Attaque du conseil régional de Guadeloupe : « L’obligation vaccinale a précipité l’action des manifestants » explique la sénatrice Victoire Jasmin
Il y a eu l’attaque du Capitole à Washington par des partisans de Trump le 6 janvier dernier. Jeudi, des opposants au passe sanitaire ont pris d’assaut l’hémicycle du conseil régional de Guadeloupe, à Basse-Terre. Ils ont passé la nuit dans les locaux de l’institution demandant à négocier avec l’Etat et ont quitté les lieux aujourd’hui aux environs de midi.

Attaque du conseil régional de Guadeloupe : « L’obligation vaccinale a précipité l’action des manifestants » explique la sénatrice Victoire Jasmin

Il y a eu l’attaque du Capitole à Washington par des partisans de Trump le 6 janvier dernier. Jeudi, des opposants au passe sanitaire ont pris d’assaut l’hémicycle du conseil régional de Guadeloupe, à Basse-Terre. Ils ont passé la nuit dans les locaux de l’institution demandant à négocier avec l’Etat et ont quitté les lieux aujourd’hui aux environs de midi.
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Par Chantal Baoutelman avec l'AFP

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Noël sous tension. Le 23 décembre, plus de 400 manifestants du collectif anti-passe sanitaire ont envahi l’hémicycle du conseil régional de Guadeloupe, à Basse-Terre. Les élus en séance plénière, ont quitté précipitamment l’institution. Les opposants au passe sanitaire ont alors passé la nuit sur place. Ils ont fini par obtenir une réunion avec le président du conseil régional mais réclament une négociation avec un représentant de l’Etat. « S’il le faut, on passera Noël ici », ont-ils lancé, plus mobilisés que jamais. Finalement, ils ont quitté les lieux aujourd’hui aux environs de midi.

Depuis hier, les politiques locaux et nationaux condamnent d’une seule voix ces violences. « Aucune revendication ne justifie d’entraver le bon déroulement d’une assemblée d’élus en pleine séance plénière », a tweeté le ministre des Outre-mer, Sébastien Lecornu.

« Même si le conseil régional est un lieu public, je ne peux pas accepter que des personnes cassent des vitres pour y entrer au détriment de toutes les règles de sécurité et des mesures sanitaires » s’indigne Victoire Jasmin, sénatrice PS de Guadeloupe. Son collègue Victorin Lurel, également sénateur PS, regrette l’absence d’autorité sur place et interroge le temps de réaction de l’Etat.

Ce coup de force des anti-passe est le dernier épisode d’une contestation qui a éclaté il y a plusieurs semaines au sujet de l’obligation vaccinale des soignants et pompiers, sur fond de crise sociale en Guadeloupe. Le collectif composé d’organisations syndicales et citoyennes demande, en effet, une abrogation pure et simple de cette mesure pour éviter la suspension des agents qui ne seraient pas vaccinés. L’Etat ne l’entend pas de cette oreille. Le gouvernement indique aujourd’hui qu’il n’y aura « aucune marge de négociation pour abroger une loi de la République votée par le Parlement ». Une décision à laquelle adhère la sénatrice Victoire Jasmin : « Nous sommes dans un pays de droits et les règles démocratiques obligent à se soumettre à un texte voté ».

En effet, la loi n°2021-1040 du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire instaure l’obligation vaccinale des personnes travaillant dans les secteurs sanitaire, social et médico-social. Depuis le 16 octobre 2021, les personnels concernés doivent donc justifier, auprès de leur employeur, d’un schéma vaccinal complet. Autrement, les salariés ou agents publics non vaccinés peuvent être suspendus, sans rémunération.

Des élus terrorisés

La socialiste souligne le travail réalisé par les parlementaires, l’association des maires, les présidents de région et de département suite à la rencontre avec le Premier ministre, pour reporter l’obligation vaccinale en novembre puis au 31 décembre. Mais, la date limite de ce report approchant et surtout les dernières annonces gouvernementales transformant le passe sanitaire en passe vaccinal remettent en cause la position des anti-passe. « C’est vraiment cette obligation vaccinale renforcée qui les inquiète et a précipité leur décision de s’introduire par la force dans l’assemblée régionale » explique Victoire Jasmin, pour qui la violence dessert la cause. La sénatrice appelle au calme et au respect des droits de chacun : « le droit de revendication existe mais il doit aussi s’accompagner de l’esprit de dialogue. On ne peut pas tout exiger sans écouter les autres. Je ne vois pas comment une négociation peut avoir lieu sous la pression ».

Et Victoire Jasmin de rappeler le climat de peur instauré par les manifestants. « Les élus sont terrorisés. Ils subissent depuis quelques jours des actes inqualifiables et inquiétants. Il y a quelques jours, j’ai assisté à une réunion pendant laquelle certains opposants au passe ont littéralement injurié des élus pour exprimer leur désaccord sur la méthode de travail. D’autres vont encore plus loin et menacent de brûler les maisons des élus. Ce sont là des attitudes d’un autre temps », dénonce-t-elle.

Crise sociale et crise sanitaire : la Guadeloupe espérait une trêve pendant cette période de fêtes. C’est raté. L’épidémie progresse sur tout le territoire. La région n’est pas épargnée avec au 19 décembre, 201 nouveaux cas positifs et la présence du variant Omicron confirmée le 17 décembre.

« Les temps sont assez durs pour la population. Ce coup d’éclat des manifestants est donc une autre épine qui pique », juge Victoire Jasmin. La sénatrice prône tout de même la politique de la main tendue : « Je suis prête à dialoguer, mais pas dans ces conditions. Les manifestants sont les premiers à donner des leçons aux politiques, qu’ils prennent leur responsabilité et se disciplinent. On pourra alors discuter et trouver des solutions pour sortir de cette impasse. »

« Lire aussi. Autonomie de la Guadeloupe : Sébastien Lecornu s’explique sur ses propos polémiques

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