« Beaucoup d’humoristes ne veulent plus jouer dans les universités nord-américaines dites woke »,  regrette Anthony Kavanagh

Humoriste québécois débarqué en France il y a 25 ans, Anthony Kavanagh revient sur un début de carrière marqué par le racisme, les embûches qu’il a dû surmonter et la montée en puissance du wokisme dans les universités américaines. Cette semaine, Anthony Kavanagh est au micro de Rebecca Fitoussi dans l’émission d’entretien Un monde, un regard.
Stella Naville

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

ll n’a pas toujours connu le succès, et parfois même, l’humoriste n’a pas réussi à décrocher un seul sourire de son public. Même si les années ont passé, il se souvient très précisément de ces épreuves : « Ça m’est arrivé deux fois de monter sur scène et de ne provoquer aucun rire. C’étaient des galas privés. Je devais avoir 19 ou 20 ans ». Et même si cette expérience était pour le moins traumatisante, elle ne l’a pas découragé. Au contraire, cela lui a forgé « une carapace » pour affronter les injustices qu’il a rencontrées dans le monde du spectacle.

« Un humoriste noir doit justifier sa couleur »

Que ce soit au Québec ou en France, l’humoriste se souvient avoir été régulièrement confronté au racisme. « On m’a souvent dit que, même si j’avais du succès, je ne pourrais pas faire la une d’un magazine parce que j’étais noir. On m’a également refusé un rôle de médecin à cause de ma couleur de peau », se remémore l’artiste avec émotion. Anthony Kavanagh évoque aussi son impression de devoir justifier sa couleur de peau et davantage prouver son talent.

« On m’a également refusé un rôle de médecin à cause de ma couleur de peau », Anthony Kavanagh

Vers un cinéma français plus diversifié

Aujourd’hui, si l’humoriste reconnaît une meilleure représentativité de la population noire dans le cinéma français, il déplore que certains se réfugient derrière le succès d’une seule vedette pour ne pas offrir de rôles à de nouveaux artistes noirs. « Il y a eu une évolution, je dois l’admettre » mais s’empresse-t-il d’ironiser « On dit souvent pour Omar, si, mais pour les autres, non ».

L’humoriste regrette également que les réalisateurs français proposent presque toujours les mêmes personnages aux acteurs de couleur : « Dans les films français, les noirs incarnent souvent des personnes issues des quartiers difficiles ou qui sortent de prison. Et puis, la couleur de peau de l’acteur est toujours évoquée à un moment ou un autre du film, comme s’il fallait la justifier », contrairement aux États-Unis.

L’impossible humour dans les universités wokes

S’il a été lui-même confronté au racisme, aujourd’hui Anthony Kavanagh regrette qu’il soit de plus en plus difficile de se produire dans les universités nord-américaines. « Il y a beaucoup d’humoristes qui ne veulent plus jouer dans ces établissements, où on te dit ce qu’il ne faut pas dire. Les étudiants n’y ont plus aucun humour, plus de second degré » regrette Anthony Kavanagh.

Pour l’artiste on doit pouvoir rire de tous, à condition de commencer par soi-même : « Je déteste les gens qui rigolent des autres, mais dès qu’on se moque d’eux, ils ne trouvent plus ça drôle. La première personne qui doit te faire rire, c’est toi-même ».

Revoir l’émission en intégralité sur notre espace replay

 

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

Childhood, early education and child protection themes
5min

Société

Depuis l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes, la demande a été multipliée par six

Le succès massif de l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes se heurte aux réalités du terrain, avec des centres souvent débordés et des délais d’attente qui marquent de fortes disparités d’un territoire à l’autre. Cinq ans après l’adoption de la dernière loi de bioéthique, l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) a publié 1er juillet dernier un bilan de sa mise en œuvre.

Le

« Beaucoup d’humoristes ne veulent plus jouer dans les universités nord-américaines dites woke »,  regrette Anthony Kavanagh
5min

Société

Protoxyde d’azote...ce gaz qui n’a rien d’hilarant

Parfaitement légal, utilisé en cuisine et dans le domaine médical, le protoxyde d’azote est détourné pour ses propriétés euphorisantes. Une mode qui touche les adolescents et provoque de lourds dégâts neurologiques.

Le

La sélection de la rédaction

« Beaucoup d’humoristes ne veulent plus jouer dans les universités nord-américaines dites woke »,  regrette Anthony Kavanagh
4min

Société

« On m’a brûlé mes vêtements, on m’a pissé dessus, on m’a frappé », enfant Pascal Légitimus révèle avoir subi du racisme

Les inconnus, c’est trois humoristes et 180 sketchs entre 1984 et 1993, dont certains ont traversé les générations et dépassent aujourd’hui les 10 millions de vues sur YouTube. Leur secret ? « Reconstituer la réalité un tout petit peu déformée » confie Pascal Légitimus interviewé par Rebecca Fitoussi. Dans un monde un regard il se confie sur sa vision de l’humour et son rapport aux critiques et au racisme.

Le