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CFDT : Quel bilan tirer de l’ère Laurent Berger ?

Le secrétaire général de la CFDT annonce qu’il quittera son poste le 21 juin prochain. Retour sur le bilan de Laurent Berger et les perspectives du syndicat qu’il pilote depuis 2012.
Romain David

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Un chapitre entier de l’histoire de la CFDT va se clore. Laurent Berger, secrétaire général du premier syndicat de France depuis 2012, a indiqué mercredi qu’il quitterait le 21 juin ses fonctions. Dans une interview fleuve accordée au journal Le Monde, le syndicaliste évoque une décision mûrement réfléchie, mais dont l’annonce intervient en pleine contestation de la réforme des retraites. « Ce n’est ni un coup de tête, ni un choix dicté par l’actualité », assure-t-il, faisant notamment valoir son souci de « transmettre le témoin » après être resté à la tête de la CFDT un laps de temps équivalent à celui de ses deux prédécesseurs, François Chérèque (2002-2012), et Nicole Notat (1992-2002). Marylise Léon, actuelle secrétaire générale adjointe, devrait prendre la suite de Laurent Berger.

« Le départ de Laurent Berger n’est pas vraiment une surprise. Il avait annoncé qu’il quitterait la centrale avant la fin de son mandat. A priori sa succession est assurée. Il a attendu que la question des retraites soit réglée », commente auprès de Public Sénat Sylvain Boulouque, historien spécialiste du syndicalisme et de l’extrême gauche. C’est sous l’ère Berger que la CFDT devient, en 2018, le premier syndicat de France, un point fort à créditer au bilan du syndicaliste, dont la ligne réformiste s’est progressivement imposée par rapport aux positions plus radicales de la CGT.

« On retiendra un homme qui était dans le dialogue, la discussion, mais en même temps avec des convictions fermes », souligne le sénateur LR Jérôme Bascher auprès de Public Sénat. Ces dernières semaines, Laurent Berger a même donné l’impression d’éclipser Philippe Martinez pendant la séquence des retraites – l’homme à la célèbre moustache a lui aussi quitté la direction de son syndicat, le 31 mars dernier –, prenant le leadership de la contestation sociale. « Il a été un rempart face à l’exécutif, en solidifiant le front syndical », relève Hervé Marseille, le patron des sénateurs centristes. « Je note qu’il continuera à militer. Je crois qu’il peut apporter à la vie publique. C’est un homme modéré et nous en avons besoin par ces temps compliqués ».

« Les forces syndicales ont perdu de leur influence »

Paradoxalement, l’adoption de la réforme, sa validation par le Conseil constitutionnel et la détermination d’Emmanuel Macron à maintenir le texte en dépit de la grogne sociale, signent aussi l’échec de l’intersyndicale et d’une mobilisation historique, avec des chiffres de fréquentation qui n’avaient plus été atteints depuis 2010. « L’ère Berger aura été marquée par une augmentation de l’audience de la CFDT, mais elle est aussi traversée par les défaites du mouvement syndicale face à d’importantes réformes. Les forces syndicales ont perdu de leur influence en raison de la moindre écoute du pouvoir par rapport au quinquennat de François Hollande. Mais il s’agit là d’un recul général, qui ne concerne pas seulement la CFDT », observe Sylvain Boulouque.

Un mouvement de féminisation

Marylise Léon, la numéro deux de la CFDT, proposée au bureau national par Laurent Berger pour lui succéder, est peu connue du grand public. Dans les colonnes du Monde, Laurent Berger assure qu’« elle a une compréhension du monde du travail qui est forte, parfois plus fine que la [s] ienne ». Elle devrait s’inscrire dans la continuité de son prédécesseur. « Elle incarne néanmoins une base plus revendicatrice, qui s’est fait entendre lors du dernier congrès », observe notre spécialiste. En juin 2022, lors du Congrès de Lyon, la direction de la CFDT avait été contrainte après un vote interne de durcir dans sa résolution générale son positionnement sur les retraites. « On peut se dire qu’après l’échec de l’opposition à la réforme, les adhérents vont pousser la direction à être plus revendicatrice ».

C’est également une femme qui a pris la succession de Philippe Martinez à la CGT, Sophie Binet, désignée avec 82 % des voix. L’arrivée de Marylise Léon à la tête de la CFDT, plus de vingt ans après l’emblématique Nicole Notat, viendrait confirmer cette féminisation des centrales syndicales, « un mouvement à replacer dans un contexte plus global, celui de la féminisation des métiers et des professions », relève Sylvain Boulouque. « Quand je vois les premiers pas que fait Sophie Binet, c’est plutôt encourageant », relève le sénateur communiste Pascal Savoldelli qui salue « le renouveau du syndicalisme ». « Il y a eu une entrée massive des femmes dans le monde du travail, il est normal qu’elles soient dans le champ de la représentation, dans le monde syndical, associatif, politique et je pense que c’est un élément de vitalité, de dynamique de l’action et de l’organisation sociale. »

Pour l’exécutif, en revanche, il y a peu de chances que ce changement de têtes fasse bouger les lignes, alors qu’Emmanuel Macron et Élisabeth Borne cherchent désespérément à ramener les partenaires sociaux autour de la table des discussions pour bâtir un nouvel agenda social. « Le mépris affiché a été tel que la main tendue ne servira pas à grand-chose. Sophie Binet et Marylise Léon appartenaient déjà aux directions qui ont été éconduites pendant les négociations sur les retraites », conclut Sylvain Boulouque.

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