Budget 2024 : le Sénat vote les crédits de l’aide exceptionnelle d’urgence pour les victimes de violences conjugales

Dans la nuit du 5 décembre, les sénateurs adopté un article du projet de loi de finances qui prévoit la création d’une aide financière pour les victimes de violences conjugales. Cette aide exceptionnelle peut déjà être versée par la CAF depuis le 1er décembre.
Rose-Amélie Bécel

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Ce 5 décembre au soir, les sénateurs examinaient le budget consacré à la mission « solidarité, insertion et égalité des chances » pour 2024. Une mission au sein de laquelle les crédits dédiés à la lutte pour l’égalité entre les femmes et les hommes ont augmenté de plus de 22 % par rapport au budget 2023, en raison de la création d’une aide exceptionnelle d’urgence pour les victimes de violences conjugales.

Cette aide doit permettre aux victimes de subvenir aux dépenses urgentes liées au départ du foyer conjugal, grâce à son versement dans un délai de trois à cinq jours après la demande. Depuis le 1er décembre la Caisse d’allocations familiales (CAF) peut déjà la verser, pour un montant compris entre 240 et plus de 1 300 euros.

Une initiative portée par le Sénat

Cet article est l’aboutissement d’une proposition de loi de l’ancienne sénatrice centriste Valérie Létard, adoptée à l’unanimité au Sénat en février dernier. Le texte prévoyait à l’origine que cette aide prenne la forme d’un prêt à taux zéro, également géré par les CAF, s’inspirant d’une expérimentation en cours dans le département du Nord.

Finalement, la nature de cette aide, prêt ou don, dépendra de la situation financière de la victime ainsi que de la présence d’enfants. Dans le cas du prêt, il devra être remboursé deux ans après sa demande, par le conjoint si celui-ci a été reconnu coupable de violences, ou bien par la victime.

Pour en bénéficier, la victime devra fournir un justificatif de sa situation, datant de moins d’un an. Il pourra s’agir d’une ordonnance de protection délivrée par un juge, ou bien d’un signalement ou d’une plainte adressée au procureur. Une condition jugée trop sévère par les associations d’aide aux victimes, qui demandaient qu’une attestation fournie par leurs soins suffise à déclencher le versement de l’aide. Le gouvernement a refusé cette proposition, tout en indiquant l’examen prochain d’une loi à l’Assemblée nationale pour réduire le délai de délivrance des ordonnances de protection à 24 heures, contre six jours aujourd’hui.

Des inquiétudes sur le montant de cette aide

La création de cette aide a été unanimement saluée par les différents groupes politiques dès l’ouverture de la discussion générale du budget de la mission solidarité, dont elle est l’une des mesures phares. Pour autant, les crédits alloués à celle-ci – 13 millions d’euros pour 2024 – sont jugés « un peu faibles » par le rapporteur spécial de la commission des finances Éric Bocquet. « Ce montant risque de ne pas être suffisant afin de financer une aide de 607 euros par femme éligible. Le gouvernement semble tabler sur un important non-recours ou sur un faible montant pour cette aide universelle d’urgence », note le sénateur communiste.

De son côté, la ministre de l’Egalité entre les femmes et les hommes défend un budget de son ministère en constante augmentation. « L’ensemble des budgets alloués par les ministères pour la lutte contre les violences faites aux femmes en 2024 dépassent le demi-milliard, contre 475 millions d’euros en 2023. C’est un effort budgétaire inédit », a défendu Bérangère Couillard devant les sénateurs.

Partager cet article

Dans la même thématique

Budget 2024 : le Sénat vote les crédits de l’aide exceptionnelle d’urgence pour les victimes de violences conjugales
4min

Société

Assassinat d’Alain Orsoni : Un mode opératoire « comparable » à celui de la mafia, estime la procureure

Invitée de notre matinale, la procureure de la République anticriminalité organisée Vanessa Perrée est revenue sur la mise en place de cette nouvelle juridiction. Le parquet national anticriminalité (Pnaco) a été créé par la loi narcotrafic pour réunir des magistrats et des enquêteurs capables de lutter contre la criminalité organisée. Il s’est par exemple saisi de l’affaire de l’assassinat d’Alain Orsoni.

Le

Budget 2024 : le Sénat vote les crédits de l’aide exceptionnelle d’urgence pour les victimes de violences conjugales
6min

Société

Réinsertion : la prison remplit-elle encore sa mission ?

En France, environ 90 000 détenus sortent chaque année de prison. Leur réinsertion devient alors un enjeu majeur pour notre société. Mais à l'heure où près de deux détenus sur 3 récidivent 5 ans après leur libération, la sénatrice centriste Dominique Vérien, co-autrice d'un rapport sur l'exécution des peines, souhaite redonner du sens aux sanctions pénales. Développement des aménagements de peine et des alternatives à l’incarcération, les pistes sont nombreuses… Dans le cadre d’un documentaire, Public Sénat fait le portrait de détenus et d’ex-détenus qui tentent de se reconstruire une vie après la prison.

Le