Mouvement ‘bloquons le pays le 10 septembre 2025’
Mouvement bloquons le pays, le 10 septembre 2025/ Crédit: Mourad ALLILI/SIPA/2508231146

« Bloquons tout » le 10 septembre : qui la soutient, qui s’en tient à distance ?

Prévue comme un temps fort de la rentrée politique et sociale, la journée d’action du 10 septembre, baptisée “Bloquons tout”, divise syndicats et partis. L’appel, né d’une réaction aux mesures budgétaires annoncées par le Premier ministre François Bayrou, peine encore à rassembler. La gauche politique s’aligne progressivement, mais plusieurs organisations syndicales restent prudentes.
Emma Bador-Fritche

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Bloquer toute la France, le 10 septembre ? Lancé sur les réseaux sociaux le 24 juillet, l’appel à un blocage national le 10 septembre est né en réaction immédiate aux annonces budgétaires de François Bayrou. Parmi les mesures annoncées par le Premier ministre, la suppression de deux jours fériés et un objectif d’économies de 44 milliards d’euros ont particulièrement suscité l’indignation. Cependant, l’appel à « tout bloquer » peine à mobiliser les forces politiques. L’anonymat des initiateurs du mouvement suscite la méfiance, et à gauche, certains redoutent une récupération par l’extrême droite. Ce flou sur les intentions ralentit certaines prises de position.

Qui se trouve derrière cette mobilisation ?

La mobilisation du 10 septembre est née sur internet, dans un climat qui rappelle celui des Gilets Jaunes en 2018. Selon l’AFP, les premiers appels datent de mai, mais ils ne gagnent en visibilité qu’à partir de juillet. L’initiative part d’un canal Telegram confidentiel, avant d’être reprise par le compte souverainiste « Les Essentiels », proche de l’extrême droite et de certaines figures des Gilets Jaunes. Le 24 juillet, un appel à un « confinement citoyen » est lancé sur TikTok : pas de travail, d’école ni d’achat, « juste le silence d’un peuple qui reprend son pouvoir ». Le mot d’ordre, #bloquonstout, se propage rapidement sur les réseaux, notamment via le canal « Indignons-nous », qui regroupe plusieurs milliers de membres.

Une gauche politique mobilisée

La France insoumise a été la première à se positionner pour soutenir la mobilisation. Lors de son université d’été à Châteauneuf-sur-Isère (Drôme), Jean-Luc Mélenchon a donné le ton « Il faut que le 10 septembre soit un jour de blocage général, c’est-à-dire, pour ce qui concerne le salariat, que le 10 septembre soit la grève générale. » Chez les Écologistes, si on soutient le mouvement de loin, aucun appel n’a encore été lancé pour inciter à rejoindre le mouvement. « Le 10 septembre n’appartient à aucun parti politique. Il appartient aux citoyen.nes et aux travailleur.euses qui s’auto-organisent pour défendre leurs droits. Notre position est claire : soutenir, sans récupérer », a déclaré la secrétaire nationale d’Europe Écologie les Verts, Marine Tondelier, dans un post sur X. Du côté du Parti socialiste, le premier secrétaire Olivier Faure a confirmé l’engagement du PS, lors des Journées d’été des Écologistes à Strasbourg : « Nous serons là le 10 septembre et les jours suivants. Pas pour canaliser, dompter, instrumentaliser ou soumettre ce mouvement mais pour lui offrir un débouché politique qui ne soit pas celui de l’extrême droite. »

François Hollande se démarque et prend ses distances avec la ligne du Parti socialiste. Invité de France Inter ce lundi, il a exprimé ses réserves : « Je ne peux pas m’associer à ce que je ne maîtrise pas. » Du côté des communistes, Fabien Roussel a, au contraire, confirmé son soutien à la mobilisation lors des universités d’été du parti à Montpellier.

Contrairement à la gauche, le Rassemblement national ne donne aucune consigne officielle de participation. Le parti se veut en retrait, comme l’a rappelé sa vice-présidente Edwige Diaz à l’AFP : « (le parti) n’a pas vocation à être l’organisateur de manifestations » Elle précise toutefois « Nos adhérents et nos électeurs sont libres de faire ce qu’ils veulent », tout en disant redouter « des débordements » lors des cortèges.

 

Les syndicats encore divisés

Les syndicats restent partagés face à l’appel du 10 septembre. Certaines fédérations de la CGT, notamment dans le commerce et la chimie, ont déjà exprimé leur soutien. Mais la direction nationale temporise. Sur France Inter, vendredi, la secrétaire générale Sophie Binet a estimé que le mouvement était « encore totalement nébuleux », tout en pointant une convergence possible sur le fond. « Les revendications sociales et la dénonciation du projet de budget rejoignent notre point de vue. » Elle reste prudente « sur les tentatives de noyautage et d’instrumentalisation de l’extrême droite, qui, à certains endroits, essaye de développer des discours antisyndicaux ou de diriger la colère contre les immigrés. » À Force ouvrière, les débats sont également ouverts. « On nous demande ce qu’est cette journée du 10 septembre » explique Patricia Drevon, secrétaire confédérale. Elle rappelle qu’une réunion de l’intersyndicale (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC, Unsa, Solidaires) est prévue le 1er septembre : « Il y aura forcément une journée d’action », assure-t-elle, « mais pas forcément le 10 septembre. » À ce jour, seul le syndicat Sud Rail a officiellement appelé à faire grève le 10 septembre. De son côté, Solidaires annoncera sa position jeudi prochain. L’intersyndicale, elle, devrait préciser les contours de la mobilisation lors de sa réunion prévue le 1er septembre.

 

À deux semaines du 10 septembre, la mobilisation s’installe comme un marqueur de clivages entre partis politiques et au sein du paysage syndical. Si la gauche affiche un soutien global, les positions restent prudentes dans les autres camps. Reste à voir si l’appel à « tout bloquer » entraînera une « grève générale » comme souhaité par le leader insoumis.

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