Medecin Generaliste nouvelle grille tarifaire
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« Une situation grave » : l’accès aux soins demeure difficile dans beaucoup de territoires, pointe un rapport

Le nouvel état des lieux de la fondation Jean Jaurès révèle des délais d’attente encore très importants dans certains territoires pour consulter un spécialiste de santé. Une situation qui ravive les débats sur la nécessité de contraindre les médecins à s’installer dans les déserts médicaux, alors qu’une proposition de loi en ce sens arrive au Sénat en juin.
Christian Mouly

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Nouvel état des lieux des difficultés d’accès aux professionnels de santé. La fondation Jean-Jaurès a publié ce mardi sa Carte de France 2026 de l’accès aux soins, vaste panorama des délais pour obtenir un rendez-vous par territoires et spécialités médicales. 234 millions de consultations, prises auprès de 80 000 professionnels en 2025 sur la plateforme Doctolib, ont été analysées, révélant des temps d’attente encore très importants par endroits et conduisant à un renoncement massif aux soins.

Pilier du système français, la médecine générale a vu ses délais se maintenir autour d’une durée médiane de 3 jours pour un rendez-vous. Mais derrière ce chiffre a priori positif, se cache des réalités plus contrastées sur le terrain, à l’heure où 6,7 millions de Français n’ont pas de médecin traitant déclaré.

Des écarts massifs entre les départements

Ainsi, « entre 2023 et 2025, 47 % des départements enregistrent une hausse des délais » médian pour les généralistes, « 49 % restent stables, et seulement 4 % connaissent une amélioration », pointe le rapport. L’année dernière, 35 % des rendez-vous ont eu lieu plus de 7 jours après sa réservation, en augmentation de 3 points.

Les autres professionnels de premiers recours, ceux que l’on consulte avant de se rendre éventuellement chez un spécialiste, maintiennent des délais inférieurs à 15 jours, que ce soit les kinés (6 jours), les pédiatres (8 jours), les dentistes (10 jours) ou les sages-femmes (12 jours).

Mais tout dépend où l’on habite. Les écarts entre les départements sont massifs, pouvant atteindre 1 à 10 en cardiologie ou 1à 30 en ophtalmologie. Pour cette dernière spécialité, l’attente n’est que de 5 jours en Seine-Saint-Denis, contre 153 jours dans le Gers. Sans véritablement dessiner une carte de France très claire, « chaque profession ayant sa propre géographie de l’accès aux soins », note l’étude.

Vieillissement

« Mais globalement, ceux qui ont les délais les plus courts sont les départements de la région Ile-de-France et la Seine-Maritime. Ceux ayant les plus longs sont les départements de la région Centre, avec quelques autres territoires par ailleurs, comme la Manche, qui souffrent d’un manque d’attractivité économique et d’un déclin démographique », précise à Public Sénat Joy Raynaud, géographe spécialiste de l’accès aux soins, coordinatrice de l’étude.

Certaines professions inquiètent particulièrement, notamment à la vue du vieillissement de la population. « Il faut tenir compte de ce virage majeur qu’on va vivre dans les prochaines années, notamment dans la cardiologie. Les maladies cardiovasculaires augmentent nettement avec l’âge et donc la demande de soin augmente. Alors que, dans le même temps, 300 cardiologues partent à la retraite chaque année pour un peu moins de 200 postes ouverts », poursuit la chercheuse.

63 % des patients ont renoncé à prendre rendez-vous

Résultat, la profession a vu ses délais, déjà longs, encore augmenter depuis deux ans, atteignant 42 jours. Dans l’Aude, l’Ariège, le Gers ou la Manche, ils dépassent allègrement les 90 jours. Autre profession en souffrance, la gynécologie voit ses délais diminuer de 2 jours en deux ans, à 19 jours.

Une attente qui décourage les patients : 63 % d’entre eux ont renoncé à chercher un rendez-vous au cours de l’année, la plupart parce que l’horaire proposé ne correspond pas à leur emploi du temps. Ce sont ainsi les cadres (71 %) et les 25-34 ans (75 %) qui renoncent le plus, même dans les zones urbaines pourtant mieux dotées.

« On est dans une situation grave, explosive »

Rien d’étonnant, d’après le sénateur LR Bruno Rojouan, puisque « nous avons autant de médecins que dans les années 1970 alors que la population a augmenté de 15 millions d’habitants et qu’elle a beaucoup vieilli ». Lui et son collègue Philippe Mouillé, à l’initiative d’une proposition de loi contre les déserts médicaux, souhaitent exiger des médecins qui s’installent dans un territoire déjà bien pourvu qu’ils exercent en parallèle, quelques jours par mois, dans une zone en tension via un cabinet secondaire. Une mesure de « semi-régulation » à laquelle François Bayrou, alors Premier ministre, avait ouvert la porte, mais qui n’a finalement jamais été inscrite à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale.

Pas suffisant pour la gauche sénatoriale. « Tous les remèdes et petites mesures qui ont été mis en place ces dernières n’ont aucune conséquence et ne parviennent pas à reverser la vapeur », tance le sénateur socialiste Jean-Luc Fichet, en référence notamment à la création du statut de médecin junior, qui oblige les étudiants en dernière année de médecine à s’installer dans un « désert médical ». Lui souhaite contraindre davantage les médecins titulaires dans leur installation en début de carrière.

La contrainte d’installation en débat

« On est dans une situation grave, explosive. Mais les contraintes, la profession n’en veut absolument pas, alors que toutes leurs études sont payées par l’Etat, que les jeunes médecins disposent de primes à l’installation et de vingt-cinq dispositifs de soutien différents », regrette le sénateur du Finistère, qui soutiendra la proposition de loi transpartisane adoptée à l’Assemblée nationale sur la mise en place d’une contrainte d’installation. Lancée sous l’impulsion du député PS Guillaume Garot, elle sera examinée au Sénat le 11 juin prochain.

La majorité sénatoriale s’y opposera au nom de la liberté des médecins. « Il y a des critères sur lesquels le politique n’a pas la main. Ce n’est pas critiquable en soi, ce sont les choix des professionnels de santé », argue la sénatrice Corinne Imbert (LR). De fait, toutes les organisations de médecins sont vent debout contre ce type de contraintes. La droite préfère miser sur l’augmentation du nombre d’étudiants formés en médecine : « Dans cinq ou six ans, on va retrouver sur le territoire un nombre de médecins qui correspond à la taille de la population », assure Bruno Rojouan.

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