Capture d’écran du documentaire « La France catholique face à la Shoah »

1940 « une apathie profonde s’est abattue sur la France » se désole Serge Klarsfeld « on s’inquiète pour les prisonniers de guerre français mais pas pour les juifs étrangers persécutés »

Juin 1940, dans une ambiance d’exode et de chaos, la France signe l’armistice avec l’Allemagne. Elle a perdu la guerre… la moitié de son territoire est occupée et au Sud, en zone libre, la France collaborationnisme de Vichy se met en place. Dès lors, l’Eglise est soumise à une forte pression de la part des nazis et du gouvernement français. Mais comment le peuple catholique qui représente 90% des Français réagit-il face à l’antisémitisme d’État puis à partir de 1942 face aux colossales rafles et la mise à mort des juifs ? Dans « La France catholique face à la Shoah », la réalisatrice Marie-Christine Gambart nous plonge dans cette époque trouble.
Marie Lebon

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Au début de la Seconde Guerre mondiale, l’Eglise fait partie intégrante de la France que veut construire le maréchal Pétain. Lui qui n’est pas croyant « a besoin de piliers sur lesquels s’appuyer, l’Eglise en est un », explique l’historien Tal Bruttmann. A l’époque, 90% des Français sont catholiques et cette religion rythme encore la vie, les saisons, influence la société.
Les principaux chefs de l’Eglise, cardinaux en tête, se rangent alors derrière le Maréchal Pétain, détenteur des pleins pouvoirs, et demande aux fidèles de lui obéir, face à l’antisémitisme d’État, de nombreux Français semblent comme anesthésiés.
Vichy instrumentalise l’Eglise pour qu’elle lui fournisse « une armature morale au redressement national » analyse l’historien du catholicisme Denis Pelletier, cependant, « très tôt aussi, poursuit-il, il y a un écart entre ceux qui pensent parler au nom des catholiques et une partie d’entre eux. Comme la France est majoritairement catholique, sa réaction n’est pas différente de celle des Français en général et l’on constate un refus spontané de la collaboration ».

« Une apathie profonde s’est abattue sur la France »

3 octobre 1940, Vichy adopte le statut de juifs. Inquiet des conséquences sur l’opinion, le gouvernement avait sondé au préalable les évêques. « Aucun ne conteste le principe d’une loi raciale » pointe le documentaire. Pour Serge Klarsfeld, « l’Eglise a admis le statut des juifs en considérant qu’ils appartenaient à une communauté internationale et que l’on pouvait prendre des précautions contre des gens qui pouvaient faire du mal aux intérêts de la Nation ».
A l’image du nonce Valério Valéri, représentant du Pape Pie XII en France, les hauts dignitaires de l’Eglise catholique approuvent pleinement cette discrimination et dès l’automne 1940, Vichy commence à interner en masse les juifs étrangers dans des conditions effroyables. « Une apathie profonde s’est abattue sur la France » se désole Serge Klarsfeld « on s’inquiète pour les prisonniers de guerre français mais s’alarmer pour des étrangers, ce n’était pas suffisant pour éveiller la sensibilité des Français et des religieux catholiques ».

Capture d'écran du documentaire « La France catholique face à la Shoah »

Il faut attendre novembre 1941 pour qu’un ecclésiastique, Pierre Chaillet lance avec d’autres Lyonnais une revue clandestine « Cahiers du témoignage chrétien » qui dénonce la politique de Vichy puis les grandes rafles de décembre 1941, juin 1942 et surtout celle du 26 août 1942 pour que certains cardinaux de France s’opposent ouvertement à Vichy et aux nazis.

« Les juifs sont nos frères, un chrétien ne peut l’ignorer »

Pour la première fois une protestation publique s’exprime par la voix de l’archevêque de Toulouse, Jules Saliège, trois jours avant la grande rafle : « Les juifs sont nos frères comme tant d’autres, un chrétien ne peut l’ignorer » écrit-il. Vichy bouillonne ! La lettre est même lue à la BBC et sera le tract le plus diffusé de la résistante. « Un message puissant, la première fois que la protestation de l’Eglise est rendue publique » rappelle le politologue Wolfgang Seibel.

Malgré tout, le maréchal Pétain continue à collaborer contre les juifs de France et plus de 6 000 d’entre eux sont arrêtés à la fin de l’été 1942… la moitié des prévisions des fascistes.
A Marseille, Montauban ou même Lyon, d’autres évêques protestent. Car avec l’invasion de la zone libre, les juifs sont plus que jamais pris au piège. L’évêque de Nice accepte de cacher les enfants au sein même de l’évêché. On s’organise pour en sauver le plus possible, pour les cacher dans des familles ou des couvents… en attendant la fin de ce conflit meurtrier. Mais la dernière année de l’occupation est terrible, la gestapo entre dans les monastères, déporte les résistants catholiques qui aident les juifs. « L’honneur de l’Eglise est sauvé mais le tribut payé par les résistants est important » souligne l’historienne Renée Poznanski. Après avoir soutenu le maréchal Pétain en 1940, l’action des ecclésiastiques et des catholiques a pesé tout de même au moment tragique des rafles et freiné les plans nazis.

Capture d'écran du documentaire « La France catholique face à la Shoah »

A la libération, peu d’évêques sont écartés, l’Eglise reste l’un des piliers de la société. De Gaulle, catholique, ne peut pas se permettre un affrontement.
L’Eglise de France, elle, exprimera ces regrets en 1997.

Retrouvez le documentaire « La France catholique face à la Shoah » samedi 2 septembre à 21h puis en replay sur notre site internet ici.

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Le deal implique l’achat « à vie » par le fonds de 13 % du capital d’une nouvelle société à peine créée, la LFP Media, filiale de la Ligue en charge de commercialiser les droits TV, ainsi que de la gestion du marketing et de la publicité. En échange, CVC Capital partners a versé 1,5 milliard d’euros à une Ligue exsangue à la sortie du covid, à la recherche de liquidités. Parmi ce 1,5 milliard, 1,130 a été réparti entre les clubs, de manière inégale en fonction du prestige de chacun. Le PSG a ainsi touché 200 millions d’euros, quand les clubs de Ligue 2 ont touché 3 millions d’euros. Cette vente est très contestée par certains, comme l’ancien patron de l’Olympique de Marseille (OM) Christophe Bouchet. Il affirme qu’elle est déséquilibrée en faveur de CVC. Une enquête du Parquet national financier (PNF) a d’ailleurs été ouverte à ce sujet, notamment pour « détournement de fonds publics ». Une autre procédure judiciaire vise cet accord : celle du club du Havre, qui s’estime floué dans l’accord, car il n’a touché d’1,5 million d’euros. L’arrivée de CVC au capital de LFP Media est intervenue en pleine crise pour la LFP. En 2020, pendant la pandémie, les matches en France ont été arrêtés un temps, avant de reprendre à huis clos. Puis Mediapro, diffuseur de la Ligue, a fait défaut, engendrant une chute de près de 50 % pour les droits TV du football français. Vincent Labrune, président de la Ligue, avait chiffré la perte pour les clubs à 1,8 milliard d’euros depuis 2019. C’est dire si en 2022 ces derniers étaient aux abois et cherchaient une solution. « Le football français ne vit-il pas au-dessus de ses moyens ? » C’est une tâche ardue que d’enquêter sur cette chronologie, qui implique de multiples acteurs, jusqu’à l’Elysée ont dit certains, mais les sénateurs s’y sont attelés avec minutie. C’est qu’en 2022, la Chambre haute avait adopté un texte de loi autorisant la Ligue à créer sa filiale commerciale, ensuite cédée en partie à CVC, à condition qu’elle conserve 80 % de son capital. Les auditions sénatoriales interviennent également à un moment clé de l’accord : à la saison prochaine, le fonds d’investissement commencera à percevoir ses dividendes, en plus de ceux qui avaient été reportés dans le temps. Ce sont 105 millions d’euros qu’il devrait percevoir au titre de dividendes différés, précise Laurent Lafon en début d’audition. « Le football français ne vit-il pas au-dessus de ses moyens ? », interroge-t-il. Une belle entrée en matière. Il faut dire que les complexités du dossier sont bien maîtrisées par les sénateurs. Cette table ronde est la huitième audition publique de la commission d’enquête, qui a déjà entendu toute une série d’acteurs, de l’ancienne ministre des Sports Roxana Maracineanu à Jaume Rourès, patron de Mediapro. La table ronde de ce jeudi débute cependant dans une certaine tension. En effet, Michel Savin ouvre le bal des questions en expliquant que les présidents de clubs auditionnés ont eux-mêmes sollicité leur audition, par l’envoi de courriers « presque identiques ». « Les courriers que nous avons reçus semblent être une démarche concertée », interroge le rapporteur, « avez-vous participé à du media training en préparation de cette audition ? ». « Pas besoin », lui répond-on en face. Dans leur réponse, les patrons des clubs se défendent de toute opération de séduction concertée. « L’émotion a été forte [quand on a vu cette commission d’enquête se créer] », a expliqué Joseph Oughourlian, président du RC Lens. Olivier Letang (LOSC) parle de l’inquiétude d’un « procès à charge » contre les présidents de club. Surtout, ce qui les a fâchés, ce sont les auditions de Christophe Bouchet, ancien patron de l’OM, et auteur de Main basse sur l’argent du foot français, où il dénonce l’accord passé avec CVC, ainsi que de Jean-Michel Roussier, président du Havre Athletic Club (HAC), qui a dénoncé devant la justice la somme perçue par son club dans le cadre du deal. L’un est décrit comme une personne « qui était aux affaires mais qui ne l’est plus depuis 20 ans, on peut imaginer qu’il n’est plus vraiment au fait de ce qu’est un club », l’autre de « président de chaînes qui ont toutes fait faillite ». Le ton était donné. Accord avec Mediapro : « Ce n’était pas une bonne idée » Premier sujet abordé par Michel Savin et Laurent Lafon : les enseignements tirés du retrait de Mediapro de l’accord qu’il avait avec la Ligue. En 2021, après la défaillance de ce dernier, la Ligue avait été contrainte de vendre ses droits in extremis à Canal + à prix cassé. Quelques mois plus tard, c’est Amazon qui récupère 80 % de la Ligue 1, au détriment de Canal +, qui ne garde que deux matches de L1. Au total, la LFP, qui espérait toucher un milliard par an de la part de Mediapro, se retrouve avec 663 millions d’euros. Les présidents de clubs ont tous fait valoir la difficulté de la période. L’arrêt des championnats, le covid, a porté un coup conséquent aux clubs. « La Ligue 1 a particulièrement souffert par rapport à la Ligue 2 », explique Jean-Pierre Caillot, à cause des salaires des joueurs, qui sont faramineux en Ligue 1, et qui ne peuvent pas être couverts par les aides mises en place par l’Etat à l’époque. « Les clubs ne pouvaient même pas ouvrir de compte bancaire », se souvient Maarten Petermann. Ce dernier interroge la crédibilité de Mediapro dès le départ, alors qu’un deal similaire à celui de la France avait été refusé en Italie. Joseph Oughourlian le qualifie « d’erreur », bien qu’il ne fût pas présent au moment de sa conclusion. « Je ne les connais que trop bien », explique-t-il, « je connais très bien leur réputation en Espagne. Donner 80 % de vos droits à un groupe qui n’a pas bonne réputation, qui ne vous donne pas les garanties financières, et qui n’est pas solide financièrement, ce n’était pas une bonne idée ». Accord avec CVC : « Une nouvelle inespérée » Les présidents de club ont tous, à l’unanimité, défendu l’accord passé avec CVC, dans une période de grande détresse. Le patron du RC Lens a défendu un « cercle vertueux » : « Le prix dans notre métier détermine le produit : si on a plus d’argent pour les droits, on investit, on est meilleurs, les gens regardent. C’est ce qu’il s’est passé en Angleterre avec Sky. C’est ça le deal avec CVC ». Les présidents en sont convaincus, malgré les garanties de protection que CVC a incluses au contrat, qui inquiètent les sénateurs, cet accord n’est pas une sortie de crise négociée à la va-vite par des clubs aux abois. Balayées aussi les accusations de pression auprès des présidents de clubs réticents à l’accord à l’époque de son vote. « Personne n’avait un revolver sur la tempe pour signer, tout le monde a pensé à l’intérêt général », a assuré Jean-Pierre Caillot. « Quand CVC vient mettre 1,5 milliard sur la table pour les clients français, c’est une nouvelle inespérée », s’est enthousiasmé Joseph Oughourlian. Ce dernier dénonce le manque d’investissements des sociétés nationales dans le football français. « On ne regarde pas avec bienveillance le foot », a-t-il regretté. Ils ont tous par ailleurs défendu la répartition inégale entre les clubs des fonds apportés par Mediapro. « Nous avons fait le choix de l’élitisme : nous espérons un ruissellement vers l’ensemble des clubs dans le cas où le plan proposé réussirait », a expliqué Jean-Michel Aulas. L’incertitude demeure entière sur l’attribution des droits 2024-2029 Autre sujet ultrasensible abordé par les sénateurs de la commission d’enquête : la valorisation des droits TV du football français pour la saison à venir. Alors que les négociations pour les droits sur la période 2024-2029 sont en cours, ce point est crucial. Dans le plan d’affaires prévisionnel présenté à CVC en 2022, la LFP a chiffré la valeur de ses droits à 863 millions d’euros. Les chiffres récemment ébruités dans la presse font plutôt écho d’une valeur aux alentours de 500 millions. Alors que les sénateurs interrogeaient les présidents sur cet écart, la situation s’est tendue. « C’est le marché », a répondu Jean-Michel Aulas, « CVC n’était pas seul à évaluer le foot français de cette manière à l’époque. La complexité de la valorisation n’est pas liée uniquement aux nombres d’abonnés, il y a aussi la technologie. Le plan d’affaires de CVC était et est rationnel dans son approche. A l’époque, je n’imaginais pas un instant que nous ayons fait une erreur d’évaluation ». Le patron du Stade de Reims s’est agacé : « Vous êtes en train de parler des droits TV en fonction de ce que vous lisez dans les journaux, mais ils ne sont pas fixés ». Pour le président du RC Lens, cette apparente survalorisation n’a rien d’étonnant : « Quand on vend ses affaires à quelqu’un, on fait des plans ambitieux. Nous, on a fait une bonne affaire ». Le même a aussi asséné : « Je trouve paradoxal de venir regarder le prix du deal avec CVC comme si on venait regarder le prix du sucre ou du lait, en demandant si vous avez payé le bon prix. Ça ne marche pas comme ça dans ce métier ». Il a été immédiatement rappelé à l’ordre par Laurent Lafon, le président de la commission d’enquête et de la commission de la culture du Sénat. « La ligue est une émanation de la Fédération française de football, qui elle-même descend du ministère des Sports, ce que vous faites est lié avec l’Etat il est normal, en tant que parlementaires, que l’on vous interroge sur ce que vous en faites. La question sur la somme et l’engagement pris il y a deux ans est légitime, alors que le président de la Ligue a dit qu’il y aurait maximum 500 millions », a-t-il répondu. La tension de cet échange traduit le caractère stratégique de l’enjeu de la valorisation des droits TV de la Ligue 1. Alors que les négociations avec Canal + sont à un point d’arrêt, la LFP a fait part de sa volonté de créer une chaîne pour diffuser tous les matches de Ligue 1. L’espoir pour les présidents de revenir sur la « confusion » créée lors de la dernière attribution, qui a vu l’éparpillement des diffuseurs.

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