Allongement des délais d’IVG : le revirement du gouvernement
Changement de pied de la part de l’exécutif qui a décidé lundi soir d’inscrire la proposition de loi permettant l’allongement de la durée légale de l’IVG, de 12 à 14 semaines, au Sénat. Emmanuel Macron s’était pourtant prononcé contre ce texte à plusieurs reprises. Pour Patrick Kanner, le président du groupe PS du Sénat, la campagne présidentielle n’y est pas pour rien.

Allongement des délais d’IVG : le revirement du gouvernement

Changement de pied de la part de l’exécutif qui a décidé lundi soir d’inscrire la proposition de loi permettant l’allongement de la durée légale de l’IVG, de 12 à 14 semaines, au Sénat. Emmanuel Macron s’était pourtant prononcé contre ce texte à plusieurs reprises. Pour Patrick Kanner, le président du groupe PS du Sénat, la campagne présidentielle n’y est pas pour rien.
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Ce pourrait être l’une des dernières lois du quinquennat. Le texte revient pourtant de loin. Lundi soir, le gouvernement a décidé, contre toute attente, d’inscrire la proposition de loi permettant l’allongement de la durée légale de l’IVG, de 12 à 14 semaines au Sénat en janvier, pour une seconde lecture.

Portée initialement par la députée l’écologiste Albane Gaillot (ex-LREM, non-inscrite), le texte n’avait jusqu’à présent pas les faveurs de l’exécutif. Interviewé par le magazine Elle au cœur de l’été, Emmanuel Macron avait effectivement fait part de son opposition à l’allongement des délais de 12 à 14 semaines.

C’est donc un virage à 180 degrés qu’a opéré l’exécutif lundi soir et du côté du groupe socialiste du Sénat, on se veut pragmatique.

« Certains diront que c’est un coup politique à destination de l’électorat de gauche »

« Je vois qu’il y a eu un arbitrage. Je m’en félicite. Certains diront que c’est un coup politique à destination de l’électorat de gauche. Sûrement […] Ce qui est important, c’est que si tout va bien, peut-être que les femmes de ce pays pourront obtenir une prolongation du délai de l’IVG. Je rappelle qu’il y a 2000 femmes en France qui sont obligées de partir en Espagne ou en Grande Bretagne pour obtenir une interruption volontaire de grossesse », a analysé Patrick Kanner, président du groupe socialiste du Sénat. Le sénateur du Nord note également que la « décision est tombée hier soir à 23h. Le sondage de Mme Pécresse à 17 % est tombé quelques heures plus tôt ».

« Une pierre dans le jardin de la droite »

L’ancienne ministre chargée de la Famille et des droits des femmes, Laurence Rossignol (PS) ne pense pas autre chose. « Vous avez deux angles de lecture. La première, positive et transparente, consiste à penser que le gouvernement a fini par s’incliner devant le groupe de la majorité présidentielle. Il a vu la mobilisation dans la société civile et les sondages d’opinion favorables à l’allongement des délais de l’IVG. La deuxième option, c’est une petite facétie d’Emmanuel Macron qui n’est pas à exclure. Après la désignation de Valérie Pécresse comme candidate à la présidentielle, il veut mettre une pierre dans le jardin de la droite. Elle était présente à la Manif pour tous et n’est pas vraiment connue pour ses positions progressistes ».

Retour aux épisodes précédents

Le 9 octobre 2020, lors de l’examen en première lecture du texte, le gouvernement s’était montré bien frileux pour le soutenir et la majorité était divisée. Et au Sénat, le groupe LREM ne s’était pas pressé pas pour reprendre la proposition de loi dans sa niche parlementaire, tant et si bien que c’est l’ancienne ministre chargée de la Famille et des droits des femmes, Laurence Rossignol (PS) qui l’avait finalement inscrite dans la niche parlementaire de son groupe, avant de la voir rejetée au Sénat en première lecture en janvier 2021.

Quand Laurence Rossignol affirmait : « Le blocage vient de Matignon et de l’Elysée »

En octobre dernier Laurence Rossignol exprimait d’ailleurs ses doutes de voir le texte adopté avant la fin du quinquennat. « Le blocage vient de Matignon et de l’Elysée. Le président du groupe majoritaire (Christophe Castaner) est en désaccord avec son gouvernement. Et pour que le texte soit adopté et promulgué avant la fin du quinquennat, il faudrait que le gouvernement l’inscrive à l’ordre du jour au Sénat, en procédure accélérée ou qu’à défaut, le groupe LREM le reprenne dans sa niche parlementaire ».

» Lire notre article : Allongement des délais de l’IVG : « Le blocage vient de Matignon et de l’Elysée », pour Laurence Rossignol

Christophe Castaner a, à de nombreuses reprises, défendu ce texte au point de l’inscrire le mois dernier dans la niche parlementaire de son groupe en seconde lecture. Le texte a été adopté, légèrement amendé dans la nuit de mardi à mercredi dernier, en deuxième lecture à l’Assemblée nationale. Le gouvernement a posé un « avis de sagesse » sur toutes les dispositions du texte.

Mais pour être définitivement adoptée, il fallait que le texte soit inscrit à l’ordre du jour du Sénat pour une seconde lecture. Or, le patron des sénateurs LR, François Patriat indiquait encore semaine dernière que son groupe n’utiliserait pas sa niche parlementaire pour mettre le texte à l’ordre du jour de la Chambre haute. « A titre personnel, si ce texte vient ici je le voterai, je n’ai pas de problème avec ça. Mais j’ai évoqué le sujet avec Christophe Castaner et Jean Castex et nous n’avons qu’une seule fenêtre de tir le 12 janvier, et nous avons choisi de prioriser le harcèlement scolaire. », justifiait-il.

» Lire notre article : Allongement des délais d’IVG : le groupe RPDI/LREM n’inscrira pas le texte à l’ordre du jour du Sénat, annonce François Patriat

Le sénateur de Côte d'Or souhaitait que ce soit le gouvernement qui le mette à l’ordre du jour. C’est désormais chose faite. Le texte sera probablement rejeté une nouvelle fois par la majorité sénatoriale de la droite et du centre. Dans ce cas, ce sera l’Assemblée nationale qui aura le dernier mot.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris, March against sexual and gender-based violence
10min

Société

Violences sexuelles et sexistes :  malgré des avancées, la formation des forces de l’ordre reste à améliorer

Préjugés sexistes, violences minimisées, ou refus de plainte : les victimes qui ont le courage de pousser la porte d’un commissariat ou d’une gendarmerie doivent parfois affronter une nouvelle épreuve, celle du dépôt de plainte. Depuis le Grenelle contre les violences conjugales en 2019, la formation des forces de l’ordre sur les violences intra-familiales et les violences sexistes et sexuelles (VSS) a été renforcée. Pourtant, l’affaire Lyhanna a démontré qu’il existe encore de nombreux trous dans la raquette. Si la formation initiale des policiers et des gendarmes aux VSS est obligatoire, la formation continue des forces de l’ordre reste tributaire des dynamiques locales.

Le

Allongement des délais d’IVG : le revirement du gouvernement
7min

Société

« Ce n’est pas une crise passagère ! » : les démographes alertent sur la rupture historique de la natalité

Pour la première fois depuis 1945, la France enregistre plus de décès que de naissances. Auditionnés par la commission des affaires sociales du Sénat, les démographes de l’Ined et de l’Insee ont décrit une baisse durable, générale et profondément sociétale de la fécondité, loin des seuls effets économiques ou des politiques natalistes.

Le

Allongement des délais d’IVG : le revirement du gouvernement
6min

Société

Réinsertion : la prison remplit-elle encore sa mission ?

En France, environ 90 000 détenus sortent chaque année de prison. Leur réinsertion devient alors un enjeu majeur pour notre société. Mais à l'heure où près de deux détenus sur 3 récidivent 5 ans après leur libération, la sénatrice centriste Dominique Vérien, co-autrice d'un rapport sur l'exécution des peines, souhaite redonner du sens aux sanctions pénales. Développement des aménagements de peine et des alternatives à l’incarcération, les pistes sont nombreuses… Dans le cadre d’un documentaire, Public Sénat fait le portrait de détenus et d’ex-détenus qui tentent de se reconstruire une vie après la prison.

Le