Assassinat d’Alain Orsoni : Un mode opératoire « comparable » à celui de la mafia, estime la procureure

Invitée de notre matinale, la procureure de la République anticriminalité organisée Vanessa Perrée est revenue sur la mise en place de cette nouvelle juridiction. Le parquet national anticriminalité (Pnaco) a été créé par la loi narcotrafic pour réunir des magistrats et des enquêteurs capables de lutter contre la criminalité organisée. Il s’est par exemple saisi de l’affaire de l’assassinat d’Alain Orsoni.
Louis Mollier-Sabet

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Créé par la loi narcotrafic, le parquet national anticriminalité organisée (Pnaco) s’est saisi de l’enquête sur l’assassinat d’Alain Orsoni, figure du nationalisme corse abattu il y a deux jours lors des obsèques de sa mère sur l’île. En lien avec la juridiction interrégionale spécialisée en matière de lutte contre le crime organisé à Marseille, le Pnaco s’est saisi car la piste de la criminalité organisée « est l’une des pistes », mais Vanessa Perrée, procureure de la République anticriminalité organisée, précise que le parquet national antiterroriste est aussi « en observation » sur le sujet.

De façon plus générale, Vanessa Perrée concède qu’en Corse « il y a des groupes criminels très organisés », mais n’utilise pas le terme « mafia » dans le contexte français. « On est sur un mode opératoire qui pose question, avec un assassinat d’une personne qui revient sur le territoire pour les obsèques de sa mère. C’est un mode opératoire qui peut être comparable [avec celui de la mafia] », a-t-elle estimé.

Coopération internationale et criminalité finanicère

La première procureure du parquet national anticriminalité organisée insiste sur « l’augmentation des moyens mis par l’Etat sur la lutte contre la criminalité organisée », avec un « Pnaco » qui comprend 24 personnes, dont 16 magistrats et des assistants spécialisés d’officiers de liaison de la gendarmerie à des inspecteurs des finances. La juridiction qui avait d’abord été pensée pour lutter contre le narcotrafic avait vu ses compétences étendues à d’autres infractions, comme « le proxénétisme, le trafic d’armes, les filières d’immigration clandestines, mais aussi les infractions financières et les blanchiments », a précisé Vanessa Perrée

La magistrate a insisté sur l’importance de la coopération internationale pour sa juridiction. « Les extraditions ont vraiment repris avec les Emirats Arabes Unis. On a beaucoup de trafiquants qui investissent à Dubaï, et la coopération s’est nettement améliorée. Mais on doit aussi coopérer avec l’Espagne, les Pays-Bas, la Belgique, avec les pays du Maghreb », a-t-elle expliqué. L’ancienne directrice de l’Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués (Agrasc) a aussi mis en avant la dimension financière du travail du Pnaco : « On évoque des chiffres de plus de 6 milliards d’euros générés par le narcotrafic. L’année dernière les services ont saisi 1,6 milliard – pas que dans le narcotrafic – c’est évidemment très scruté. Il faut démanteler les réseaux, mais aussi empêcher de réinvestir l’argent sale dans l’économie. Dans chacun de nos 170 dossiers on a mis des binômes de magistrats spécialisés en criminalité organisée, mais aussi en criminalité financière. »

Quartiers de haute sécurité en prison : « ça fonctionne très bien pour le moment »

Alors que le procès de deux détenus, soupçonnés d’avoir relayé un « contrat » promettant 120 000 euros pour l’assassinat de l’ex-directrice de la prison des Baumettes, s’est ouvert ce mardi, Vanessa Perrée note une « tendance de la criminalité organisée » à verser dans ce type de « menaces sur des magistrats ou des surveillants pénitentiaires. »

« Il y a une question sur des personnes qui sont recrutées sur les réseaux sociaux, pour des sommes parfois dérisoires, et qui sont de plus en plus jeunes. Les établissements pénitentiaires ont pris ces mesures de quartiers de haute sécurité avec deux établissements dédiés et deux qui vont ouvrir dans le sud de la France. Pour le moment, ça fonctionne très bien parce qu’il y a moins de connexions avec l’extérieur. Il faut que l’on soit implacable là-dessus. On ne peut pas tolérer ce type de menaces sur nos institutions », a développé la procureure anticriminalité organisée.

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