« Colbert était l’ennemi de la liberté, de l’égalité, de la fraternité » selon Louis-Georges Tin

« Colbert était l’ennemi de la liberté, de l’égalité, de la fraternité » selon Louis-Georges Tin

Louis-Georges Tin, président du CRAN (conseil représentatif des associations noires) etFrançois d’Orcival, éditorialiste, débattent dans « On va plus loin » du bien-fondé de la présence symbolique de Colbert, dans l’espace public français.
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Dans une tribune du Monde, Louis-Georges Tin, président du conseil représentatif des associations noires (CRAN), appelle, avec d’autres personnalités, à faire retirer le nom de Colbert, dans une partie de l’espace public français. Ce ministre de Louis XIV étant à l’origine du code noir, qui définissait les règles de l’esclavage dans les Antilles françaises.

Sur le plateau d’ « On va plus loin », Louis-Georges Tin déroule son raisonnement : « J’ai été stupéfait de voir les Français dénoncer les néonazis qui veulent aux Etats-Unis garder des statues d’esclavagistes, alors qu’en France nous avons exactement la même situation et pendant de longues semaines on ne disait rien (…) Colbert est celui qui a préparé le code noir  (…) c’est aussi celui qui a fondé la Compagnie des Indes occidentales de sinistre mémoire (…) Voilà une figure qui ne peut pas être emblématique des valeurs républicaines et donc elle ne peut pas siéger au fronton de tous ces  lycées (…) Colbert était l’ennemi de la liberté, l’ennemi de l’égalité, l’ennemi de la fraternité ».

L’éditorialiste François d’Orcival, en désaccord profond avec le président du Cran, estime tout d’abord que la situation aux Etats-Unis n’est pas comparable avec celle de la France : « Depuis le 10 mai 2001(…), l’Assemblée nationale a assimilé à un crime contre l’humanité la traite et l’esclavage ».  Et surtout, l’éditorialiste insiste sur un point : « Il y a une vertu de mémoire comme il doit y avoir une vertu d’oubli ».

Mais il ne faut parler d’oubli au président du CRAN : « Comment peut-on créer aujourd’hui un sentiment national, une unité nationale, quand les héros des uns sont les bourreaux des autres ? » souligne ce dernier.

« Nous ne sommes pas là pour entretenir les querelles du passé mais pour, au contraire réconcilier. »

Pour François d’Orcival «  tout ça est éminemment politique, c’est de l’actualité. Cela n’a pas de référence réelle avec l’histoire ». Avant d’ajouter : « Nous ne sommes pas là pour entretenir les querelles du passé mais pour, au contraire réconcilier. C'est-à-dire avoir de la mémoire mais connaître l’histoire. »

Louis-Georges Tin rappelle pour conclure que l’esclavage ne faisait pas l’unanimité en France au XVIIe siècle : « Parfois les gens disent : « Oui, mais à l’époque tout le monde était d’accord pour l’esclavage ». Premièrement les esclaves n’étaient pas d’accord pour l’esclavage. Deuxièmement, je rappelle à ceux qui l’ignorent, que le code noir a été présenté par Colbert au parlement de Paris (…) [Lui] et Louis XIV sont passés en force (…), les plus hautes autorités du royaume se sont opposées à cela. Donc ce serait faux et insultant pour nos ancêtres de dire que tous les Français étaient pour l’esclavage à l’époque (…) Il y a des salauds et des héros à toutes les époques et, hier comme aujourd’hui, il y a des gens qui se battent contre l’esclavage ».

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