Antisémitisme : la radicalisation d’une partie de la jeunesse, première inquiétude du gouvernement et des associations

Le gouvernement a lancé lundi 6 mai des « assises de lutte contre l'antisémitisme » pour renforcer les moyens de lutte contre un phénomène en pleine expansion depuis l’embrasement de la situation au Proche Orient, et qui touche notamment la jeunesse. Selon une enquête Ifop, 35% des 18-24 ans estime qu'il est normal de s'en prendre à des juifs en raison de leur soutien à Israël.
Romain David

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« C’est l’affaire de l’Etat et c’est l’affaire de tous. Si nos concitoyens juifs sont laissés seuls face à ce qu’ils subissent alors, évidemment, nous ne pourrons pas remporter cette bataille contre l’antisémitisme ». Aurore Bergé, la ministre de la Lutte contre les discriminations a lancé ce lundi 6 mai, les « assises de lutte contre l’antisémitisme », autour de plusieurs associations dont la Licra et SOS Racisme, mais aussi des représentants des principaux cultes. L’objectif : identifier les nouvelles formes d’antisémitisme, dans un contexte de forte recrudescence, pour mieux les combattre.

« Il y a une confusion volontairement entretenue et alimentée. Cette confusion, elle dit quoi ? Qu’aujourd’hui tout Français qui est juif ou qui a un nom de famille juif devient coresponsable de la situation à Gaza », s’est alarmée la ministre en marge de cette rencontre. 76 % des Français estiment que l’antisémitisme est présent en France, selon une enquête de l’Ifop pour l’antenne française de l’American Jewish Committee (AJC) publiée dimanche 5 mai. Ce ressenti est en nette progression, +12 points, depuis le dernier pointage en 2022.

La « haine d’Israël », premier moteur de l’antisémitisme

Cette étude tend à démonter une corrélation entre la situation à Gaza et la montée de l’antisémitisme en France : 86 % des sondés de confession juive affirment ainsi craindre davantage d’être victime d’un acte antisémite depuis les attaques du 7 octobre menées par le Hamas contre l’Etat hébreu. 25 % des Français juifs indiquent avoir été victimes d’un acte antisémite depuis cette date, ils sont 12 % à préciser que cela s’est déjà produit à plusieurs reprises.

La « haine d’Israël » est la première cause invoquée pour expliquer cette montée de l’antisémitisme par pratiquement une personne de confession juive sur deux (49 %) et par près des trois quarts des sondés (73 %), devant « les idées islamistes », (56 % pour les personnes de confession juive et 45 % pour l’ensemble du panel).

« L’explosion d’actes antisémites dans le contexte du conflit entre Israël et le Hamas met en exergue ce qui constitue encore aujourd’hui l’angle mort du phénomène antisémite en France – la haine des juifs activée par la haine d’Israël », relève The American Jewish Committee dans un communiqué.

Une jeunesse plus poreuse aux idées antisémites

Cette organisation de défense des juifs s’inquiète notamment d’une pénétration des idées antisémites au sein de la jeunesse. « La recrudescence d’incidents antisémites sur les campus, tant en Amérique du Nord qu’en Europe, soulève des interrogations quant à l’existence, en Occident, d’une fraction de la jeunesse qui, bien que se revendiquant ‘antisioniste’, pourrait en réalité véhiculer des idées antisémites », pointe The American Jewish Committee.

Si 52 % des sondés estiment que les Juifs représentent le premier groupe ethnique ou religieux victime d’actes violents, ce chiffre, qui grimpe à 76 % chez les plus de 75 ans, chute à seulement 27 % chez les moins de 25 ans. Par ailleurs, et toujours selon l’étude réalisée par Ipsos, 35 % des 18-24 ans estime qu’il est normal de s’en prendre à des juifs en raison de leur soutien présumé ou avéré à Israël.

« La confusion volontairement entretenue entre haine d’Israël et haine des juifs donne des points d’accroche supplémentaires à une génération plus jeune, qui connaît moins les faits, qui connaît moins l’histoire », a commenté la ministre Aurore Bergé ce lundi matin. « On voit aussi, malheureusement, que la transmission de la mémoire n’est plus le meilleur facteur pour lutter contre l’antisémitisme. Face à ces formes nouvelles d’antisémitisme, il va falloir réadapter nos réponses, nos manières de penser et de travailler, c’est la raison pour laquelle l’école est une porte d’accès déterminante », a-t-elle expliqué.

Un mouvement pro-palestinien dans les universités françaises

Depuis plusieurs semaines, plusieurs universités et grandes écoles françaises sont devenues le théâtre de mobilisations de soutien aux Palestiniens de la bande de Gaza. Sciences Po Paris est devenu l’épicentre de ce mouvement, qui a vu le jour dans des universités américaines, et qui a donné lieu à des blocages, nécessitant pour certains l’intervention des forces de l’ordre.

« Quand je vois des étudiants tendre des mains rouges qui rappellent des images ou des juifs ont été décapités, il y a deux solutions : soit ils sont incultes, soit ils sont antisémites. Dans les deux cas, c’est un problème », avait déjà commenté Aurore Bergé, vendredi sur BFM TV. Le 26 avril, des militants pro-palestiniens se sont affichés devant Sciences Po les mains peintes en rouge pour dénoncer la répression israélienne dans la bande de Gaza. Ils ont été accusés de véhiculer un symbole antisémite, en référence au célèbre cliché d’un homme aux mains ensanglantées, pris le 12 octobre 2000 après le lynchage de deux soldats israéliens par des habitants de Ramallah.

D’autres incidents sont venus entacher la mobilisation, qui a par ailleurs reçu le soutien de plusieurs leaders LFI : une étudiante membre de l’Union des étudiants juifs de France se serait vue empêcher d’assister à un rassemblement dans le principal amphithéâtre de Sciences Po ; la reprise du slogan « de la rivière à la mer, la Palestine sera libre », impliquant l’effacement d’Israël, a également été pointée du doigt.

« On, voit bien que certains partis politiques, un en particulier, attise ces confusions et de ces confusions naît l’antisémitisme », a encore taclé Aurore Berger ce lundi, se refusant toutefois à citer la formation politique ainsi visée.

« Une nouvelle définition » de l’antisémitisme

« Ces assises sont un point de départ, certains ont même dit ‘un recommencement’ sur l’école, la fortification des décisions que nous prenons, sur les forces de l’ordre, les moyens de la plateforme de signalement Pharos, ceux des magistrats, des enseignants… », a énuméré la ministre, insistant également sur la nécessité de donner « une nouvelle définition » à l’antisémitisme.

La mise en place de ces assises est une réponse à la tribune du collectif « Nous Vivrons », publiée par le journal Le Monde en mars et signée par 70 personnalités, qui appelaient les candidats aux élections européennes à s’engager « sans détour et sans complaisance » dans la lutte contre l’antisémitisme. Elles interviennent également à quelques heures du traditionnel dîner du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), ce lundi soir. Emmanuel Macron recevant à l’Elysée son homologue chinois Xi Jinping, c’est le Premier ministre, Gabriel Attal, qui représentera le président de la République.

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