Buzyn convoquée par la justice : ce qu’elle disait devant la commission d’enquête du Sénat sur le covid-19

Buzyn convoquée par la justice : ce qu’elle disait devant la commission d’enquête du Sénat sur le covid-19

L’ex-ministre de la Santé, Agnès Buzyn, est convoquée ce vendredi par la Cour de justice de la République, en vue d’une éventuelle mise en examen pour « mise en danger de la vie d’autrui ». Lors de son audition par la commission d’enquête du Sénat sur la gestion de la crise du covid-19, elle s’était défendue de tout manque d’anticipation.
Public Sénat

Temps de lecture :

7 min

Publié le

Mis à jour le

Pendant que le front de l’épidémie s’améliore, la justice suit son cours. Agnès Buzyn, ex-ministre de la Santé de mai 2017 à février 2020, est convoquée, ce vendredi 10 septembre, par les juges de la Cour de justice de la République, selon les informations du Monde. Elle pourrait être mise en examen pour « mise en danger de la vie d’autrui » et « abstention volontaire de combattre un sinistre », dans le cadre de la gestion par le gouvernement de la crise sanitaire liée au covid-19. Les juges s’intéressent notamment à l’absence d’anticipation de son administration. Celle qui bénéficie de la présomption d’innocente peut encore repartir de cette convocation avec le statut de témoin assisté.

Olivier Véran, qui a succédé à Agnès Buzyn au ministère de la Santé, pourrait lui aussi être convoqué dans les semaines à venir par la CJR, seule institution habilitée à enquêter sur les actions menées par les ministres durant leur fonction.

« Sentiment d’avoir tout préparé »

Auditionnée en septembre 2020 par la commission d’enquête du Sénat sur la gestion de la crise du covid, Agnès Buzyn s’était défendue de tout manque d’anticipation. Durant une audition fleuve de trois heures et quarante minutes, l’ex-ministre cherche alors à démontrer son action (lire nos articles sur l’audition ici et ).

« Savoir si on aurait pu faire mieux, est une question plus que légitime », dit-elle devant les sénateurs. Mais Agnès Buzyn estime qu’elle a « le sentiment d’avoir tout préparé » et sonné l’alerte le plus tôt possible. « Peu de ministres ont été autant en alerte et en action que moi à cette période-là en Europe », assure-t-elle. Elle souligne notamment que son action, en janvier, avait consisté à rapidement étendre la définition d’un cas contact, à faire de la France un « pays en avance » dans le déploiement des tests à l’hôpital ou encore à réclamer une réunion de ses homologues européens, malgré les réticences d’une majorité d’États.

« Risques de propagation du coronavirus très faibles » : des « propos tronqués », pointe Buzyn

Sur la question des masques, qui ont cruellement manqué en début de crise, suite à un changement de doctrines les années précédentes, elle avait souligné les grandes difficultés d’approvisionnement au moment de la crise. « Le problème, c’est que les masques sont fabriqués à Wuhan : lorsque l’on a lancé la commande, Wuhan était déjà fermé. Si l’on avait voulu éviter une pénurie, il aurait fallu lancer la commande avant le 22 janvier. Mais avant cette date, il n’y avait que 6 décès », rappelle-t-elle.

Lors de l’audition, la rapporteure LR, Catherine Déroche, lui demande « quelles étaient les données scientifiques sur lesquelles (elle s’était) appuyée pour déclarer le 24 janvier que le risque d’importation du virus était pratiquement nul et son risque de propagation très faible ? » Agnès Buzyn insiste pour pointer « des propos tronqués ». Elle cite alors l’intégralité de sa déclaration, « afin de clore très solennellement, devant la représentation nationale, cette forme de procès en incompétence que je ressens » : « Le risque d’importation (du virus) depuis Wuhan est modéré. Il est maintenant pratiquement nul car la ville est isolée. Les risques de cas secondaires autour d’un cas importé sont très faibles. Et les risques de propagation du coronavirus sont très faibles. Cela peut évidemment évoluer dans les prochains jours, s’il apparaissait que plus de villes sont concernées en Chine ou plus de pays ».

Agnès Buzyn souligne le contexte de début 2020 où Didier Raoult minimise l’épidémie

Pour comprendre la situation, début 2020, « il faut mettre les décisions dans le contexte de ce qu’on connaissait à l’époque », demande-t-elle, soulignant l’état d’esprit jusque dans les premiers jours de mars, dans les médias. « Il y a eu une sorte de déni […] Quand un pays est dans le déni, c’est très compliqué », résume-t-elle (voir la première vidéo), estimant en somme avoir eu raison trop tôt. « Si j’avais dit le 21 janvier que l’on allait avoir une pandémie mondiale, on m’aurait traitée de folle », lance-t-elle.

Ce contexte, elle y revient encore en s’appuyant sur les propos de l’époque d’un certain… Didier Raoult, qui dès le début, a minimisé l’épidémie. « Je voudrais terminer par le contexte national. Parce que l’on me reproche des propos tenus le 24 janvier, je vous rappellerai les propos du professeur Didier Raoult à la même date : « Vous savez, le monde est devenu fou. Il y a trois Chinois qui meurent et l’OMS s’en mêle et ça fait une alerte mondiale. » », déclare Agnès Buzyn (voir la vidéo ci-dessus), qui ajoute :

On ne peut pas dire que j’ai minimisé, Madame la rapporteure. Je pense avoir pris les précautions nécessaires pour préparer le pays.

Dans leur rapport, les sénateurs chargent surtout Jérôme Salomon, directeur général de la santé

Dans les conclusions de leur long rapport (lire notre article), les sénateurs pointent surtout le rôle, concernant le faible stock de masques chirurgicaux, de Jérôme Salomon, le directeur général de la santé. Bien qu’alerté en 2018 par Santé publique France que 600 millions de masques sont déclarés non conformes, le directeur général de la santé décide de n’en commander que 50 millions. Deux éléments de gravité encadrent cette décision. Jérôme Salomon n’a « pas informé la ministre » de la Santé, Agnès Buzyn, soulignent les sénateurs. Pire : selon la commission d’enquête, le DGS « a modifié un rapport scientifique a posteriori pour justifier sa décision » (lire notre article sur le sujet pour plus de détails).

Pour noircir le tableau, la commission d’enquête constate que les masques n’ont été commandés que huit mois après. Selon Agnès Buzyn, ce délai « illustre la faible importance que semble revêtir alors la reconstitution du stock stratégique », rapportent les sénateurs. L’ex-ministre voit notamment une explication à l’état d’esprit de l’époque : « Si la question des stocks de masques n’a pas été remontée, c’est, je pense, en raison d’un traumatisme lié à la gestion de la grippe H1N1. Roselyne Bachelot l’a d’ailleurs payé : tout le monde a parlé de gabegie ».

« Un ministère précocement sensibilisé mais tardivement engagé dans la lutte contre l’épidémie »

S’en suit ce que les sénateurs nomment la « drôle de guerre » : « Un ministère précocement sensibilisé mais tardivement engagé dans la lutte contre l’épidémie ». Au moment où le virus arrive, Agnès Buzyn semble avoir assez tôt une intuition sur ce qui va arriver. Pourtant, l’activation de la cellule interministérielle de crise ne se fera que « le 17 mars, soit à une date relativement tardive », constate le rapport. Le départ le 15 février de la ministre pour se lancer aux municipales à Paris, « à la veille d’un épisode épidémique majeur », n’a certainement rien arrangé.

Dans la même thématique

FRA : ASSEMBLEE : QUATRE COLONNES
6min

Société

Respect du pluralisme dans les médias : « Les critères de l’Arcom sont flous et contradictoires », selon François Jost

Six mois après la décision du Conseil d’Etat demandant à l’Arcom de renforcer son contrôle en matière de respect du « pluralisme et d’indépendance de l’information » par la chaîne CNews, le gendarme de l’audiovisuel s’appuiera désormais sur un faisceau d’indices, il appréciera « s’il y a eu un « déséquilibre manifeste et durable dans l’expression des courants de pensée et d’opinion ».

Le

Buzyn convoquée par la justice : ce qu’elle disait devant la commission d’enquête du Sénat sur le covid-19
6min

Société

Après le bain d’Anne Hidalgo, la baignade dans la Seine bientôt autorisée pour tous ?

 A quelques jours des épreuves de nage en eau libre pour les Jeux olympiques la maire de Paris Anne Hidalgo s’est baignée dans la Seine mercredi 17 juillet. Etat et collectivités franciliennes ont investi 1,4 milliard d’euros depuis 2016 pour que la Seine et son principal affluent la Marne soit baignables. Avec la promesse de créer trois zones de baignades dans Paris en 2025. Si la qualité de l’eau fait beaucoup débat aujourd’hui, à l’origine, la baignade dans la Seine fut d’abord interdite à cause de conflits d’usage. Entretien avec Laurence Lestel est historienne de l’environnement et chercheuse au PIREN-Seine, le Programme scientifique interdisciplinaire dans le domaine de l’environnement de la Seine, où 23 équipes de recherches étudient ce fleuve depuis 35 ans.

Le