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A Biarritz, la mairie sommée par la justice de changer le nom du quartier « La Négresse »

Le tribunal administratif d’appel de Bordeaux, saisi par une association, demande à la mairie de changer le nom de ce quartier de la ville, jugeant le terme « de nature à porter atteinte à la dignité de la personne humaine ». La maire LR, Maïder Arosteguy, « regrette cette décision », expliquant que « ce nom est issu d’une tradition qui n’est absolument pas raciste ». Elle n’exclut pas de déposer un recours devant le Conseil d’État.
François Vignal

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C’est un quartier bien connu des Biarrots. Celui de « La Négresse ». La cour administrative d’appel de Bordeaux vient d’ordonner, ce jeudi, à la ville de Biarritz de débaptiser son quartier qui porte le nom de « La Négresse ».

C’est l’association bordelaise Mémoires et Partages, qui promeut le travail de mémoire sur la colonisation et l’esclavage, qui avait demandé à la maire LR, Maider Arosteguy, d’abroger deux délibérations de 1861 et 1986 ayant baptisé du nom « La Négresse » un quartier et une rue de la ville. « Un sobriquet raciste et sexiste », dénonce l’association.

« Caractère offensant à l’égard des personnes d’origine africaine », pointe le tribunal

La maire ayant refusé, l’association avait saisi le tribunal administratif de Pau, qui avait dans un premier temps rejeté son recours lors d’un jugement du 21 décembre 2023. Elle avait ensuite fait appel de cette décision. La cour d’Appel donne finalement raison à l’association, comme elle l’explique dans son arrêt : « La cour juge que, quelles que soient l’origine supposée de cette appellation et sa dimension historique revendiquée par la commune de Biarritz, le terme ‘‘La Négresse’’ évoque aujourd’hui, de façon dévalorisante, l’origine raciale d’une femme dont l’identité n’a d’ailleurs pas été formellement identifiée. Ce terme est ainsi de nature à porter atteinte à la dignité de la personne humaine et peut être perçu par la population, qu’elle soit résidente ou de passage, comme comportant un caractère offensant à l’égard des personnes d’origine africaine ».

« En conséquence, la cour annule la décision attaquée et enjoint à la maire de la commune de Biarritz de saisir, dans un délai de trois mois, le conseil municipal, seul compétent pour décider de modifier le nom d’un lieu-dit situé sur le territoire de la commune, pour qu’il procède à l’abrogation des délibérations » en question, précise l’instance judiciaire. A l’audience, le 16 janvier, la rapporteure publique, dont l’avis est généralement suivi, avait estimé que « l’évolution sémantique » du mot lui confère aujourd’hui une « connotation insultante » pouvant « porter atteinte à la dignité humaine ».

« Ce personnage est une légende urbaine, le symbole d’une femme qui s’est affranchie de ses carcans, qui s’est rebellée contre le statut d’esclave » selon la maire Maïder Arosteguy

La maire Maïder Arosteguy a dit sur BFMTV « regretter cette décision » de justice. L’élue LR va « probablement » déposer un recours devant le Conseil d’État. « Nous y réfléchissons, mais je pense que nous irons tenter de convaincre la justice de changer sa décision », affirme la maire de Biarritz.

Elle soutient que ce nom n’a « pas de connotation raciste ». « C’est une appellation historique, beaucoup de Biarrots y sont attachés », ajoute-t-elle, expliquant que « ce personnage est une légende urbaine, le symbole d’une femme qui s’est affranchie de ses carcans, qui s’est rebellée contre le statut d’esclave ». « Il y a bien sûr des personnes qui sont choquées mais ce sont des personnes qui ne connaissent pas l’histoire de la ville, notre culture, nos traditions », insiste Maïder Arosteguy, qui explique encore que « ce nom est issu d’une tradition qui n’est absolument pas raciste, à nous de l’expliquer, à nous de convaincre ».

« Une décision très théorique, qui répond à l’air du temps », dénonce le sénateur LR Max Brisson

Le sénateur LR des Pyrénées-Atlantiques, Max Brisson, dénonce lui « une décision très théorique, qui répond à l’air du temps, mais qui n’a pas grand intérêt ». « Il y a une toute petite rue qui porte le nom. Mais le quartier s’appelle ainsi sans que ce soit écrit sur les panneaux. Le tribunal pourra prendre toutes les décisions qu’il veut, les gens continueront d’appeler le quartier ainsi, car ça fait 150 ans que c’est ainsi », lance l’élu de la ville.

Soulignant que le nom viendrait d’une femme qui travaillait dans une auberge et qui servait du vin à l’armée napoléonienne en 1814, il ajoute que « ça n’a aucun lien avec le commerce triangulaire. Il y avait un port de pêche à Biarritz, pas de port de commerce ».

« Dans ce cas, il faut aussi rebaptiser le Cap nègre. Et en gascon, noir se dit nègre et il n’y a aucune considération raciste », remarque le sénateur LR, qui ajoute encore : « D’une manière générale, je m’oppose à toutes les déconstructions et toutes les réécritures de l’histoire. Je suis un adepte du grand historien Marc Bloch, qui disait que le pire péché pour les historiens, c’est l’anachronisme. Arrêtons de mettre des lunettes d’aujourd’hui pour juger le passé ».

« Il est de notre devoir d’arriver au respect de la personne humaine, en fonction de sa couleur de peau », souligne la sénatrice Denise Saint-Pé

Pour sa part, la sénatrice centriste des Pyrénées-Atlantiques, Denise Saint-Pé, dit « ne jamais contester une décision de justice ». « Mais je temporiserais quand même en disant qu’on a eu tellement l’habitude d’appeler ce quartier La Négresse, que je n’y vois pas une insulte à la personne humaine. Mais je comprends l’évolution du droit du respect de la personne humaine », réagit la sénatrice du groupe Union centriste, pour qui « il est de notre devoir d’arriver au respect de la personne humaine, en fonction de sa couleur de peau ».

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