. L’office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques recommande d’approfondir ces investissements technologiques, tout en alertant sur le risque d’externalités néfastes, entre inégalités sociales et impacts sur la santé des sportifs.
Aglaée Marchand

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Saisi par la commission de la Culture du Sénat, à l’approche des Jeux Olympiques à Paris en mars 2024, l’office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) s’est attaché à décrypter les conséquences du soutien de la science et des technologies aux performances des athlètes de haut niveau, et les politiques d’investissement français en la matière. Présenté par le sénateur socialiste David Ros à la presse ce jeudi 13 novembre, le rapport de l’OPECST formule dix recommandations.

Soutenir la performance à haut niveau sur tous les plans

Pouvoir bénéficier de matériaux plus légers et résistants, aux réglages plus adaptés et tenant compte des particularités morphologiques, conduit sans aucun doute à de meilleures performances athlétiques, précise le sénateur. Les progrès scientifiques permettent par exemple aujourd’hui de concevoir des vélos pour le Tour de France pesant 6,8kg, contre 15kg il y a un siècle. Les parasportifs peuvent compter sur des fauteuils adaptés à leur pratique sportive : plus maniables pour le rugby, mais plus stables pour l’escrime. De nombreuses sciences sont ainsi au service de la progression des athlètes : la biomécanique pour comprendre l’optimisation des mouvements, la physiologie pour analyser les adaptations de l’organisme humain à l’effort physique, les neurosciences pour appréhender la motricité contrôlée par le système nerveux, mais aussi la psychologie et la sociologie. La détection des potentiels chez les jeunes sportifs, l’adaptation aux facteurs environnementaux, la gestion de la fatigue, la prévention des blessures ou encore la préparation mentale, tactique et technique sont autant de domaines qui gagnent au déploiement d’outils scientifiques. L’étude de l’OPECST rappelle notamment l’utilisation de l’analyse vidéo associée à l’IA en amont des matchs pour fournir des recommandations stratégiques aux joueurs et dresser le bilan de leurs prouesses ensuite.

Ces recherches et innovations, bien qu’initialement destinées aux sportifs de haut niveau, trouvent des applications dans la médecine, l’appareillage et le loisir, se réjouit l’élu socialiste, la biomécanique est en effet essentielle à la fabrication de prothèses pour les individus dont la mobilité est altérée. Et les avancées technologiques, à l’instar des applications mobiles, sont déployées chez les amateurs d’activité physique. David Rose note toutefois « la question de la démocratisation et du coût de ces équipements ».

La « stratégie » française « d’intégration des sciences »

A l’approche des Jeux Olympiques à Paris, la France avait entrepris un renforcement de « sa stratégie d’intégration des sciences », félicite David Ros, inaugurant dès 2020 le programme prioritaire de recherche (PPR) « Sport de très haute performance », financé à hauteur de vingt millions d’euros sur cinq ans par le plan France 2030. En juillet de la même année, l’Agence nationale du sport (ANS), qui a vu le jour en 2019, a créé le Sport Data Hub (SDH) de manière à faciliter la collecte, et l’analyse de données pour proposer des solutions personnalisées, tenant compte de la concurrence internationale. Pour poursuivre cette impulsion, l’OPECST propose ainsi de « sanctuariser et élargir les programmes de recherche en lien avec le sport de très haut niveau tout en association davantage les fédérations » et de « renforcer l’expertise des fédérations et les moyens de l’Insep et de l’ANS ».

Mais des obstacles administratifs, culturels, financiers et organisationnels demeurent. Le sénateur de l’Essonne s’alarme de « lourdeurs administratives disproportionnées » provoquées par « l’application stricte de la loi Jardé ». Ce texte classifie, par le biais d’un comité de protection, les recherches impliquant la personne humaine, en fonction de leurs niveaux de risque et du degré d’intervention pour les participants. D’après le rapport, il convient de « veiller à ce que l’esprit de la loi […] soit respecté », tout en incitant ces comités à adapter leurs contrôles à la nature des projets.

Des « effets néfastes »

Cette « technologisation » des exploits sportifs ne va néanmoins pas sans « effets néfastes », met en garde le socialiste. Le sénateur de l’Essonne évoque d’abord un « renforcement des inégalités », entre les nations, les clubs et les fédérations selon leur développement et leur financement, mais aussi entre les hommes et les femmes, quand les spécificités physiologiques de ces dernières ont un impact sur leurs performances. L’accompagnement scientifique amène à un accroissement de la surveillance des athlètes et à la collecte de leurs données personnelles tout au long de la journée, souligne-t-il aussi, de quoi interroger sur leur conservation dans un cadre souverain, quand la majorité des entreprises qui les traitent et sauvegardent sont américaines ou australiennes.

Des impacts sanitaires sont aussi à craindre, avec une quête accrue de la performance au détriment de la santé des sportifs, les dérives vers le dopage et la recherche d’un « homme augmenté », accentuées par l’effacement des frontières entre la médecine thérapeutique et celle dite d’amélioration. Le sénateur PS déplore ainsi l’organisation « assez médiatisée » en mai 2026 à Las Vegas, des « Jeux augmentés […] subventionnés par des milliardaires américains ». L’OPECST s’inquiète aussi du fleurissement de pratiques « pseudo-scientifiques » relevant « souvent du charlatanisme », faute d’une régulation suffisante. En ce sens, l’organisation préconise de « réglementer la préparation mentale dans le sport et rationaliser les diplômes des préparateurs physiques ».

Paradoxalement, la sédentarité « de plus en plus prégnante dans nos sociétés »

Cet investissement dans les sciences ne saurait aussi s’accompagner de meilleures politiques publiques pour inciter à l’activité physique, signale David Ros, lorsque la sédentarité, « de plus en plus prégnante dans nos sociétés », constitue le quatrième facteur de risque de mortalité à l’échelle mondiale, avant le tabac. Pour « faire de la France une nation active », le rapport incite à « redonner sens à l’activité physique au quotidien » et à « promouvoir les recherches sur les modalités d’intervention pour réduire la sédentarité […], ainsi que sur la motivation et l’observance à long terme des stratégies mises en place ».

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