Cityscapes
Grand Plage, with Hotel du Palais, Biarritz, Cote Basque, Aquitaine, Departement Pyrenees-Atlantiques, Nouvelle-Aquitaine, France, Europe/ibxdwb05107740/imageBROKER.com/Bildverlag Bahnmueller/SIPA/2011161534

A Biarritz, la mairie sommée par la justice de changer le nom du quartier « La Négresse »

Le tribunal administratif d’appel de Bordeaux, saisi par une association, demande à la mairie de changer le nom de ce quartier de la ville, jugeant le terme « de nature à porter atteinte à la dignité de la personne humaine ». La maire LR, Maïder Arosteguy, « regrette cette décision », expliquant que « ce nom est issu d’une tradition qui n’est absolument pas raciste ». Elle n’exclut pas de déposer un recours devant le Conseil d’État.
François Vignal

Temps de lecture :

5 min

Publié le

C’est un quartier bien connu des Biarrots. Celui de « La Négresse ». La cour administrative d’appel de Bordeaux vient d’ordonner, ce jeudi, à la ville de Biarritz de débaptiser son quartier qui porte le nom de « La Négresse ».

C’est l’association bordelaise Mémoires et Partages, qui promeut le travail de mémoire sur la colonisation et l’esclavage, qui avait demandé à la maire LR, Maider Arosteguy, d’abroger deux délibérations de 1861 et 1986 ayant baptisé du nom « La Négresse » un quartier et une rue de la ville. « Un sobriquet raciste et sexiste », dénonce l’association.

« Caractère offensant à l’égard des personnes d’origine africaine », pointe le tribunal

La maire ayant refusé, l’association avait saisi le tribunal administratif de Pau, qui avait dans un premier temps rejeté son recours lors d’un jugement du 21 décembre 2023. Elle avait ensuite fait appel de cette décision. La cour d’Appel donne finalement raison à l’association, comme elle l’explique dans son arrêt : « La cour juge que, quelles que soient l’origine supposée de cette appellation et sa dimension historique revendiquée par la commune de Biarritz, le terme ‘‘La Négresse’’ évoque aujourd’hui, de façon dévalorisante, l’origine raciale d’une femme dont l’identité n’a d’ailleurs pas été formellement identifiée. Ce terme est ainsi de nature à porter atteinte à la dignité de la personne humaine et peut être perçu par la population, qu’elle soit résidente ou de passage, comme comportant un caractère offensant à l’égard des personnes d’origine africaine ».

« En conséquence, la cour annule la décision attaquée et enjoint à la maire de la commune de Biarritz de saisir, dans un délai de trois mois, le conseil municipal, seul compétent pour décider de modifier le nom d’un lieu-dit situé sur le territoire de la commune, pour qu’il procède à l’abrogation des délibérations » en question, précise l’instance judiciaire. A l’audience, le 16 janvier, la rapporteure publique, dont l’avis est généralement suivi, avait estimé que « l’évolution sémantique » du mot lui confère aujourd’hui une « connotation insultante » pouvant « porter atteinte à la dignité humaine ».

« Ce personnage est une légende urbaine, le symbole d’une femme qui s’est affranchie de ses carcans, qui s’est rebellée contre le statut d’esclave » selon la maire Maïder Arosteguy

La maire Maïder Arosteguy a dit sur BFMTV « regretter cette décision » de justice. L’élue LR va « probablement » déposer un recours devant le Conseil d’État. « Nous y réfléchissons, mais je pense que nous irons tenter de convaincre la justice de changer sa décision », affirme la maire de Biarritz.

Elle soutient que ce nom n’a « pas de connotation raciste ». « C’est une appellation historique, beaucoup de Biarrots y sont attachés », ajoute-t-elle, expliquant que « ce personnage est une légende urbaine, le symbole d’une femme qui s’est affranchie de ses carcans, qui s’est rebellée contre le statut d’esclave ». « Il y a bien sûr des personnes qui sont choquées mais ce sont des personnes qui ne connaissent pas l’histoire de la ville, notre culture, nos traditions », insiste Maïder Arosteguy, qui explique encore que « ce nom est issu d’une tradition qui n’est absolument pas raciste, à nous de l’expliquer, à nous de convaincre ».

« Une décision très théorique, qui répond à l’air du temps », dénonce le sénateur LR Max Brisson

Le sénateur LR des Pyrénées-Atlantiques, Max Brisson, dénonce lui « une décision très théorique, qui répond à l’air du temps, mais qui n’a pas grand intérêt ». « Il y a une toute petite rue qui porte le nom. Mais le quartier s’appelle ainsi sans que ce soit écrit sur les panneaux. Le tribunal pourra prendre toutes les décisions qu’il veut, les gens continueront d’appeler le quartier ainsi, car ça fait 150 ans que c’est ainsi », lance l’élu de la ville.

Soulignant que le nom viendrait d’une femme qui travaillait dans une auberge et qui servait du vin à l’armée napoléonienne en 1814, il ajoute que « ça n’a aucun lien avec le commerce triangulaire. Il y avait un port de pêche à Biarritz, pas de port de commerce ».

« Dans ce cas, il faut aussi rebaptiser le Cap nègre. Et en gascon, noir se dit nègre et il n’y a aucune considération raciste », remarque le sénateur LR, qui ajoute encore : « D’une manière générale, je m’oppose à toutes les déconstructions et toutes les réécritures de l’histoire. Je suis un adepte du grand historien Marc Bloch, qui disait que le pire péché pour les historiens, c’est l’anachronisme. Arrêtons de mettre des lunettes d’aujourd’hui pour juger le passé ».

« Il est de notre devoir d’arriver au respect de la personne humaine, en fonction de sa couleur de peau », souligne la sénatrice Denise Saint-Pé

Pour sa part, la sénatrice centriste des Pyrénées-Atlantiques, Denise Saint-Pé, dit « ne jamais contester une décision de justice ». « Mais je temporiserais quand même en disant qu’on a eu tellement l’habitude d’appeler ce quartier La Négresse, que je n’y vois pas une insulte à la personne humaine. Mais je comprends l’évolution du droit du respect de la personne humaine », réagit la sénatrice du groupe Union centriste, pour qui « il est de notre devoir d’arriver au respect de la personne humaine, en fonction de sa couleur de peau ».

Partager cet article

Dans la même thématique

INDRE : Pregnant and confined.
7min

Société

« Du plancher collant au plafond de mère » : la maternité, un des principaux facteurs d’inégalité entre les femmes et les hommes

Alors que les nombreux débats autour de la démographie et de la natalité en France ont émergé ces derniers mois, ce mercredi 9 septembre, le Haut Conseil à l’égalité (HCE) a publié un rapport de 166 pages rappelant que la maternité est aujourd’hui l’un des principaux facteurs de persistance des inégalités socio-économiques entre les femmes et les hommes.

Le

A Biarritz, la mairie sommée par la justice de changer le nom du quartier « La Négresse »
8min

Société

Périscolaire : à Paris, la procureure face à « une massification des signalements »

Face à la multiplication des affaires de violences sexuelles dans le périscolaire, à Paris, la procureure de la République du tribunal de Paris, Laure Beccuau, reconnaît qu’« il faut restaurer la confiance ». Avec « 2.900 enquêtes en cours » sur les violences sexuelles subies par les mineurs, « les violences périscolaires, c’est à peu près 10 % des dossiers », souligne-t-elle. Soit « 235 enquêtes pénales ouvertes par le parquet de Paris pour violences en milieu scolaire et périscolaire », précise la sénatrice LR, Agnès Evren.

Le

A Biarritz, la mairie sommée par la justice de changer le nom du quartier « La Négresse »
4min

Société

Handicap : « L’inclusivité doit être au cœur de cette campagne présidentielle », espère Emmanuel Macron

A l’occasion de la 7e Conférence national du handicap, Emmanuel Macron a dressé le bilan de son action en la matière, avec une école plus inclusive et un meilleur taux d’emploi des personnes en situation de handicap. Mais beaucoup reste à faire en matière d’accessibilité. Une « nouvelle stratégie nationale pour l’autisme et les troubles du neurodéveloppement » sera présentée d’ici la fin de l’année.

Le

France Macron
5min

Société

Interdiction des téléphones portables, questionnaire sur les violences sexuelles ...Toutes les nouveautés à l’école en cette rentrée 2026 

Ce sont au total 11 607 600 élèves qui ont effectué leur rentrée scolaire aujourd’hui, dans les 57 700 écoles et établissements scolaires de France. Interdiction des téléphones portables, questionnaire sur les violences sexistes et sexuelles : zoom sur toutes les nouveautés de ce mois de septembre 2026.

Le