« Colbert était l’ennemi de la liberté, de l’égalité, de la fraternité » selon Louis-Georges Tin
Louis-Georges Tin, président du CRAN (conseil représentatif des associations noires) et François d’Orcival, éditorialiste, débattent dans « On va plus loin » du bien-fondé de la présence symbolique de Colbert, dans l’espace public français.

« Colbert était l’ennemi de la liberté, de l’égalité, de la fraternité » selon Louis-Georges Tin

Louis-Georges Tin, président du CRAN (conseil représentatif des associations noires) et François d’Orcival, éditorialiste, débattent dans « On va plus loin » du bien-fondé de la présence symbolique de Colbert, dans l’espace public français.
Public Sénat

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

Dans une tribune du Monde, Louis-Georges Tin, président du conseil représentatif des associations noires (CRAN), appelle, avec d’autres personnalités, à faire retirer le nom de Colbert, dans une partie de l’espace public français. Ce ministre de Louis XIV étant à l’origine du code noir, qui définissait les règles de l’esclavage dans les Antilles françaises.

Sur le plateau d’ « On va plus loin », Louis-Georges Tin déroule son raisonnement : « J’ai été stupéfait de voir les Français dénoncer les néonazis qui veulent aux Etats-Unis garder des statues d’esclavagistes, alors qu’en France nous avons exactement la même situation et pendant de longues semaines on ne disait rien (…) Colbert est celui qui a préparé le code noir  (…) c’est aussi celui qui a fondé la Compagnie des Indes occidentales de sinistre mémoire (…) Voilà une figure qui ne peut pas être emblématique des valeurs républicaines et donc elle ne peut pas siéger au fronton de tous ces  lycées (…) Colbert était l’ennemi de la liberté, l’ennemi de l’égalité, l’ennemi de la fraternité ».

L’éditorialiste François d’Orcival, en désaccord profond avec le président du Cran, estime tout d’abord que la situation aux Etats-Unis n’est pas comparable avec celle de la France : « Depuis le 10 mai 2001(…), l’Assemblée nationale a assimilé à un crime contre l’humanité la traite et l’esclavage ».  Et surtout, l’éditorialiste insiste sur un point : « Il y a une vertu de mémoire comme il doit y avoir une vertu d’oubli ».

Mais il ne faut parler d’oubli au président du CRAN : « Comment peut-on créer aujourd’hui un sentiment national, une unité nationale, quand les héros des uns sont les bourreaux des autres ? » souligne ce dernier.

« Nous ne sommes pas là pour entretenir les querelles du passé mais pour, au contraire réconcilier. »

Pour François d’Orcival «  tout ça est éminemment politique, c’est de l’actualité. Cela n’a pas de référence réelle avec l’histoire ». Avant d’ajouter : « Nous ne sommes pas là pour entretenir les querelles du passé mais pour, au contraire réconcilier. C'est-à-dire avoir de la mémoire mais connaître l’histoire. »

Louis-Georges Tin rappelle pour conclure que l’esclavage ne faisait pas l’unanimité en France au XVIIe siècle : « Parfois les gens disent : « Oui, mais à l’époque tout le monde était d’accord pour l’esclavage ». Premièrement les esclaves n’étaient pas d’accord pour l’esclavage. Deuxièmement, je rappelle à ceux qui l’ignorent, que le code noir a été présenté par Colbert au parlement de Paris (…) [Lui] et Louis XIV sont passés en force (…), les plus hautes autorités du royaume se sont opposées à cela. Donc ce serait faux et insultant pour nos ancêtres de dire que tous les Français étaient pour l’esclavage à l’époque (…) Il y a des salauds et des héros à toutes les époques et, hier comme aujourd’hui, il y a des gens qui se battent contre l’esclavage ».

OVPL : « "Déboulonner" Colbert ? » "Match des idées" en intégral
10:10

Le match des idées en intégral

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris, March against sexual and gender-based violence
10min

Société

Violences sexuelles et sexistes :  malgré des avancées, la formation des forces de l’ordre reste à améliorer

Préjugés sexistes, violences minimisées, ou refus de plainte : les victimes qui ont le courage de pousser la porte d’un commissariat ou d’une gendarmerie doivent parfois affronter une nouvelle épreuve, celle du dépôt de plainte. Depuis le Grenelle contre les violences conjugales en 2019, la formation des forces de l’ordre sur les violences intra-familiales et les violences sexistes et sexuelles (VSS) a été renforcée. Pourtant, l’affaire Lyhanna a démontré qu’il existe encore de nombreux trous dans la raquette. Si la formation initiale des policiers et des gendarmes aux VSS est obligatoire, la formation continue des forces de l’ordre reste tributaire des dynamiques locales.

Le

« Colbert était l’ennemi de la liberté, de l’égalité, de la fraternité » selon Louis-Georges Tin
7min

Société

« Ce n’est pas une crise passagère ! » : les démographes alertent sur la rupture historique de la natalité

Pour la première fois depuis 1945, la France enregistre plus de décès que de naissances. Auditionnés par la commission des affaires sociales du Sénat, les démographes de l’Ined et de l’Insee ont décrit une baisse durable, générale et profondément sociétale de la fécondité, loin des seuls effets économiques ou des politiques natalistes.

Le

« Colbert était l’ennemi de la liberté, de l’égalité, de la fraternité » selon Louis-Georges Tin
6min

Société

Réinsertion : la prison remplit-elle encore sa mission ?

En France, environ 90 000 détenus sortent chaque année de prison. Leur réinsertion devient alors un enjeu majeur pour notre société. Mais à l'heure où près de deux détenus sur 3 récidivent 5 ans après leur libération, la sénatrice centriste Dominique Vérien, co-autrice d'un rapport sur l'exécution des peines, souhaite redonner du sens aux sanctions pénales. Développement des aménagements de peine et des alternatives à l’incarcération, les pistes sont nombreuses… Dans le cadre d’un documentaire, Public Sénat fait le portrait de détenus et d’ex-détenus qui tentent de se reconstruire une vie après la prison.

Le