A Roubaix, un jardin partagé fait refleurir la démocratie

A Roubaix, un jardin partagé fait refleurir la démocratie

Dans de nombreux endroits en France, des habitants s’engagent localement dans la création de lieux de vie qui mêlent convivialité et écologie. C’est le cas de Pierre Wolf, Roubaisien faisant partie du Collectif des paysans urbains du Trichon. Au sein de cette association, il coordonne le projet de ferme urbaine, un projet de transition et d’entraide sur un ancien parking désaffecté une expérience de démocratie locale inspirante pour le sénateur Éric Kerrouche invité à débattre dans l’émission Dialogue citoyen.
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Par Nils Buchsbaum et Pierre Bonte-Joseph

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Aujourd’hui il y a des fleurs, des poules, quelques chaises, et un air de fête au milieu de la brique de Roubaix. Un jardin partagé comme il en existe des milliers en France, avec la ferme intention de devenir aussi un lieu de production maraîcher. Sauf qu’ici tout a été pensé ensemble, association, habitants, élus un projet co-construit.

L’histoire d’un jardin qui fait germer l’idée de démocratie

« Tout cela est une histoire collective avec des gens qui ont des idées politiques au sens noble et des ambitions et des gens qui habitent le quartier, qui sont moins politisés mais avec qui, petit à petit, on renoue des liens et fabrique de la démocratie ». Ce projet collectif veut partir de ce qui existe à Roubaix, de ses habitants et de leurs envies pour réinvestir des lieux sans usage.

« Petit à petit on renoue des liens et on fabrique de la démocratie », Pierre Wolf coordonnateur du projet du « jardin du Trichon ».

Ils occupent maintenant un ancien parking sur lequel ils ont reconstitué « un sol sain et fertile pour y produire des légumes, installer des maraîchers ». Pierre Wolf résume ainsi les questions et les initiatives que se posent les personnes engagées dans l’association : « Comment on fait à partir de cet existant pour refaire un bout de quartier et de l’énergie positive ? »

Le « jardin partagé du Trichon » réunit une trentaine d’adhérents et des habitants autour d’un projet de développement alternatif qui renforcent les liens et la coopération entre les citoyens « On cherche à tester un autre mode de développement compte tenu de la situation climatique. Nous sommes obligés de trouver d’autre modèle, mais on ne peut pas le faire ici à Roubaix sans dialoguer avec les institutions. »

Sortir de l’impasse du conflit avec les autorités

L’association dont fait partie Pierre Wolf a signé une charte de co-construction avec la ville de Roubaix et la métropole européenne de Lille, les différents porteurs de projets économiques, des associations et le bailleur social. Un mode d’action partagé qui sort du conflit habituel entre les associations militantes et les élus pour Pierre Wolf : « Nous reconnaissons que nous avons un problème, nous avons des « délaissés urbains » qui ne trouvent pas d’usage et on pourrait en faire quelque chose. Seul, personne n’a vraiment la solution, pas plus les institutions que nous. On se reconnaît partie prenante légitime de ce qui se passe, même si évidemment une petite association n’a pas le même pouvoir qu’une ville, mais on a la même place autour de la table de la discussion », explique-t-il.

« Seul, personne n’a vraiment la solution, pas plus les institutions que nous », Pierre Wolf coordonnateur du projet du « jardin du Trichon ».

Pour Éric Kerrouche, sénateur socialiste des Landes, le mouvement de ces citoyens qui s’organisent entre eux n’est pas en contradiction avec son travail d’élu. « Nous, les élus, sommes issus d’une logique délibérative, représentative […] Il y a cette idée qu’en tant qu’élu, on monopolise l’espace de la représentation et on demande au citoyen d’être un intermittent de la démocratie, d’être là au seulement au moment du vote. » Pour l’élu il faut sortir de la verticalité du pouvoir et offrir aux citoyens la possibilité d’être plus souvent associés aux pratiques de gouvernement par leur montée en expertise et en pratique : « Ce qu’il faut réussir à faire c’est tisser ensemble une histoire qui est complètement différente de celle que l’on a vécue jusqu’à présent. On est dans cette phase de renouveau, et je crois qu’il faut qu’on sache l’accepter, à la fois les élus mais également les citoyens. »

Les élus doivent partager le pouvoir

Le sénateur socialiste affirme que cette complémentarité, parfois difficile à mettre en œuvre, est la voie à suivre. « C’est un échange et une construction sur un objet public, pas avec les mêmes niveaux d’autorité, mais avec des gens qui apportent une expertise différente et des vues complémentaires de celles qu’on peut avoir dans une institution. »

Et Pierre Wolf de conclure : « Cela a l’air d’être le monde de oui-oui ce que j’ai raconté mais c’est une petite conjonction très fragile […] Ce n’est jamais tout rose ; la question du politique, la question de la coopération, la question de la résolution des conflits se pose au sein de toutes les associations entre les individus qui agissent. » Preuve que le conflit n’est pas le seul moyen d’arriver à ses fins.

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